Pour lutter contre les GES, la France a construit une usine à gaz !

Dans le bouddhisme mahayana,en réponse au souhait d’Avalokiteshvara d’aider toutes les créatures, il lui poussa mille bras !

C’est pareille invocation qui a du précéder la construction de l’outil climatique dont la France se dote, reste à donner une synergie et une cohérence à la profusion de phalanges créées et à limiter l’inévitable entropie du système. C’est loin d’être gagné.

Un dispositif protéiforme

Lorsqu’on fait l’effort d’essayer de connaître et de comprendre le dispositif organisationnel législatif et réglementaire construit en France pour activer et piloter la lutte contre le changement climatique, on s’épuise très vite et même en reprenant son souffle, on finit par se décourager.

Ce sont en effet des mots peu flatteurs qui viennent spontanément, « empilement » étant le plus neutre, mais parler de « capharnaüm » serait sans doute plus juste.

Puis arrive « fourbi », car le mot possède aussi une dimension positive, désignant l’équipement du soldat, mais c’est finalement « dédale » qui s’avère le plus approprié, un labyrinthe dont l’architecte lui-même ne connaîtrait pas la sortie.

Cette palette peut paraître bien sombre, mais en regardant ce foisonnement de recommandations, d’indicateurs et l’architecture complexe de leur suivi, comment ne pas penser que ce filet de rétiaire donne une fausse impression de maîtrise et de complétude ?

Lors de l’accord de Paris, en 2015, la France a annoncé des objectifs très ambitieux à valeur d’exemple pour les autres pays, elle chemine donc depuis sur une ligne de crête et s’inquiète à juste titre de la crédibilité de son affichage.

À cet égard, il est bon de montrer que la sophistication de l’outil permet de piloter « serré » et même de donner l’illusion que la réalité ne pourra que rentrer dans ce corridor vertueux.

Une boite débordante d’outils

L’action est structurée par des lois évolutives et des directives réglementaires, elles-mêmes évolutives, mais s’entoure aussi d’avis de multiples commissions et organismes chargés, entre autres, d’établir un lien entre sphère des décideurs et réalité du terrain, dit ainsi, tout peut paraître bel et bon, mais qu’on en juge à la lecture de ce qui suit.

Pour faire simple (litote), on discute au Parlement de la LEC (loi Energie-Climat, chargé de remplacer la LTECV de 2015) et de la loi LOM (sur l’orientation des mobilités) en même temps que se modifie la SNBC (Stratégie Nationale Bas Carbone et qu’on vient de publier la seconde version de la PPE (Programmation Pluriannuelle e l’Energie).

Le HCC (Haut Conseil pour le Climat) promis lors de la crise des gilets jaunes et récemment crée vient de faire un premier point (caustique) tandis que le CDE (Conseil de défense Environnemental), issu du GDN (Grand Débat National), a récemment tenu sa première séance.

Le CNTE (Conseil National de transition Ecologique) qui remplace le CNDD (Conseil National du Développement Durable) qui peut aussi s’auto-saisir émet très régulièrement de longs avis reflétant la disparité de ses 50 membres.

Une CCC (Commission Consultative de Citoyens) de 150 personnes va être tirée au sort pour, entre autres, faire des propositions sur la fiscalité écologique.

Cet inventaire n’est pas exhaustif….

Le Premier Ministre dans sa déclaration de politique générale et sur le ton d’une profession de foi, affirme que la seconde partie du quinquennat sera écologique (ou donc qu’elle ne serait pas ??).

Mais avec à sa disposition une telle panoplie d’outils, peut-il vraiment être rassuré, le risque qu’ils se contredisent plus qu’ils ne se complètent étant bien réel.

On note déjà des contestations de périmètres et des regrets pour absence de saisines (ou délais impraticables) et la règle d’articulation souhaitable de cet ensemble hétéroclite ne sera probablement jamais écrite.

La clé de voûte partagée est la neutralité carbone en 2050 d’où se déduisent tous les objectifs intermédiaires, mais des aliens comme la réduction de la contribution nucléaire à 50% (certes repoussée à 2035) persistent.

