Comment expliquer la forte hausse des prix de l’électricité ?

Par Bernard Comte, ancien ingénieur

En 2012, Marcel Boiteux, l’inventeur, en 1956, du système de tarification, toujours en vigueur aujourd’hui, a écrit dans la revue de l’énergie[1]  :

« Il faut que chacun paye ce que la prestation dont il bénéficie a coûté à la collectivité à travers tous les acteurs qui y ont contribué ou en ont été affectés (…) Si chacun est appelé à payer ce qu’il coûte pour chaque bien ou service dont il use, la solution la plus économique pour lui sera aussi la plus économique pour la collectivité. A l’inverse, si les prix ne reflètent pas les coûts, ce qui sera le plus économique pour le consommateur peut très bien ne pas l’être pour la collectivité. »

Pour satisfaire la demande, les moyens de production disponibles, hors moyens de production renouvelables intermittents qui ne sont pas pilotables et déversent leur production sur le réseau, sont appelés dans l’ordre croissant de coût de revient.

Le prix de l’électricité est fixé par celui du dernier moyen de production appelé, celui qui a le plus fort coût marginal, comme l’a préconisé Marcel Boiteux[2] .

Cette logique, inéluctable si l’on veut conserver les moyens de pointe qui sont indispensables, s’applique à l’échelle européenne dans la limite des capacités de transit des interconnexions entre pays qui assurent la fluidité du marché européen. Ce mode de facturation a aussi l’avantage d’inciter les consommateurs à réduire leur consommation en période de pointe.

Mais ce mode de fixation des prix ne satisfait le principe que si le parc de production est adapté à la demande avec le bon niveau de moyens de base, qui produisent une électricité peu chère, et avec des moyens de pointe, dont l’électricité est plus onéreuse en complément.

S’il n’y a pas assez de moyens de base, la facturation au coût marginal sera trop avantageuse pour le producteur et le prix de vente trop élevé.

S’il y en a trop, la facturation au coût marginal sera avantageuse pour les clients mais le producteur ne couvrira pas ses coûts de production car ses moyens de base seront sous-utilisés.

Choix politiques

Le parc de production européen, puisque le marché fonctionne à cette échelle, devrait par conséquent être optimisé, comme le préconise Marcel Boiteux, en fonction de la consommation.

C’est ce qu’EDF faisait avant l’ouverture à la concurrence en mettant en service de nouvelles centrales, en arrêtant celles qui ne sont plus nécessaires ou, pour adapter les moyens de pointe en moyen de base, et vice et versa, en transformant, avant 1973 et la crise du pétrole, une centrale au charbon en centrale fonctionnant au fuel ou en faisant l’inverse après 1973.

Or aujourd’hui, en Europe, EDF n’a plus cette obligation et son parc évolue surtout en fonction de choix politiques qui conduisent à réduire les moyens de base traditionnels et pilotables (charbon, nucléaire) et à augmenter les énergies renouvelables intermittentes, censées compenser les fermetures de moyens pilotables.

Alors que 31 gigawatts électriques (GWe) intermittents ont été mis en service à grands frais (140 milliards déjà engagés pour produire 10 % de notre électricité !), sans garantie de production, le parc pilotable, celui qui assure de façon certaine à tout moment notre approvisionnement, s’est vu amputé de 13 % de sa capacité, soit 12,5 GWe en 15 ans.

Labyrinthe européen

En pratique, en Europe, personne n’est vraiment investi de cette mission même si elle figure explicitement dans le cahier des charges des gestionnaires du réseau de transport. RTE, en particulier, ne l’a jamais vraiment fait depuis sa création en 2000 même s’il a lancé quelques alertes, en Bretagne en particulier.

De toute façon, le réseau étant européen, même s’il manque encore des interconnections pour assurer la fluidité totale du marché, c’est l’Europe qui devrait y veiller.

Malheureusement, même si elle avait la volonté de le faire, elle serait dans l’incapacité d’assurer cette mission car la politique énergétique relève des prérogatives de chacun des pays qui décident sans concertation, ni étude globale et au gré de leurs contraintes politiques, de choisir le nucléaire ou de le rejeter, de développer massivement le renouvelable intermittent, en particulier le solaire qui produit de toute façon très peu en hiver.

C’est ENTSOE, le rassemblement des gestionnaires de transport qui devrait coordonner les pays européens, ce qui est de toute façon impossible par suite des divergences en matière de politique énergétique entre les différents pays européens.

Cette situation dramatique, imputable au fait que les choix réalisés par les différents pays ne sont que politiques et souvent irrationnels, conduit à des aberrations.

Mais à ces problèmes, d’origine structurelle, qui rendent l’adaptation impossible, viennent s’ajouter les conséquences de l’intermittence d’une partie de plus en plus importante des sources d’énergie de base qui sont censées palier l’arrêt de la production des centrales pilotables au charbon ou nucléaires.

