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Mettre en œuvre l’accord de Paris : Marrakech ou la préparation à l’action

La conférence sur le climat de Marrakech s’est achevée le 18 novembre dernier après plus de 12 jours de négociations et la mobilisation de 80 chefs d’État et de gouvernement et près de 30.000 délégués. Au-delà de l’image symbolique d’unité face à l’urgence climatique qu’a montrée cette COP22, que retiendra-t-on de ce rendez-vous climatique? COP de l’action, COP de la préparation : et si la COP22 avait été la Cop de la préparation à l’action ?

C’est au terme de 12 jours de débats que les 196 pays réunis au Maroc ont adopté en séance plénière la « Proclamation de Marrakech ». L’adoption de ce document à l’unanimité dans la nuit du vendredi 18 novembre est vue comme un moment politique fort qui réaffirme la volonté de la communauté internationale à agir contre le réchauffement climatique. La proclamation de Marrakech vise d’une part à favoriser « l’engagement politique maximal » des États dans la lutte contre le réchauffement climatique et d’autre part à renforcer le soutien financier auprès des pays les plus menacés.

Produire du symbolique n’était cependant pas la raison d’être de cette COP22. « Paris devait concevoir la machine, et Marrakech, se retrousser les manches et mettre les mains dans le cambouis », estime Cassie Flynn, conseillère changement climatique au Programme des Nations Unies pour le Développement. En d’autres termes, la 22ème conférence des parties était annoncée comme le moment où la communauté internationale devait plancher sur l’application de l’Accord de Paris et de ses objectifs.

A lire également: COP21 : un projet de loi de ratification de l’Accord de Paris présenté le 9 mars

Pour rappel, organisée en France du 30 novembre au 12 décembre 2015, la 21ème Conférence des Parties de la Convention-Cadre des Nations Unies a permis de fédérer 195 pays autour de la lutte contre le réchauffement climatique. Sommet le plus médiatisé depuis la conférence de Copenhague de 2009, il a donné naissance à un accord historique de réduction des émissions mondiales de gaz à effet de serre.

Sur le papier, l’ambition de l’Accord de Paris est simple : faire en sorte que chaque État signataire propose une contribution nationale permettant de maintenir le réchauffement climatique dû aux activités humaines sous la barre des 2°C d’ici 2100 (par rapport à la température de l’ère préindustrielle). Mais pour atteindre cet objectif, il faudrait être en mesure de réduire les émissions carbones mondiales de 40 à 70% d’ici 2050 avant d’atteindre une économie quasiment neutre en carbone dans la seconde partie du 21ème siècle. Dans les faits, la tâche s’annonce donc autrement plus ardue.

COP de l’action ou COP de la planification?

C’est donc sur la mise en œuvre de ces ambitieux objectifs que devait se pencher la communauté internationale dans la capitale marocaine. Pourtant, en définitive, la COP22 n’aura pas tant été la « COP de l’action » que la « COP de la planification ». Aux termes des débats, les avancées réalisées par les membres de l’ONU portent davantage sur l’agenda des années à venir que sur la mise en place de décisions techniques majeures. Il faut dire que l’ONU est une grosse machine qui peut être longue à mettre en marche. D’où l’utilité de planifier.

C’est donc l’année 2018 qui est aujourd’hui la date à retenir : c’est à cette date en effet, au moment de la COP24, que les règles d’application de l’Accord de Paris sur le climat seront définitivement fixées via un document appelé « rulebook ». Pièce maitresse de la politique énergétique mondiale, ce document visera à détailler de manière concrète le mode de fonctionnement de l’Accord de Paris (méthodologie d’application, définition des normes internationales, création d’un organe de contrôle, etc.). Le mérite de la Conférence de Marrakech aura donc été de fixer une dynamique de travail commune aux membres de l’ONU, un programme concret et des échéances précises.

