Méthanisation: des sénateurs plaident pour un « développement maîtrisé »

La France doit encourager un « développement maîtrisé » de la méthanisation pour accélérer la transition énergétique tout en évitant les dérives sous-jacentes à cette technologie, plaide une mission du Sénat dans un rapport publié mardi.

Objet d’un développement industriel inédit depuis une dizaine d’années en France, avec environ un millier d’unités en service et plus de 1.300 en projet, la méthanisation, qui consiste à produire du gaz et de l’électricité à partir de matière organique, notamment des effluents d’élevage, fait parfois l’objet de contestations locales.

Pour répondre aux critiques et craintes, les sénateurs ont auditionné plus d’une centaine de personnes et formulé 61 préconisations, dans un rapport que la mission d’information a voulu « équilibré et dépassionné », a expliqué à l’AFP son rapporteur, le sénateur d’Ille-et-Vilaine Daniel Salmon (EELV). Avec un objectif: « protéger le monde agricole d’un développement non maîtrisé de la méthanisation ».

« On est tombé assez d’accord sur le fait que la méthanisation avait tout son intérêt dans le mix énergétique français mais qu’il devait y avoir de sérieux points de vigilance », a poursuivi M. Salmon. « On ne peut pas se permettre de se fermer des portes pour atteindre la neutralité carbone en 2050 », ajoute-t-il, le rapport ayant rejeté l’idée d’un moratoire sur les nouvelles installations.

Les sénateurs demandent davantage d’études économiques et scientifiques sur l’impact de la méthanisation, et appellent à « clarifier les politiques publiques », jugées trop « complexes et ambiguës ».

Le rapport rappelle que la production de biogaz « contribue à réduire nos émissions de gaz à effet de serre » avec un bilan carbone du biométhane « 5 à 10 fois moindre que celui du gaz naturel ».

Reste que le bilan carbone doit être affiné. « Si demain on a plus de méthaniseurs, qu’on est obligés d’avoir plus de maïs pour l’alimenter, ou plus de soja brésilien et plus de transports, ça va fortement dégrader le bilan carbone », prévient M. Salmon.