L’hydrogène répond présent aux exigences du lourd

L’hydrogène répond présent aux exigences du lourd

Une tribune signée Michel Delpon, ambassadeur Référent Hydrogène de France 2030

 

On ne l’attendait pas aussi vite dans le lourd !

In fine, c’est le lourd qui fait appel à l’hydrogène renouvelable devant l’urgence de leurs problématiques.

Le 14 février dernier, la Commission Européenne a annoncé l’objectif de réduction des émissions de CO2 des poids lourds neufs de 45 % en 2030, 65 % en 2035 et 90 % d’ici 2040, et zéro émission pour les bus urbains d’ici 2030.

Devant ces nouvelles normes, il s’avère que l’hydrogène pourra fonctionner là où la batterie est en échec pour des raisons d’autonomie, de temps de recharge, de puissance, de stockage et de décarbonation en général.

Désormais, les transports lourds, que ce soit en train, en camion ou en bateau et plus tard en avion, s’ouvrent à l’hydrogène devant les défis qui les attendent.

Déjà, la « Coalition Rétrofit hydrogène », dont je suis membre fondateur, s’est constituée le 11 février 2023 pour établir un pont nécessaire afin de préparer cette transition du transport décarboné, dans l’attente de séries industrielles des constructeurs qui sont tous sur la ligne de départ : Gaussin, Hyvia, Iveco, Hyzon, Ehm, Green GT, Chéreau pour ses remorques frigorifiques et même Safra pour les bus et autocars, etc…

Il en de même pour les bateaux, que ce soit la plaisance comme le Yacht Hynova, ou le futur cargo porte-containers, Energy Observer2.

Qui plus est, c’est à quai que le bateau pollue également, en utilisant des groupes diesel qui peuvent dès à présent être remplacés par des générateurs à hydrogène propres et silencieux, car la pollution sonore n’est pas neutre, non plus, pour la santé des riverains.

Ces mini-centrales électriques à hydrogène sont maintenant efficientes tels Eodev, Helion, H2X, Evol-E, etc., pour la décarbonation de nos ports et de nos chantiers.

Ces ports que j’ai visités comme Bordeaux, Marseille, Saint-Tropez, Monaco et aussi Bastia-Ajaccio pour le projet Dephy. Et enfin, les grands ports industriels tels Dunkerque et Le Havre-Port Jérôme, qui sont étroitement liés aux industries lourdes les plus polluantes de l’acier, du ciment et des engrais azotés. Ces trois métiers consomment 900 000 tonnes d’hydrogène gris produit à partir du pétrole ou du gaz, et qui devront permuter pour l’hydrogène renouvelable.

En même temps, l’acier et le ciment vont permettre la décarbonation du bâtiment, tant pour les chantiers que pour les logements, qui seront équipés de chaudières à hydrogène déjà en fonctionnement comme Thermea de Bulane.

C’est un mal pour un bien car cette massification des territoires industriels historiques se traduira par le déploiement massif de la filière hydrogène avec consolidation de nouveaux usages qui vont se généraliser avec le maillage des stations telles Atawey, Madic, Hydrogenics, Avia, etc.

Il y a déjà 250 stations à hydrogène en Europe, et cette même Europe va investir dans les corridors hydrogène avec l’objectif de 1 000 stations en 2030.

L’accroissement des capacités de production à partir des énergies renouvelables est la clé du développement de cette Hy-Révolution.

La réindustrialisation de notre territoire se fera aussi avec l’adaptation des infrastructures de stockage qui seront contraintes de passer progressivement du gaz fossile à l’hydrogène tels Storengy, Terega ou Ad Venta.

Par ailleurs, pour réussir cette grande mutation, nous comptons sur les collectivités qui ont déjà bien compris l’intérêt écologique, économique et bien évidemment politique tels que des régions comme Normandie, PACA ou des villes comme Pau ou Belfort.

En effet, l’hydrogène vert a quitté sa phase de lancement pour entrer dans sa phase de développement mondial. Ainsi, pour déverrouiller l’ère de l’hydrogène, il faudra ouvrir la voie à de nouvelles normes française et européennes car c’est au niveau du cadre réglementaire et financier qu’il faut une vraie impulsion pour nos investisseurs.

En parallèle, les budgets dédiés à la Transition énergétique devront être augmentés en Europe pour répondre au plan américain IRA (Inflation Reduction Act). France 2030 va permettre justement la mise en œuvre de propositions réglementaires et de soutien financier aux acteurs de la filière hydrogène renouvelable sur l’ensemble de la chaine de valeur.

C’est ce que j’attends de la mise à jour de la feuille de route hydrogène par le Président de la République, en juin 2023, car notre objectif c’est bien de produire 1 million de tonnes d’hydrogène renouvelable et de créer 100 000 emplois d’ici 2030

Rapprochons le futur avec l’hydrogène.

 

Michel Delpon

Ambassadeur Référent Hydrogène de France 2030 depuis le 1er septembre 2022, Président fondateur du Club Vision Hydrogène. Ancien député de Dordogne - Mandat 2017-2022 - Commissaire au Développement Durable et Environnement. Président fondateur du groupe d’études « Hydrogène » à l’Assemblée Nationale. Auteur d’un livre en 2020 « L’hydrogène renouvelable- L’Energie verte du monde d’après ». Ancien conseiller municipal de Bergerac – Mandat 2001-2008. Diplômé de l’Université des Sciences de Toulouse et de l’Ecole de Commerce de Montpellier