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Les 8 idées reçues sur le mix électrique chinois

Article de Thibault Laconde, du site Energie & Développement.

 

La Chine publie chaque mois des chiffres détaillés sur l’état de son industrie et en particulier sur sa production d’électricité.

Vous pouvez les trouver ici pour le mois de juin et ici un récapitulatif de l’année 2017.

Votre mandarin est un peu rouillé ? Pas grave, je les ai lu pour vous… attendez-vous à être surpris.

Pour aller plus dans le détail, vous pouvez également consulter la note sur l’évolution du mix électrique chinois publiée en janvier.

Idée reçue n°1 : les énergies fossiles reculent en Chine

En apparence, c’est vrai : la part des énergies fossiles dans la production d’électricité chinoise est passée de 83.3% en 2007 à 71.8% en 2016 et 70.9% en 2017.

Cette baisse est plutôt impressionnante !

Mais voilà : dans le même temps la consommation d’électricité a augmenté de 7.6% par an en moyenne, les énergies fossiles ont donc une part plus petite d’un gâteau beaucoup plus grand…

A l’arrivée, la production d’électricité à partir de gaz et surtout de charbon progresse 200TWh par an environ depuis une décennie.

En 2017, elle a progressé de 220TWh, c’est-à-dire que la production fossile est celle qui a le plus augmenté, en fait elle a plus augmenté que celle de toutes les autres énergies réunies.

Au-delà de la production, la puissance installée a, elle aussi, augmenté.

Les investissements dans les énergies fossiles, par contre, ont reculé d’un tiers en 2017 mais un Renminbi investi dans la production d’électricité chinoise sur 4 va encore aux énergies fossiles.

Idée reçue n°2 : la Chine est dernière de la classe

En sens inverse, on qualifie parfois un peu vite la Chine de cancre en matière d’énergie. C’est vrai qu’elle est depuis 2007 la première émettrice de gaz à effet de serre de la planète mais cela tient évidemment beaucoup à l’immensité de sa population…

Avec à peu près trois-quarts d’énergies fossiles dans son mix électrique, la Chine est en réalité en milieu de tableau. Au sein du G20, elle se classe 8e et fait mieux que l’Inde ou que des pays développés comme le Japon et l’Australie.

Évidemment, les statistiques chinoises tentent d’embellir la situation en ne distinguant pas au sein des énergies fossiles le charbon, très polluant, et le gaz, qui l’est environ 3 fois moins : le problème de la Chine, si on la compare à d’autres pays, ce n’est pas la part des énergies fossiles, c’est la part du charbon au sein des énergies fossiles – environ 95%.

En prenant ce critère, la Chine se place effectivement parmi les 10 pays avec le mix électrique le plus sale mais elle reste nettement meilleure que l’Afrique du Sud ou la Pologne.

Idée reçue n°3 : les centrales à charbon chinoises sont particulièrement sales

Si vous essayez d’imaginer une centrale à charbon chinoise, justement, que voyez-vous ?

Une vieille usine grise et un peu rouillée qui éternue de la poussière à longueur de journée ? Tout faux.

C’était encore vrai il y a 10 ans mais aujourd’hui les normes d’émissions chinoises sont parmi les plus exigeantes au monde, équivalentes ou supérieures à leurs homologues européennes ou américaines.

Au début des années 2010, le gouvernement a d’ailleurs fermé d’autorité de nombreuses centrales trop vieilles ou trop polluantes.

En 2020, de nouvelles normes vont entrer en vigueur qui porteront cette fois sur le rendement des centrales : les nouvelles unité devront consommer moins de 300 grammes de charbon par kilowattheure produit, les anciennes devront passer en dessous de 310 ou fermer.

A titre de comparaison, les 100 plus grandes centrales à charbon américaines actuellement en service consomment en moyenne 375g/kWh et aucune ne parviendrait à satisfaire aux futures normes chinoises.

Aujourd’hui, la Chine dispose d’un des parcs de centrales à charbon parmi les plus récents et les plus performants de la planète.

