Le nouveau mécanisme post-Arenh va « continuer à protéger les consommateurs résidentiels et les TPE »

Le nouveau mécanisme post-Arenh va « continuer à protéger les consommateurs résidentiels et les TPE »

Dans un entretien au Monde de l’Énergie, Yann Dolbeau, ingénieur-conseil pour Enoptea, revient sur le nouveau mécanisme proposé par le gouvernement et EDF pour remplacer l’Arenh.

Le Monde de l’Énergie —Pouvez-vous nous détailler le nouveau mécanisme négocié entre le gouvernement et EDF pour remplacer l’Arenh après 2025 ?

Yann Dolbeau —Le gouvernement, et particulièrement la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher, a présenté ce 14 novembre 2023, en compagnie du PDG d’EDF Luc Rémont, ce nouveau mécanisme, qui pour remplacer l’ARENH fin 2025. Il propose un schéma dans lequel le prix-cible de vente pour la production nucléaire d’EDF est de 70€/MWh sur une base 2022. Au-delà de 80€ et jusqu’à 100€/MWh, 50% des profits seront captés par l’Etat. Toutes les rentes au-dessus de 110€/MWh seront captées à 90%. Elles seront redistribués ex-post par l’Etat, mécanisme qui faisait débat à Bruxelles, mais qui finalement a été accepté par la Commission Européenne. On ne connaît pas en revanche les modalités de cette redistribution.

Le Monde de l’Énergie —Quel impact aura ce mécanisme sur les tarifs réglementés de l’électricité (TRV), et leur application aux TPE ?

Yann Dolbeau —Ce mécanisme viendra, après confirmation des détails, continuer à protéger les consommateurs résidentiels et les TPE sur les TRV, qui ne disparaîtront finalement pas fin 2025 comme cela était initialement prévu. Cela reste valable pour les particuliers, ainsi que pour les TPE, quel que soit leur niveau de puissance souscrite et de segment C5-C3 ce qui est nouveau et plus équitable notamment pour les petits industriels. Les TRV devraient néanmoins augmenter car ils sont actuellement basés sur un pourcentage d’ARENH à 42€/MWWh autour de 70%.

Le Monde de l’Énergie —En quoi ce mécanisme devrait limiter la volatilité des prix ?

Yann Dolbeau —Les paliers mis en place à 80€ et surtout 110€/MWh ont le mérite de protéger les prix et d’instaurer durablement le principe de captation des « super-profits », ou techniquement de la contribution sur la rente infra-marginale. Les modalités de redistribution ne sont pas précisées à date mais il est pertinent de supposer que les prix des TRV seront calculés et proposés par EDF en tenant compte de toutes les hypothèses de captation éventuelle de rente et pré-intégrées aux TRV, sans passer par des guichets auprès des impôts ou des fournisseurs d’énergie pour se faire rembourser.

Le Monde de l’Énergie —Comment ont été fixés les différents prix (de référence, plafond) ?

Yann Dolbeau —Ces fixations sont assez floues et opaques puisqu’elles ont été opérées en huit clos, sans consultation des autres parties, uniquement entre EDF et l’Etat (maintenant actionnaire à 100%). Ce prix de référence de 70€ est loin des 60€ de coût complet (vs les 42€ actuels), calculé et récemment publié par la Commission de Régulation de l’énergie (CRE). La seule hypothèse plausible que nous percevons pour arriver à 70€ serait d’intégrer, en plus du coût théorique calculé par la CRE, le budget des 6 nouveaux réacteurs nucléaires annoncés sur 15 ans. En considérant 10€/MWh minimum de profit (70€-60€) multiplié par une production nucléaire annuelle moyenne d’EDF de 350 TWh pendant 15 ans, nous obtenons les 52 milliards d’euros nécessaires. En ce qui concerne les niveaux de plafond, nous manquons d’information à date… si ce n’est que le niveau de 110€ pourrait valoir le prix de vente acceptable d’une centrale à gaz, qui représente plus de 8% de la production d’EDF.

Le Monde de l’Énergie —Quel impact aura ce mécanisme sur les grandes entreprises, en particulier les électro-intensives ?

Yann Dolbeau —L’impact sur les grandes entreprises est difficile à identifier aujourd’hui car bien que ce mécanisme amène une certaine visibilité et apporte une atténuation de la volatilité des prix de gros, le niveau moyen du prix de fourniture sera régulé nettement plus haut qu’il ne l’est aujourd’hui et va fortement jouer sur la compétitivité. Maîtriser ses achats, en diversifiant son mix énergétique et en entamant un projet global de frugalité – une sobriété choisie – reste donc essentiel.

Le Monde de l’Énergie —Plus globalement, pensez-vous que cette décision répond bien aux inquiétudes des consommateurs et d’EDF ?

Yann Dolbeau —Nous pensons que cela répond plutôt bien aux inquiétudes (financières) d’EDF et du gouvernement en ce qui concerne les finances d’EDF et la souveraineté énergétique. Pour les consommateurs en revanche, rien n’est moins sûr, et le diable se cache dans les détails. La consultation publique en cours, permettant aux acteurs de marchés de faire part de leurs propositions et inquiétudes liées à ce mécanisme, permettra d’y voir plus clair. Bien que cela soulève de nombreuses questions, cette décision annoncée par le gouvernement et EDF a indéniablement le mérite de faire avancer le débat et de poser les bases nécessaires pour le post-ARENH.

Yann Dolbeau

Yann Dolbeau est ingénieur diplômé à l’ECE Paris et dispose de plus de 15 ans d’expérience dans le conseil en ingénierie et en gestion des coûts énergétiques des entreprises. En 2014, il rejoint le Pôle Energie d’EPSA avec la société de conseil Enoptea, dont l’activité est d’accompagner les entreprises dans la maitrise de leurs coûts, consommations et données en énergie. Yann Dolbeau prend en charge la conception et l’ingénierie des outils qui ont permis l’automatisation du processus métier : de la collecte des données, à l’optimisation des contrats, en passant par la préparation de rapport RSE et l’achat d’énergie en quelques clics et ce, quel que soit le fournisseur. En parallèle, il est un membre fondateur du Syndicat de Courtiers en énergie et depuis 2 ans, il est également est un investisseur collaboratif de Time for the Planet.