Pour une neutralité carbone des entreprises au service des territoires

Article signé  César Dugast et  Renaud Bettin du cabinet de conseil Carbone 4

Lundi 20 mai dernier paraissait l’étude “ZEN 2050 – Imaginer et construire une France neutre en carbone” d’Entreprises pour l’environnement (EpE). Cet exercice de prospective, auquel Carbone 4 est fier d’avoir contribué, vise à explorer la faisabilité de l’atteinte d’un objectif “zéro émission nette” à la moitié du siècle sur le territoire national.

Il propose pour cela à la fois une analyse à l’échelle des secteurs de l’économie, et une réflexion sociologique sur les évolutions des modes de vie des Français.

L’exercice mené par EpE est intéressant au sens où ce sont des entreprises qui tentent de définir leur rôle dans un objectif de neutralité carbone à l’échelle d’un pays, et ce sans jamais parler de “leur propre” neutralité.

Mais quel lien existe-t-il, et quel lien devrait-il y avoir, entre la neutralité des territoires et celle des entreprises ?

La neutralité territoriale, un concept déclinable à toutes les échelles

L’exercice d’élaboration d’une vision d’une France ZEN en 2050 repose sur une définition de la neutralité carbone que l’on qualifie de “territoriale”. Elle consiste à équilibrer les émissions et les absorptions de gaz à effet de serre à l’intérieur d’un périmètre géographique donné.

Cette définition est facilement déclinable à n’importe quelle échelle : la planète entière, en premier lieu (article 4 de l’Accord de Parisrapport spécial 1,5°C du GIEC) ; le territoire national (étude EpE, Stratégie Nationale Bas Carbone) mais aussi les régions, les EPCI et les villes. Avec toujours le même raisonnement : équilibrer les émissions et les puits de carbone ayant lieu à l’intérieur du périmètre considéré, hors importations, et sans considérer le moindre achat de “compensation” sur les marchés internationaux.

La neutralité des entreprises : le grand flou

Le concept de neutralité carbone connaît également une grande popularité dans le monde de l’entreprise. Puissant, fédérateur, simple en apparence, le zéro est souvent revendiqué, visé, affiché… à des degrés divers d’ambition et de transparence.

Aujourd’hui, une entreprise “neutre” suit à peu près toujours le même mode opératoire : Mesurer, Réduire, Compenser.Ce trio, qui semble de bon sens au prime abord, souffre cependant de plusieurs écueils qu’il devient de plus en plus difficile d’ignorer.

  • D’abord, personne ne définit sa neutralité sur le même périmètre d’émissions. Certains sont “neutres” sur l’ensemble de leur chaîne de valeur, d’autres sur les seules émissions liées à leur vie de bureau… et tous pourtant se revendiquent de la même ambition, puisqu’il n’existe qu’un seul terme, “neutre”, pour décrire une multitude de cas possibles.
  • Ensuite, les réductions d’émissions attendues sont souvent auto-déclaratives, basées sur des améliorations marginales et incrémentales qui ne questionnent pas le business as usual, et ne sont absolument pas tenues d’être reliées aux scénarios climatiques compatibles avec une limitation du réchauffement de +2°C ou +1,5°C. Par ailleurs, il ne s’agit que d’engagements dans le futur : l’octroi et le maintien du statut de “neutralité” n’est quasiment jamais conditionné par le respect de ces réductions. Autrement dit, dans les faits, des entreprises se disant “neutres” peuvent voir leurs émissions augmenter au cours du temps !
  • Enfin, la « compensation carbone » souffre aujourd’hui d’une image dégradée. Ce mécanisme, pourtant vertueux lorsqu’il est utilisé à bon escient, a trop longtemps été utilisé comme une manière de se défausser à moindre frais de ses propres obligations de réduction. Il peut même s’avérer dangereux, car inhibiteur de l’action, lorsqu’il renvoie à un simple “achat de conscience”. Et n’oublions pas que les carbon offsets n’ont jamais eu le statut officiel d’une véritable réduction d’émissions dans la comptabilité carbone d’entreprise. Il s’agit donc de redonner ses lettres de noblesse à cet outil fondamental de la finance carbone.

Le concept de neutralité carbone des organisations pâtit aujourd’hui non seulement d’un flou conceptuel regrettable, mais est par ailleurs comme “hors sol” : aucune articulation avec les objectifs de neutralité locaux ou nationaux n’est jamais cherchée ni revendiquée.

Il serait donc dommage de continuer à associer à ce concept puissant une définition aussi peu ambitieuse que celle qui prévaut aujourd’hui.

La nécessité d’un langage commun

Il n’a jamais été aussi urgent d’agir. Et nous aurons besoin de tous les acteurs, et tous les mécanismes de financement de la transition pour parvenir à nos objectifs.

Articulons donc enfin l’action de entreprises, qui souhaitent à raison s’orienter vers des démarches de neutralité, avec l’obligation de résultat à l’échelle des territoires. Il s’agit de créer les référentiels et outils qui permettent cette articulation.

Sortons de la vision nombriliste d’une neutralité carbone individuelle. Assumons que le vrai combat consiste à aller collectivement vers le “zéro émission nette” global, national ou local. Encourageons au maximum les contributions diverses que chacun (entreprise, citoyen, pouvoirs publics) est en mesure d’apporter.

Il est temps de réinventer la manière de “dire” la neutralité. Nous pensons qu’une entreprise sérieuse sur la neutralité est avant tout sérieuse sur sa contribution à l’atteinte de la neutralité carbone d’un territoire, qu’il s’agisse d’une ville, d’un pays ou même de la planète entière.

Nous pensons que la première brique pour effectuer cette nécessaire articulation territoires/entreprises est de réinventer les indicateurs, outils et concepts utilisés par les entreprises pour piloter leur neutralité. Le référentiel en cours de construction par Net Zero Initiative, basé sur une triple comptabilité des émissions, cherche à répondre à ce besoin.

Un langage commun, partagé par tous selon les mêmes règles et les mêmes indicateurs, une histoire de solidarité et de contribution : au-delà de la neutralité, à nous de rendre notre futur positif et désirable !

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