Cette modernisation a fait baisser significativement la consommation de charbon, et donc les émissions de CO2, par unité d’électricité produite… mais ils ne peuvent pas se poursuivre indéfiniment.

Pour limiter ses émissions, la Chine doit donc se tourner vers des énergies moins ou non carbonées.

Idée reçue n°4 : la Chine investit à fond dans le nucléaire

C’est une des raisons pour lesquelles la Chine est vue comme la terre promise de l’industrie nucléaire.

Et c’est vrai que le pays affiche des objectifs impressionnants : faire passer son parc nucléaire de 28 à 58GW entre 2016 et 2020 et avoir encore 30GW de plus en construction, voire atteindre 150GW en 2030 !

Sauf que le lancement de projets nucléaires à l’intérieur des terres (toutes les réacteurs commerciaux chinois sont situés sur les côtes) peu après l’accident de Fukushima a fait réagir l’opinion publique et les milieux académiques : en 2014, une violente polémique a entrainé de facto un moratoire sur l’approbation de nouveaux projets.

Les mises en chantier de réacteurs se tarissent progressivement depuis : 3.5GW par an en moyenne entre 2012 et 2015, 2GW en 2016 et 0.6 en 2017.

Et les investissements aussi : en 6 ans, ans ils ont été divisés par 2, en 2017 les sommes consacré au nucléaire ont encore baissé de 21.6% !

L’année dernière, la Chine a consacré environ 5 milliards d’euros au développement de sa production d’électricité nucléaire. C’est encore beaucoup, certes, mais ce n’est pas du tout à l’échelle des objectifs annoncés…

On peut dire maintenant avec certitudes que les objectifs nucléaires mirobolants de la Chine ne seront certainement pas atteints.

Actuellement il y a un peu plus de 19GW en construction, pour tenir l’objectif de 58GW fixé par le 13e plan quinquennal il faudrait achever tout ces chantiers et encore 2 ou 3 réacteurs de plus.

En moins de 3 ans, c’est pratiquement impossible. Avoir 30GW en construction en 2020 semble aussi très compliqué. Quant aux 150GW en 2030, sauf retournement spectaculaire, ils apparaissent comme un doux rêve.

Idée reçue n°5 : l’éolien et le solaire représentent un quart de l’électricité chinoise

Ici, il s’agit surtout d’une précision sémantique. Les Chinois distinguent en général l’électricité venant de centrales thermiques (火电, le premier caractère signifie feu, le deuxième électricité) du reste.

Mais cette électricité thermique ne comprend pas le nucléaire (核电) qui figure toujours à part, “fossile” est donc une traduction plus appropriée que “thermique”.

Résultat : lorsqu’on discute du mix électrique chinois on se retrouve souvent à parler d’énergies fossiles d’une part et de “non-fossiles” d’autre part.

Cette seconde appellation ne nous est pas très familière et elle a vite fait de devenir “énergies renouvelables” oubliant au passage le nucléaire.

L’étape d’après est de confondre les renouvelables avec leurs représentants les plus médiatiques : l’éolien et le solaire.

En réalité, une fois retirés les 4% de nucléaire, les renouvelables représentent de l’ordre d’un quart de la production électrique chinoise.

Et le gros de cette production (18.6%) vient des barrages hydroélectriques, pas des éoliennes ou des panneaux solaires.

Idée reçue n°6 : la révolution solaire est en marche !

S’il y a une information sur le secteur électrique chinois qui est parvenue à trouver son chemin jusqu’aux médias occidentaux en 2017, c’est bien celle-là : le solaire s’envole !

Incontestablement, le développement du solaire photovoltaïque chinois vaut qu’on s’y arrête.

La Chine, qui pendant longtemps a complètement ignoré cette technologie au profit du solaire thermique domestique, est devenue en à peine 5 ans la championne mondiale incontestée. Entre 2012 et 2017, le parc solaire chinois est passé 3 à… 130GW.

Deuxième pays le mieux doté, l’Allemagne n’affiche que 40GW, et la France ne dépasse pas 7GW.

