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« La hausse des prix du gaz naturel pourrait déclencher une récession dans l’UE »

L’invasion de l’Ukraine par la Russie a de considérables impacts sur les marchés du gaz et du pétrole, en particulier en Europe. Au lendemain de l’annonce d’un embargo de l’UE sur le pétrole russe d’ici fin 2022 (avec une exemption pour la Hongrie, la Slovaquie et la Tchéquie), et alors que la Russie a cessé d’approvisionner en gaz la Pologne, la Bulgarie, la Finlande, les Pays-Bas et le Danemark, le spécialiste américain des matières premières Robert P. Ryan, du cabinet BCA Research, apporte au Monde de l’Energie son éclairage sur ces questions.

Le Monde de l’Énergie —Pouvez-vous nous décrire les principales causes de la hausse des cours du gaz naturel en Europe ?

Robert P. Ryan —Les stocks européens de gaz naturel s’accumulent à un rythme rapide, car la concurrence de l’Asie – généralement menée par la demande chinoise – reste plus faible que les saisons précédentes. Les stocks de gaz naturel de l’UE s’élevaient à ~446 MWh au 16 mai 2022, selon les derniers rapports disponibles.

L’UE a traversé deux hivers extrêmement difficiles en 2020-21 et 2021-22. Les niveaux de stockage de gaz naturel en Europe ont été réduit fortement pour répondre à la demande de chauffage, ce qui, en raison d’une crise énergétique hivernale en Chine à cette époque, a contraint les acheteurs européens à se lancer dans une compétition pour le gaz naturel liquéfié (GNL).

À la suite d’une demande inattendue au printemps et en été 2021, alors que le temps froid persistait en Europe et que la production d’énergie éolienne a fortement chuté, les gestionnaires de stockage ont à nouveau eu du mal à obtenir du GNL pour reconstituer les stocks. Les prix du gaz naturel en Europe ont grimpé en flèche en raison de l’augmentation de la demande.

La menace d’une interruption de l’approvisionnement en gaz naturel russe plane par ailleurs sur l’Union européenne, et pèse sur les cours. L’UE vise à remplacer les deux tiers des importations de gaz russe avant la fin de l’année.

Le Monde de l’Énergie —Quelles conséquences aura selon votre cabinet l’embargo sur le pétrole russe décidé par l’Union européenne ?

Robert P. Ryan —Maintenant que l’embargo de l’UE a été décidé, nous attendons la prochaine étape : savoir dans quel délai la Russie coupera ses exportations de gaz naturel vers l’UE.

Trois petits États enclavés – la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie – bénéficient d’une dérogation à d’embargo sur le pétrole, mais leurs volumes d’importation n’affecteront pas l’effort de l’UE. La baisse d’exportation pour la Russie sera d’environ de ~ 1,6 million de b/j en 2022, puis de 2 millions de b/j l’année prochaine (par rapport à niveaux d’avant l’invasion).

La demande devrait diminuer lorsque les prix du Brent dépasseront les 120 $/b, durant le second semestre 2022 d’après nos analyses. Des prix supérieurs à 140 dollars le baril sont probables si la Russie arrête immédiatement les exportations de pétrole vers l’UE. Nous prévoyons un prix moyen du Brent de 113 $/b cette année et 122 $/b l’an prochain. Le WTI se négociera à 3 $/bbl.

Le Monde de l’Énergie —Selon vous, comment les décideurs politiques européens vont réagir à cette situation ?

Robert P. Ryan —L’Allemagne a déjà réussi à réduire les importations de pétrole russe de plus de la moitié en très peu de temps, et a annoncé qu’elle allait encore accentuer ses efforts en la matière. L’Allemagne devrait donc se détacher des importations de brut et de produits raffinés russes plus tôt que prévu, probablement avant la fin de l’année.

D’autres États membres de l’UE soutiennent déjà l’Allemagne sur la question d’un embargo sur les importations russes. Comme la Hongrie, la Tchéquie et la Slovaquie n’importent pas de pétrole russe dans une mesure susceptible de faire dérailler la solidarité européenne sur l’embargo (environ 10% des importations de l’Union européenne en 2021), les dérogations pour ces États peuvent fonctionner.

En outre, quatre des pays du groupe « Five-Eyes » – les États-Unis, Royaume-Uni, Australie et Canada – ont déjà ont déjà imposé des embargos sur les importations de pétrole russe.

Le Monde de l’Énergie —Comment envisagez-vous l’évolution des prix du gaz ?

Robert P. Ryan —Conformément aux menaces précédentes, la Russie devrait encore réduire les exportations de gaz naturel de l’UE à la suite de l’embargo européen sur le pétrole. Nous prévoyons que les prix de référence du gaz naturel en euros repasseront au-dessus de 225 €/MWh. Cela pourrait déclencher une récession dans l’UE.

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