Il faut « créer une vraie filière de la rénovation énergétique en France »

Il faut « créer une vraie filière de la rénovation énergétique en France »

Le Monde de l’Énergie ouvre ses colonnes à Baudouin de La Varende, co-fondateur d’Ithaque, une start-up spécialisée dans la rénovation énergétique raisonnée, pour évoquer avec lui l’évolution des aides à la rénovation thermique en France, en particulier MaPrimeRenov’.

 

Le Monde de l’Énergie —Le gouvernement a modifié, au 1er janvier 2024, les critères d’attribution de MaPrimeRenov’. Quelles sont la nature de ces changements ?

Baudouin de La Varende —Les modifications apportées au programme MaPrimeRenov’ depuis le 1er janvier 2024 incluent :

  1. Définition de la rénovation d’ampleur. Le terme « rénovation d’ampleur » remplace « rénovation performante » et « rénovation globale ». Pour être éligible, les travaux doivent permettre un gain d’au moins deux classes énergétiques avec 2 gestes d’isolation au minimum et le remplacement obligatoire des chaudières à fioul.
  2. Parcours Accompagné Obligatoire. Pour bénéficier de forfait d’aides plus importants, il est maintenant obligatoire de faire appel à un professionnel certifié Mon Accompagnateur Rénov’.
  3. Extension aux appartements. Les appartements sont désormais éligibles à la rénovation d’ampleur, ce qui n’était pas le cas auparavant.
  4. Conditions pour les Travaux Mono-Geste. Pour obtenir des aides pour des travaux mono-geste, il faut désormais fournir un DPE et changer le système de chauffage (sauf pour les appartements). À partir de juillet, les passoires thermiques ne seront plus éligibles pour ces aides.
  5. Simplification Administrative. Un seul dossier doit être déposé à l’Anah, qui s’occupera de la valorisation des aides au titre des CEE. Cela représente une simplification significative du processus.

Le Monde de l’Énergie —Ces modifications ont été accompagnées d’une augmentation des crédits alloués à cette prime de 1,6 milliards d’euros pour 2024. Cette hausse vous semble-t-elle justifiée ?

Baudouin de La Varende —On peut en effet se demander si cette hausse est justifiée dans la mesure où en 2023, 300 millions ont été annulés car non utilisés.

Mais plusieurs choses justifient selon moi cette augmentation importante :

  1. Orientation vers la rénovation d’Ampleur. Il y a une incitation à entreprendre des rénovations d’ampleur. Moins de 10% des rénovations étaient globales en 2023, mais les restrictions d’accès aux aides en 2024 pourraient changer cette tendance et augmenter significativement les montants d’aides distribués.
  2. Inclusion des appartements. L’inclusion des appartements dans les rénovations d’ampleur est une nouveauté qui pourrait augmenter la demande.
  3. Développement de la filière de rénovation. La filière de rénovation a eu une année supplémentaire pour se développer, ce qui pourrait entraîner une augmentation de l’efficacité et de la demande.
  4. Interdiction pour les logements G en 2025. On peut anticiper une augmentation des demandes en 2024 à l’approche de cette interdiction

En conclusion, bien que l’utilisation partielle des fonds en 2023 puisse susciter des interrogations, les améliorations apportées au programme et les objectifs à long terme en matière de climat et de soutien social justifient potentiellement l’augmentation du budget pour 2024.

Le Monde de l’Énergie —En quoi, selon vous, le dispositif a-t-il changé d’approche avec ces modifications ? Cela se traduit-il par un attrait plus important pour lui ?

Baudouin de La Varende —L’approche a fondamentalement changé dans la mesure où le gouvernement part désormais du postulat que tous les français ont besoin d’être accompagnés par un professionnel, d’où l’obligation de faire appel à un professionnel certifié dans le parcours accompagné.

L’exclusion des passoires thermiques des aides sur les monogestes montre aussi la volonté du gouvernement d’encourager les propriétaires de ces biens à engager des rénovations importantes pour assurer des économies réelles.

Le Monde de l’Énergie —Ces modifications suffiront-ils à tenir les ambitions objectifs gouvernementaux de rénovation énergétique pour cette année, sachant que la pénurie de professionnels compétant reste importante ?

Baudouin de La Varende —Il est très difficile de savoir comment va évoluer le marché en 2024 et si l’on va atteindre les 200 000 rénovations d’ampleur envisagées par le gouvernement mais les efforts faits avec MPR nous paraissent aller dans le bon sens en encourageant les rénovations d’ampleur massivement grâce au financement.

Reste en effet l’incertitude quant à la capacité du marché à répondre à cette augmentation de la demande mais il y a eu 700 000 gestes de rénovations en 2023, il faut que cela puisse se traduire en 200 000 rénovations d’ampleur.

Le Monde de l’Énergie —Justement, les efforts de formation aux métiers du bâtiment vous semblent-ils répondre à la volonté de faire de la rénovation énergétique l’un des chevaux de bataille énergétique du pays ? Quels leviers pourraient permettre de les optimiser selon vous ?

Baudouin de La Varende —Nous avons déjà du retard sur la formation car cela prend du temps et les actions mises en place pour combler le manque de main d’œuvre ne nous paraissent pas suffisantes. Il faut mettre encore plus l’accent sur la formation continue et sur la reconversion pour créer une vraie filière de la rénovation énergétique en France.

On peut par exemple penser aux acteurs de la construction neuve qui pourraient rapidement répondre à cette demande alors même que le marché du neuf est à l’arrêt.

Baudouin de La Varende

Diplômé de Centrale Paris, Baudouin de La Varende intègre la multinationale française Suez où il participe au développement de la startup Origins.earth. Il y découvre alors les domaines de l’environnement et de la rénovation énergétique qui le passionnent. C’est en partant du constat qu’il y a un manque de conseils, de financement et d’aides financières pour développer son projet de rénovation énergétique que Baudouin se lance dans la création d’Ithaque avec des convictions et une volonté forte : avoir un réel impact écologique et dédiaboliser la rénovation énergétique.