La hausse des taux d’intérêt met les énergies renouvelables au défi d’une rentabilité rapide

La hausse des taux d’intérêt met les énergies renouvelables au défi d’une rentabilité rapide

Une tribune signée Peter Wilson, ingénieur et expert sectoriel de l’énergie au sein d’Hexagon.

Les hausses des taux d’intérêts de la BCE et de la réserve fédérale américaine ont refroidi l’enthousiasme des investisseurs pour les énergies renouvelables.  Si les gouvernements européens peuvent agir pour soutenir la filière, les acteurs du secteur doivent aussi saisir cette occasion pour réduire les coûts et temps de livraison des projets, notamment grâce au numérique. 

Le 14 septembre dernier, la BCE a augmenté ses taux directeurs de 0,25 point de pourcentage, une dixième hausse consécutive destinée à combattre une inflation persistante dans la zone euro.

Ce relèvement des taux, qui entraîne un renchérissement du crédit, a fait une nouvelle fois chuter le cours des actions du secteur des énergies renouvelables. En deux mois, l’indice S&P Global Clean Energy, qui recense les 100 plus grandes entreprises du secteur, a perdu plus de 20% de sa valeur. Parmi les plus touchés figurent les acteurs de l’éolien offshore comme le danois Ørsted dont l’action a perdu plus de 30%.

Ce désamour s’explique par la différence de modèle économique entre les renouvelables et les énergies fossiles. Les projets éoliens et solaires nécessitent des capitaux de départ importants et plusieurs années avant la mise en service. Une fois celle-ci opérée, le coût marginal de la production est en revanche plus faible que celui du pétrole et du gaz.

En augmentant le coût du capital et de son immobilisation, la hausse des taux fait grimper la facture des projets renouvelables et donc chuter leur compétitivité face aux autres sources d’énergies. Plusieurs projets, comme celui de Community Windpower en Ecosse, ont ainsi dû être interrompus après avoir vu leurs coûts de départ grimper de plus de 50%.

Les gouvernements et acteurs du secteur au défi de l’accélération

Pour l’Union Européenne, le problème est de taille. En 2021, 21,8% de sa consommation d’énergie provenait des renouvelables. Or l’Union a assigné à ses Etats-membres l’objectif contraignant de doubler cette proportion d’ici 2030. Une perte de compétitivité du solaire et de l’éolien pourrait rendre cet objectif intenable.

Mais, face à cette situation, les gouvernements et les acteurs du secteur peuvent néanmoins réagir.

Impossible pour les Etats européens de jouer sur les taux d’intérêt. En revanche, ils peuvent réduire les risques associés aux projets d’énergies renouvelables, via des mécanismes comme les contrats garantis, les obligations d’achat à prix garantis sur des périodes longues, mais aussi via la simplification des procédures liées à la construction des projets.

Selon une étude récente du think tank Ember portant sur dix-huit pays européens, le temps nécessaire pour obtenir les autorisations administratives pour un projet éolien dépasse partout les deux ans. C’est plus de cinq ans en France, sept ans en Espagne, et jusqu’à dix ans en Croatie.

Mais la balle n’est pas seulement dans le camp des gouvernements. Les entreprises doivent également agir et adopter des meilleures pratiques pour réduire les risques liés à leurs projets.

Le rôle-clé du numérique

L’un des points d’amélioration centraux touche à la digitalisation des processus de conception et à l’utilisation de logiciels intégrés répondant aux enjeux des renouvelables. Ces outils permettent d’éviter les erreurs et d’automatiser les processus de conception pour accélérer la mise en production tout en réduisant les coûts.

Lorsque le parc éolien ou solaire passe en phase d’exploitation, ces solutions intégrées peuvent nourrir un jumeau numérique ou solution de gestion des actifs d’entreprise (EAM) pour améliorer l’efficacité et la maintenance, et donc la compétitivité économique de la production face à d’autres sources d’énergie.

La numérisation a aussi un rôle dans un enjeu qui commence à émerger : le démantèlement des installations d’énergies renouvelables. Par exemple, de nombreuses pales d’éoliennes, fabriquées à partir de matériaux composites complexes, sont actuellement destinées à être mises en décharge. Ce qui unit ces défis est le besoin d’une meilleure gestion du cycle de vie des actifs.

Une telle gestion est non seulement cruciale pour rendre les sources d’énergie renouvelable plus rentables, mais elle évitera également que les pays européens soient confrontés à des coûts de démantèlement croissants à l’avenir. Autant d’enjeux-clés pour réaliser l’ambition européenne d’être un leader mondial en matière d’énergie verte.

Peter Wilson

Ingénieur de formation, Peter Wilson est expert sectoriel chez Hexagon au sein de la division Asset Lifecycle Intelligence. Il possède plus de 15 ans d'expérience dans la transformation des entreprises, notamment dans le secteur de l'énergie, en Europe, au Moyen-Orient et en Asie.