A lire également: L’empreinte carbone de la COP21 inférieure aux prévisions des organisateurs

La COP22 aura également permis de donner naissance à la « Plateforme des stratégies 2050 » : 22 États (dont la France, les États-Unis, le Canada, le Brésil, le Japon) ainsi que 15 grandes villes, 17 régions et 196 entreprises se sont engagés à réduire leur émissions de gaz à effet de serre. Cette initiative, coordonnée par la négociatrice française Laurence Tubiana et la ministre marocaine de l’Environnement Hakima El Haite est inédite. Toutes les parties prenantes ont annoncé qu’elles publieraient une feuille de route des mesures mises en place secteur par secteur pour régler d’ici 2050 le problème des gaz à effet de serre.

Les discussions se sont en revanche crispées lorsqu’il a été question du soutien financier à apporter aux pays en développement. En 2009, les pays du Nord se sont en effet engagés à fournir, à l’horizon 2020, 100 milliards de dollars aux pays du Sud afin de les soutenir dans leurs efforts de lutte contre le dérèglement climatique. Cet engagement a certes été réaffirmé lors de la COP22 (les pays riches ont assuré qu’ils rassembleraient cette somme d’ici 3 ans) mais au-delà de cette promesse (qui n’engage que ceux qui l’écoute), les pays pauvres souhaitent que la moitié de cette somme soit attribuée au financement de mesures d’adaptation au changement climatique (comme la construction de digues anti-inondations ou des systèmes d’alertes météo). Une faveur que les pays du Nord ne semblent pas vouloir leur accorder.

Bilan en demi-teinte sur fond d’élection de Donald Trump

C’est donc un bilan en demi-teinte que dressent certains militants à l’issue de ces deux semaines de négociation. « On avance, mais on avance lentement. On se met d’accord pour régler tous les détails et les règles de l’accord de Paris d’ici à 2018. Maintenant on attend des pays qu’ils soient plus ambitieux et beaucoup plus concrets dans leurs annonces », a déclaré Lucile Dufour, membre du Réseau action climat.

Il n’est pas exclu que l’élection présidentielle américaine, qui s’est soldée par la victoire de Donald Trump, climatosceptique avéré, ait pesée dans les discussions de la COP22. Car à l’heure actuelle, personne ne sait exactement quelles seront les répercussions de la prise de fonction du nouveau Président sur la place qu’occuperont les États-Unis dans la lutte contre le réchauffement climatique. Celui qui considère ce dernier comme un « canular » a en effet promis tout au long de sa campagne qu’il démantèlerait la politique climatique américaine et démobiliserait les États-Unis de la communauté internationale. Promesse sur laquelle il est cependant revenu depuis.

A lire également: Etats-Unis : Barack Obama veut démocratiser l’énergie solaire

L’élection de Donald Trump a cependant eu l’avantage de renforcer la mobilisation des États autour de la lutte contre le changement climatique. Teresa Ribera, directrice de l’Institut du développement durable et des relations internationales, a notamment salué « la réaction de maturité » des négociateurs qui n’ont cessé de répéter, tel un mantra climatique, que l’Accord de Paris était « irréversible ».

La COP23 à Bonn

 Ce sont les îles Fidji qui organiseront la COP23 qui se déroulera exceptionnellement à Bonn, en Allemagne (l’archipel du Pacifique n’étant pas en mesure d’accueillir les 20 000 personnes attendues). « C’est une grande responsabilité pour un petit État insulaire (…) nous avons besoin de montrer au monde les problèmes que nous traversons » a déclaré Frank Bainimarama, le premier ministre fidjien. Le choix des îles Fidji à la présidence de la COP23 est bien évidemment très symbolique : il doit permettre d’attirer l’attention de la communauté internationale sur le sort des petits États insulaires particulièrement exposés aux conséquences du changement climatique (hausse du niveau de le mer, accentuation des phénomènes météorologique extrêmes, etc.).

« Nous sommes prêts à accompagner les Fidji pour faire en sorte que la COP23 soit à la hauteur des attentes et qu’elle s’inscrive dans la dynamique de l’action initiée par Marrakech vers la mise en œuvre concrète de l’Accord de Paris », a déclaré Salaheddine Mezouar, le président de la COP22.

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