Mais c’est surtout le rythme auquel le parc solaire s’est développé l’année dernière qui est incroyable : 53GW de nouvelles capacités solaires photovoltaïques ont été raccordés en un an !

Cette explosion a pris de court aussi bien les planificateurs chinois (l’objectif fixé fin 2016 pour 2020 est déjà atteint) que les analystes.

Mais cet exploit risque fort de rester sans lendemain. D’abord parce que malgré sa progression la production solaire photovoltaïque est encore loin d’entamer la domination des énergies fossiles : elle représente moins de 2% du mix électrique chinois.

Ensuite et surtout parce que le gouvernement chinois appuie très fort sur le frein : les tarifs de rachat pour l’électricité solaire ont été abaissés en 2017 et le gouvernement chinois a mis en place un système de régulation limitant la construction d’installations solaires photovoltaïques sur les deux tiers du territoire environ.

Ces mesures n’ont pas été suffisamment efficaces : au 1er trimestre 2018, 9,7GW de solaire photovoltaïque ont encore été installés en Chine.

Début juin, le gouvernement a donc annoncé la suspension du tarif de rachat pour la plupart des nouvelles installations. Un système d’appel d’offre devrait être créé en remplacement. Une annonce similaire a été faite pour l’éolien mi-mai.

Dans ces conditions, le rythme de croissance devrait ralentir nettement et il faudra des années avant que le solaire pèse réellement dans le mix électrique chinois.

Idée reçue n°7 : l’éolien et le solaire ont atteint leurs limites

En Chine comme ailleurs, l’intégration des énergies renouvelables intermittentes pose question.

Au cours des dernières années, la Chine a souvent connu des cas d’effacement de production (ou curtailment), c’est-à-dire des situations où le gestionnaire du réseau coupe des sources d’énergie renouvelable parce qu’il ne parvient pas à écouler leur production ou parce qu’il préfère faire appel à des centrales plus flexibles.

Ces épisodes ont parfois été interprétés comme la preuve que le développement du solaire et de l’éolien en Chine était une impasse.

En réalité, avec moins de 7% du mix électrique, il n’y a aucune raison que l’intégration des renouvelables intermittentes soit ingérable en Chine.

Après tout, la part des renouvelables (hors hydroélectricité) atteint sans vraie difficulté 25% en Nouvelle-Zélande, en Irlande ou en Espagne…

Ce qui manquait surtout, c’était les infrastructures pour écouler la nouvelle production renouvelable des régions du centre et de l’ouest où elle est souvent localisée vers les régions industrielles de la côte est.

Les investissements dans ce domaine se sont accélérés en 2017 : plus de 11.000km de lignes à très haute tension ont été construits… Et le problème semble en voie de résolution : le taux d’effacement a baissé de 5.2 points pour l’éolien et de 4.3 points pour le solaire alors que la production a fortement progressé.

Il reste des engorgements dans des provinces rurales où les renouvelables se sont développés très vite mais ils sont localisés.

Idée reçue n°8 : les Chinois consomment trop d’électricité

Pour que la progression du nucléaire et des renouvelables en 2017 permette de réduire la production d’électricité fossile, il aurait fallu que la consommation chinoise augmente de moins de 2.3%. Or la croissance de la consommation a été presque 3 fois plus rapide !

Il est clair que tant que la demande continuera à croître aussi vite, il sera très difficile de réduire la production électrique fossile.

Alors, le problème c’est que les chinois gaspillent l’électricité ? C’est aller un peu vite : avec 6400TWh en 2017, la consommation d’électricité chinoise se situe à la louche au double de l’Union Européenne qui est deux fois moins peuplée et elle est supérieure de moitié à celle des Etats-Unis qui ont une population 4 fois moins importante.

Mais surtout, la part de la consommation domestique est faible : moins de 14% du total. C’est l’industrie qui absorbe 70% de l’électricité produite en Chine. Les ménages chinois n’y sont donc pas pour grand chose…

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