« Nos toits, gisements d’énergie propre »

« Nos toits, gisements d’énergie propre »

Une tribune sur le potentiel photovoltaïque des toits en France, signée Jean Rosado, directeur général d’Otovo France.

L’ADEME et RTE sont formels : il faudra multiplier par sept1 au moins, nos capacités de production d’électricité issue des panneaux solaires photovoltaïques au cours des 30 prochaines années. Ce défi s’impose à tous pour atteindre l’objectif de neutralité carbone et limiter les effets du dérèglement climatique. Si plusieurs chemins peuvent y mener, il y a avant tout urgence à agir.

Fort heureusement, la France a « le plus fort potentiel économiquement intéressant de production photovoltaïque en toiture en Europe », rappelaient récemment des chercheurs du CNRS2. Cette transition massive vers l’électricité verte et la production décentralisée d’énergie renouvelable est une lame de fond, qui pose tout à la fois la question de la méthode de déploiement des capacités de production et celle de nos usages futurs de ces énergies.

Préparer l’envolée

Chacun peut observer une augmentation des prix de l’énergie. Au-delà des facteurs conjoncturels, cette tendance de fond est liée à l’épuisement des ressources en énergie fossile. Tandis que ces dernières ont encore une place trop importante dans notre mix énergétique – environ 60%3 de l’énergie utilisée en France provient de sources fossiles –, les dernières alertes du GIEC nous enjoignent à réduire drastiquement leur consommation.

Faire disparaître les énergies fossiles du mix énergétique4, va mécaniquement mener à une compensation et donc à une explosion de la consommation électrique. Nous somme donc contraint d’accélérer fortement les installations photovoltaïques, afin de préparer l’envolée. C’est d’autant plus important que ces installations portent la promesse d’une production locale d’énergie et, in fine, d’une meilleure indépendance énergétique.

Émergence d’une filière

La question des capacités d’installation et de l’offre disponible se pose déjà face à la forte augmentation des besoins. Bien que le GIEC ait récemment souligné que “le potentiel technique mondial de l’énergie solaire directe dépasse de loin celui de toute autre ressource d’énergie renouvelable5, nous n’avons pas encore pris la mesure de son potentiel en matière d’atténuation du changement climatique et d’adaptation à ses conséquences. L’anticipation sera la clé : pour que l’offre puisse suivre la demande à venir, une puissante filière du solaire doit réémerger en Europe.

La demande doit être également soutenue à tous les échelons pour réussir le défi du « 1,5°C minimum ». Ainsi, la décision française d’interdire le cumul d’aides collectivités-Etat semble anachronique. Elle fut d’ailleurs savamment dénoncée par un collectif transpartisan rassemblé derrière l’association Energie Partagée6. A l’inverse, les réductions de la fiscalité directement ou indirectement liées à l’énergie solaire (ce fut notamment le cas pour la TURPE7), vont dans le bon sens.

Révolutions concomitantes

Toute cette réflexion sur les enjeux macroéconomiques n’efface pas la question des apports concrets de l’énergie solaire, seul moyen d’engager largement les citoyens dans le défi de la sobriété. S’intéresser aux préconisations scientifiques doit nous mener à envisager les usages futurs. Deux révolutions concomitantes permettent de les esquisser : la fin de l’intermittence et l’électrification de nos mobilités.

Souvent évoquée comme une des limites de l’énergie solaire, son intermittence ne sera bientôt plus un problème. Cette fin de l’intermittence sera en effet une conséquence directe du renforcement de l’usage des batteries. Ces dernières vont devenir bien plus abordables dans les prochaines années et le couplage « panneaux + batteries » va devenir une norme effaçant, de facto, le principal défaut du solaire. Pouvoir disposer de l’énergie créée quand on le souhaite et pour les usages que l’on souhaite, promet de changer notre rapport à l’énergie solaire.

Cette première révolution en débloque une seconde : l’électrification de nos mobilités. Cette électrification est déjà à l’œuvre mais sera profondément accélérée dès lors que le carburant de nos véhicules sera produit sur nos toits. Canaliser l’énergie solaire pour en faire un levier de décarbonation des mobilités est un axe immanquable de la transition énergétique et écologique.

Gisement insoupçonné

Cette transition majeure doit être faite à tous les niveaux : déploiement des capacités de production, mise en pratique des nouveaux usages. Nos toitures résidentielles sont une ressource énergétique insoupçonnée qui représenteraient, si elles étaient toutes équipées, 265 TWh/an d’énergie produite souligne l’ADEME8, soit plus du quart de l’énergie dont nous aurons besoin en 20509.

Notre capacité à mobiliser ce gisement dépendra tant des orientations politiques françaises qu’européennes. Ainsi, la directive 2022/54210 qui ouvre la voie à une TVA de 0% pour les panneaux solaires (contre 10 à 20% en France selon la taille de l’installation11) et les obligations d’installation prévues par la Commission pour les futurs bâtiments résidentiels12 sont fondamentales et la France doit se saisir de ces opportunités. Combler le retard pris par notre pays en matière d’énergies renouvelables nécessitera aussi la mobilisation des exécutifs locaux : de nombreux Plan Locaux d’Urbanisme (PLU) limitent toujours les installations solaires alors que la Commission recommande d’accélérer l’octroi de permis13.

1 https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-12/Futurs-Energetiques-2050-principaux-resultats.pdf

2 https://solairepv.fr/quel-est-le-potentiel-pour-le-pv-solaire-en-france-les-toitures/

3 https://www.ecologie.gouv.fr/sites/default/files/SNBC-2%20synthe%CC%80se%20VF.pdf

4 https://report.ipcc.ch/ar6wg3/pdf/IPCC_AR6_WGIII_FinalDraft_Chapter06.pdf

5 https://www.lemonde.fr/idees/article/2021/10/10/energie-solaire-la-france-interdit-aux-collectivites-d-apporter-leur-soutien-a-des-projets-aux-retombees-economiques-reelles_6097809_3232.html

6 https://www.ecologie.gouv.fr/reduction-tarif-dutilisation-du-reseau-public-transport-delectricite

7 https://librairie.ademe.fr/recherche-et-innovation/2881-mix-electrique-100-renouvelable-analyses-et-optimisations.html cité par https://solairepv.fr/quel-est-le-potentiel-pour-le-pv-solaire-en-france-les-toitures/

8 https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-12/Futurs-Energetiques-2050-principaux-resultats.pdf

9 https://assets.rte-france.com/prod/public/2021-12/Futurs-Energetiques-2050-principaux-resultats.pdf

10 https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/fr/ip_22_3131

11 https://eur-lex.europa.eu/legal-content/FR/TXT/PDF/?uri=CELEX:32022L0542&from=EN

12 https://www.economie.gouv.fr/particuliers/aides-installation-photovoltaiques#:~:text=Les%20installations%20photovolta%C3%AFques%20raccord%C3%A9es%20au,taux%20de%20TVA%20%C3%A0%2010%20%25.

13 https://eur-lex.europa.eu/legal-content/EN/TXT/?uri=PI_COM%3AC%282022%293219&qid=1653033569832

Jean Rosado

Directeur general d’Otovo France depuis 2021, Jean Rosado était précédemment directeur général adjoint de Flixbus en France. Ingénieur de formation, il est diplômé de l’Ecole Centrale de Lyon et de la Technische Universität Berlin.