“La SNCF, 1er consommateur en terme d’électricité, est engagée dans une énergie responsable”

Olivier Menuet, sera l’un des speakers du salon Smart énergies qui se tient les 17 et 18 juin au Palais des Congrès de Paris (dont Le Monde de l’énergie est partenaire). Pour le président de SNCF énergie, le grand groupe français est au coeur de la transition énergétique. Interview. 

Dans quelle mesure la SNCF est-elle engagée dans la consommation d’énergie responsable ?

La SNCF est clairement engagée dans une énergie responsable. Notre groupe, qui est un très gros consommateur d’énergie, et notamment le premier en terme d’électricité et premier consommateur industriel avec 10% du marché, prend en compte tous les enjeux autour de ces éléments là pour en faire un projet d’entreprise, qui nous implique nous, nos partenaires et les territoires pour aller vers plus de sobriété, plus d’intelligence autour de l’énergie.

Car, bien sûr, l’objectif est de décarboner et de verdir notre mix énergétique tout en réduisant les émissions de particules fines.

La lutte contre le changement climatique passe à la fois par nos propres pratiques mais aussi pour montrer au public que le train est réellement meilleur que les autres transports. Le deuxième axe de notre politique est la qualité de l’air et la santé humaine dans les territoires où il y a beaucoup de particules.

L’idée est de réduire nos impacts notamment en sortant principalement du diesel.

Quelle est la place de l’énergie à la SNCF ?

Cela représente 17 térawattheure dont 9 en électricité, 1 en gaz naturel et le reste correspond à des tonnes équivalent pétrole (gasoil ferroviaire ou routier) avec près de 40% des trains régionaux, les bus et notre filiale Geodis qui fait du transport routier de marchandises.

Tout cela correspond à 17 térawattheure. Nous avons 3 types d’usages : 62% pour le ferroviaire, 23% pour la route et 15% pour les bâtiments (gares, bâtiments industriels et 100.000 logements sociaux avec du chauffage collectif au gaz).

Chaque année, la facture s’élève à 1,2 milliard d’euros. C’est le premier poste de dépenses externes à l’entreprise. Et cela émet quasiment 3 millions de tonnes de CO2 équivalent.

Comment fait-on pour réduire ces coûts liés à l’énergie ?

Nous avons élaboré un chemin vers l’énergie responsable. Il y a 5 leviers. Le premier est simple : la meilleure énergie c’est celle qu’on ne consomme pas.

C’est bon pour la planète, c’est bon pour le portefeuille. Pour baisser nos consommations, il y a deux types d’actions : les gestes métier (les réflexes et comportements dans les bureaux ou dans les trains quand ils sont en marche ou à l’arrêt).

L’idée est de faire de l’accompagnement managérial et de formation pour réduire notre consommation. Et puis l’efficacité énergétique est essentielle avec l’objectif d’avoir des trains qui sont moins énergivores ou par exemple des gares éclairées par des LED.

Nous mettons ainsi en place des systèmes d’innovation technologique qui font que, par exemple, on va mesurer le taux de CO2 à l’intérieur des trains : ça mesure le nombre de passagers à bord et nous climatisons ou chauffons en conséquence…

Ensuite, nous avons un levier qui est double appelé Make or Buy : produire ou acheter.

Donc si on achète l’énergie on ne peut pas trop l’acheter pour ensuite le revendre.

L’objectif est d’optimiser l’économie autour des achats et en même temps de travailler les sources d’approvisionnement sur un marché qui est en train de se verdir avec l’arrivée des renouvelables.

Mais nous souhaitons aller beaucoup plus loin avec des mécanismes d’achat comme des PPA (NDLR : Power Purchase Agreement).

Nous voulons aller jusqu’à 20% de nos besoins sur 20 ans. Il s’agit de contrats de très long terme, nous espérons devenir la première boîte française à s’y engager d’une façon significative.

L’objectif n’est pas de faire des petits trucs à droite et à gauche, c’est de faire avec de l’additionnalité de capacité renouvelable.

Quel est le défi majeur auquel êtes-vous confrontés ?

Le défi est de s’engager sur un prix à 20 ans et trouver des producteurs fiables avec des garanties sur leur fiabilité, de trouver toute l’ingénierie contractuelle et juridique et financière dans un marché régulé en France et avec des acteurs qui ne sont pas encore matures ont qui l’habitude de répondre à des appels d’offres publics donc d’avoir un prix garanti par l’État.

In fine, c’est d’arriver à faire du « good » business. Nous sommes en train de passer de l’Age de pierre au XXIe siècle !