Mais d’ici là et même si nous sommes vertueux (alors que d’autres pourraient l’être moins ou pas) l’effondrement de notre société dite « thermo-industrielle » aura peut-être eu lieu ? Car ne l’oublions pas, la France, c’est en gros 1,5% des rejets mondiaux, en comptabilisant nos importations. A cette échelle, nos débats hexagonaux-byzantins pourraient en faire sourire plus d’un.

Mais dans le pire, nous pourrons encore solliciter Avalokiteshvara qui vient en aide à ceux qui l’invoquent et se rend en enfer pour apporter des boissons fraîches aux damnés….

Des enseignements volontairement ignorés

Par ailleurs, si apparaît bien le souci minimum d’évaluer l’impact climatique des mesures mises en œuvre (comprendre des rejets GES économisés), on retrouve des objectifs sur les moyens, comme par exemple le taux de pénétration des renouvelables électriques, sans bouclage par leur efficacité.

C’est une faute méthodologique grave, mais faite à dessein, malgré un retour d’expérience cinglant : business EnR as usual donc !

Dans la période 2015-2018, la France et les autres pays viennent de se confronter à la difficulté de l’exercice, les objectifs visés s’étant souvent révélés hors d’atteinte. Chez-nous, seulement 1% de réduction par an, bien aidés par des hivers plutôt doux. Il faudrait au moins une pente triple (corrigée des variations climatiques) pour se situer sur la trajectoire 2050.

A nouveau, prévoir un cadre strict et balisé n’augure pas forcément que le monde pluriel de l’activité économique et les comportements de chacun s’y conformeront.

Mais après avoir symboliquement fermé nos dernières centrales électriques au charbon et dépensé en vain des milliards d’euros pour déployer massivement éoliennes et panneaux solaires, le noyau dur de l’action va devoir concerner nos modes de vie et en changer rapidement reste souvent hors de portée.

Une incitation coercitive comme alourdir significativement le poids des carburants, via la réactivation amplifiée de la taxe carbone (ou un ersatz), va provoquer la même levée de gilets, même si on l’assortit d’un mécanisme de redistribution qui promet d’être compliqué et inertiel.

Il faudrait stopper l’appui au développement des EnR électriques qui s’alimente en totalité à la taxe carbone sur les carburants pour régler la question, mais la PPE prévoit de tripler l’effort éolien et de quintupler l’effort solaire, nous sommes donc déjà dans l’impasse.

Un espace médiatique à occuper

Il sera moins valorisant et beaucoup plus difficile d’isoler efficacement le bâti sur une grande échelle et de mettre les camions sur le rail, que de couvrir la France et ses plateaux continentaux d’éoliennes, grâce à des dispositions réglementaires ad hoc muselant les opposants.

Quant à l’arrêt de (14 + 2) réacteurs nucléaires inscrit dans la PPE, c’est la réalité qui ramènera au réalisme, lapalissade certes….surtout après que la loi inique qui vient d’être votée permette d’offrir encore davantage de courant nucléaire à la concurrence d’EDF et toujours à vil prix.

Ce courant, il faudra bien le produire en ne tuant pas complètement cette poule aux œufs d’or. Le nucléaire pourrait ainsi survivre grâce au dévoiement de sa finalité au bénéfice de la prolongation d’une concurrence fictive.

Au final, il ne suffit pas d’avoir bien taillé ses crayons, acheté une gomme et de s’être muni d’une règle d’un compas et d’une calculette pour réussir un examen. C’est une condition nécessaire, mais si elle peut faire illusion et surtout illusionner l’opinion, elle n’en est pas autoportante pour autant.

Mais l’occupation de l’espace médiatique est essentielle pour donner l’illusion du mouvement et les nombreux « comités Théodule » précités vont largement y contribuer, laissant parfois échapper quelques vérités dérangeantes, comme celles récentes du HCC, à nous d’être attentifs, de les saisir et de rebondir.

 

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COMMENTAIRES

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    Analyse intéressante. Mais une critique éthérée qui ne propose rien. Il ne suffit pas de déconstruire, il faut mettre les mains dans le cambouis, si je peux me permettre.

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