Chantal Jouanno : « hormis certains pro-nucléaires, rares sont ceux qui nient le rôle de l’éolien offshore »

Chantal Jouanno : « hormis certains pro-nucléaires, rares sont ceux qui nient le rôle de l’éolien offshore »

Le site partenaire Énergies de la mer a interviewé Chantal Jouanno. La présidente de la Commission Nationale du Débat Public (CNDP) revient notamment sur l’expérience des débats publics menés autour de l’éolien en mer. Entretien réalisé par Dominique Pialot.

Quelles mutualisations peut-on opérer entre les différents débats publics sur l’éolien en mer ?

CJ. Les procédures, telles que les ateliers cartographiques, sont mutualisées. Mais la CNDP ne disposant pas d’équipe en interne, une nouvelle équipe doit être reconstituée pour chaque débat.

Quoi qu’il en soit, le débat mené sur la Normandie, par exemple, n’est pas du tout transposable à la Méditerranée. Si dans les deux cas il s’agit de définir un zonage, la demande est très différente d’un cas à l’autre.

Pour la Normandie, les contraintes sont fortes, avec déjà six parcs, un trafic maritime dense et une activité de pêche importante, surtout dans le contexte du Brexit.

Les engagements pris par l’État – dont celui d’exploiter le retour d’expérience des fermes pilotes en Méditerranée – ou encore le contexte socio-économique et touristique ne sont pas non plus les mêmes.

Pour les impacts sur la faune et la flore, ne pourrait-on pas exploiter les retours d’expérience de projets menés à l’étranger ?

CJ. Les opérateurs partagent systématiquement leurs connaissances environnementales. Les impacts des travaux sur les espèces ou les récifs sont assez bien documentés, mais pas ceux sur les oiseaux, notamment migrateurs, dont les comportements restent encore méconnus. De toute façon, ce qu’attendent les citoyens, c’est de connaître l’impact local, sur la zone qui les intéresse.

En quoi la teneur des débats a-t-elle évolué au fil du temps ?

CJ. La réalité du changement climatique et la nécessité de la transition écologique – et pas seulement énergétique – sont acquises. Ce qui n’était pas le cas il y trois ans. Mais les modalités continuent de faire débat. Notamment sur la sobriété, l’efficacité énergétique et les différents modes de production d’énergie. Cette pluralité des solutions se reflète d’ailleurs dans les scénarios Ademe ou RTE.

Hormis certains pro-nucléaires historiques, rares sont ceux qui nient le rôle de l’éolien offshore. Les dernières annonces sur le sujet (telles que l’inclusion du nucléaire dans la taxonomie européenne) vont raviver ce débat entre pro-renouvelables et pro-nucléaire.

Une partie de l’opposition aux projets d’éoliens en mer provient d’une méconnaissance du sujet climat. Ne faudrait-il pas faire précéder les débats d’une acculturation au sujet ?

CJ. On fait toujours de l’éducation au changement climatique. Mais la politique énergétique du gouvernement reste très techno. Pourtant, nous poursuivons tous le même objectif : le ministère souhaite que le public y adhère ; les journalistes, qu’il le comprenne ; et nous, CNDP, qu’il participe.

Quelles sont les principales critiques que vous rencontrez ?

CJ. Une critique récurrente, c’est que « ça ne sert à rien et c’est long ».

Or il est essentiel de recueillir la parole du grand public. C’est pour cette raison que nous avons ajouté un principe d’inclusion aux principes généraux, et que nous nous efforçons d’aller chercher le public le plus éloigné. Par exemple, en travaillant avec ATD Quart-Monde.

La participation des élus locaux aux débats est-elle satisfaisante ?

CJ. Les présidents des débats publics rendent systématiquement visite aux élus, en commençant par les régions. Mais le débat Méditerranée, par exemple, portait sur près de 400 km de côtes et plusieurs centaines de communes.

Or, le nombre de participants est limité. À l’exception d’élus très volontaristes comme en Bretagne, les Régions restent toujours en retrait et les élus sont frileux et attentistes avant de connaître les positions locales. Pour améliorer la participation des élus locaux, nous allons nommer des délégués régionaux de la CNDP. Le principe en a été créé par la loi de 2017 et le décret est paru en 2021.

Les candidatures sont en cours de sélection. Certaines régions qui n’ont pas proposé de candidats seront regroupées avec d’autres. Mais, déjà seront bientôt annoncées celle d’Etienne Ballan en Méditerranée et celle de Jacques Archambault en Bourgogne.

Quelles relations entretenez-vous avec des instituts internationaux ?

CJ. Nous avons noué des liens avec l’Italie ou le Canada par exemple. Mais le temps et les ressources nous manquent pour développer des liens plus formalisés. A l’échelle européenne, c’est la mise en place de la Convention d’Aarhus* qui doit primer.

Déjà, en remplaçant l’intégralité de l’équipe, en nous dotant d’outils numériques performants, nous sommes passés d’une institution artisanale à une institution industrielle.

La suite et fin de l’interview de Chantal Jouanno, à lire ici : https://www.energiesdelamer.eu/2022/01/25/les-elus-sont-frileux-et-attentistes-avant-de-connaitre-les-positions-locales-declare-chantal-jouanno-a-energiesdelamer-eu/

 

Brigitte Bornemann

Avant de diriger le portail des "Énergies de la mer", Brigitte Bornemann a été conseillère technique chargée de la presse, de la communication et de l'audiovisuel scientifique au ministère de la Recherche et de l'Espace en 1992. Elle s'occupait précédemment de la presse internationale au sein du service de presse d'Edith Cresson.