Soit on achète bien et on travaille notre mix énergétique pour le verdir, soit nous produisons et nous avons tout un plan solaire où nous allons installer des panneaux photovoltaïques sur une majorité de nos toitures mais aussi dans des fermes solaires sur des terrains SNCF le long des voies par exemple….

Tous ces électrons rentreront en majorité en autoconsommation. Cela sera autant d’énergie en moins à acheter.

En parlant XXIe siècle, vous en êtes où avec le train hydrogène ?

Nous avons des trains qui, aujourd’hui, lorsqu’on les achète pour 40 ans, continueront à rouler avec le même vecteur énergétique. Ce sont des trains qui sont électriques ou diesel, ou bi mode électrique diésel. Nous avons 4 leviers technologiques d’évolution.

D’abord les biocarburants colza français sur le diesel biocarburants (B100). Puis l’hybridation, comme pour les voitures, à la fois thermique et électrique avec des batteries lithium-ion en remplacement du moteur thermique sur le toit des trains.

Nous faisons des grosses économies à la fois en consommation, en émissions de CO2 et aussi en coûts de maintenance. Ensuite on peut aller vers un autre sujet technologique à savoir l’électrification là où il y a du diesel.

L’objectif est d’électrifier des voies mais avec un coût moindre, c’est ce qu’on appelle de l’électrification frugale.

Et enfin, sur les lignes de desserte fine du territoire où ça coûterait trop cher d’électrifier, nous expérimentons les trains hydrogène avec des régions comme l’Occitanie qui sont très intéressées pour faire des pilotes, ou en Bourgogne Franche-Comté.

La SNCF est donc au cœur de la transition énergétique…

Oui, clairement. Nous mettons des solutions en place dans le cadre de la lutte contre le changement climatique. C’est la raison d’être de l’entreprise : « Apporter à chacun la liberté de se déplacer facilement en préservant la planète ».

Et, en résumé, pour répondre à notre Raison d’Etre, à l’urgence climatique et à la qualité de l’air, notre chemin vers l’Energie Responsable est structurée autour de 5 leviers forts : Moins consommer, Mieux acheter et verdir durablement nos achats, Produire et autoconsommer notre propre électricité sur notre patrimoine foncier et immobilier, Innover dans des technologies en rupture pour décarboner notre mix énergétique, Piloter le changement pour montrer et démontrer à l’ensemble des parties prenantes internes et externes que nous « faisons notre part du colibri » face aux enjeux planétaires qui concernent tous les citoyens et toutes les entreprises.

Rappelons aussi que le ferroviaire c’est moins de 1% des émissions de CO2 du secteur de la mobilité alors que c’est 11% des voyageurs et des marchandises : définitivement le train est LA solution pour répondre à tous ces enjeux !

En Suède, les gens prennent de moins en moins l’avion et de plus en plus le train. Pensez-vous que cette « mode » peut débarquer en France ?

Il est très clair que, par exemple, sur des trajets Paris-Bordeaux ou Paris-Marseille, c’est une hérésie environnementale de prendre l’avion.

Surtout, d’un point de vue temps utile et même d’un point de vue business : il vaut mieux que vos salariés aient du « temps utile et productif » plutôt que de perdre du temps dans les sas de sécurité des aéroports ou à bord d’un avion où les conditions de travail ne sont vraiment pas optimales sur un trajet d’un peu plus d’1 heure !

J’ajoute que le kérosène des vols domestiques en France n’est pas taxé et c’est une niche fiscale de 300 millions d’euros par an pour le budget de l’État. Et pourtant d’un point de vue climatique, c’est juste une aberration…

 

 

 

 

 

 

commentaires

COMMENTAIRES

  • Gérard PETIT

    Que la SNCF essaie de faire des économies d’énergie, à service rendu donné s’entend, c’est la tâche de toute entreprise économiquement et écologiquement responsable.
    Mais que je sache, si le train en France peut s’enorgueillir de remarquables performances en matière de moindres émissions CO2, c’est notamment grâce au courant nucléaire (mot qui n’apparaît jamais dans l’article !!) mais il est vrai que parler de TGV ou de TER nucléaires aurait été très contre productif dans le climat actuel de phobie aiguë de la filière.
    Je doute vraiment que malgré le changement de portage que vous exposez, et hors mesures de rationalisation, le bilan CO2 de l’entreprise soit amélioré par rapport à la situation actuelle.
    Mais il est partout de bon ton de payer son écot (sur le dos du contribuable d’ailleurs) à la mode verte en achetant un courant lourdement subventionné et en l’affichant ostensiblement.

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