En effet, lorsqu’il y a du vent, il peut y avoir saturation du marché et les prix de gros baissent jusqu’à devenir parfois négatifs (cf. graphe ci-dessous), c’est-à-dire inférieurs au coût marginal, nul, de l’éolien et du solaire qui ne sont pas incités à arrêter leur production du fait d’un système de subventionnement uniquement fondé sur cette dernière. Le parc est alors « suréquipé » en moyens de base.

 

Et, à l’inverse, lorsqu’il n’y a pas de vent et de soleil, les moyens de pointe marginaux (gaz et charbon) sont utilisés en base et le prix de gros augmente. Le parc est alors « sous-équipé » en moyens de base.

C’est ainsi que l’on a constaté que, sur plusieurs semaines, en novembre et décembre 2021, la puissance délivrée par l’éolien et le photovoltaïque a oscillé aux heures de pointe du soir entre seulement 3 et 6 % (facteur de charge) de sa capacité théorique de 31 GWe.

À noter que ce phénomène montre également que l’on ne peut pas compter sur le foisonnement du vent en Europe pour pallier ce manque de production de base, comme on peut le constater sur ce graphe donnant l’empilement des productions éolienne en Europe de l’Ouest (7 pays), heure par heure et en MW, de septembre 2010 à mars 2011.

C’est pourquoi, même si les centrales au gaz représentent moins de 10% de la production électrique en France, le prix de l’électricité a subi ces derniers temps de plein fouet l’augmentation du prix du gaz et ce prix de marché ne reflète pas la réalité des coûts de production, plutôt stables, des deux principaux modes de production en France : nucléaire à 70%, hydroélectricité à 10%.

Evolution des prix spot du marché français de l’électricité entre le 06/01/2015 et le 16/10/2021

Cela explique aussi la forte volatilité des prix de gros constatés en France :

Cette situation sera malheureusement classique à l’avenir pour les raisons suivantes :

  • Un développement considérable des moyens de production intermittents est prévu dans tous les pays jusqu’à atteindre une part de plus de 75 % du mix électrique dans certains pays (Espagne, Danemark, Allemagne)
  • Le parc de production européen sera de plus en plus inadapté en matière de moyens de base pilotable avec la fermeture des centrales nucléaires allemandes et belges ainsi que des centrales au charbon et les capacités de stockage, disponibles pour mieux lisser la production des ENRI non pilotables, sont très insuffisantes. À titre d’exemple, aujourd’hui la France n’est capable que de stocker 10 % de sa consommation journalière moyenne (1,5 TWh). Même avec des interconnections parfaites entre l’Europe du Nord, soumise au régime de vent océanique, et l’Espagne et l’Italie, pays où le régime de vent est aussi méditerranéen, le foisonnement ne sera pas suffisant.
  • Nous aurons fatalement d’autres périodes sans vent, donc sans production éolienne, nous contraignant à utiliser le gaz pour produire notre électricité en Europe.
  • La hausse forte du prix du gaz n’est pas due qu’à une tension conjoncturelle sur l’offre liée à la reprise économique et à nos relations avec la Russie mais aussi à des problèmes de logistique qui se reproduiront car le gaz est difficile à transporter (Patrick Artus – Chef Economiste de NATIXIS).

Tout cela conduit à une situation délétère pour tous les consommateurs :

  • les consommateurs domestiques ne peuvent évidemment pas supporter des augmentations brutales et très élevées de leurs factures ;
  • les consommateurs professionnels de toutes tailles ne peuvent plus faire de prévisions budgétaires sérieuses et fiables de leurs coûts de revient et fixer en conséquence leurs propres prix de vente ;
  • les industriels électro-intensifs voient leur modèle économique complètement remis en cause et sont poussés à expatrier leurs usines.

Mais, y-a-t-il une solution à ces problèmes ?

Pourra-t-on développer fortement les moyens de stockage pour lisser la production des énergies renouvelables intermittente ? Il faudrait une véritable révolution technologique pour en être capable.

Aujourd’hui nos capacités de stockage et de modulation sont faibles et les développements entrevus limités, d’autant que le modèle économique du stockage de l’électricité et les contraintes environnementales ne sont pas favorables à ces développements.

Les plus importants moyens de stockage aujourd’hui disponibles sont les lacs équipés de stations de pompage (STEP) dont nous avons vu que la puissance installée et la capacité sont très insuffisantes. Par ailleurs, l’utilisation de batteries au lithium pour stocker l’électricité est elle aussi très limitée.

À titre indicatif, pour assurer la consommation moyenne sur deux jours en France, de l’ordre de 3 TWh, il faudrait l’équivalent de 12 millions de tonnes de batteries Li-ion pour en assurer le stockage[3] .

Enfin, l’utilisation de l’hydrogène pour stocker l’énergie produite, outre son bilan économique très défavorable du fait du faible rendement de la fabrication d’hydrogène décarbonée, semble totalement déraisonnable lorsqu’on examine les projets de l’Allemagne qui, pour disposer de quantités suffisantes qu’elle n’est pas en mesure de produire sur son sol, envisage d’en importer massivement d’Afrique, opération hautement à risque quand on connait l’instabilité du gaz et les difficultés considérables que pose son stockage.

Peut-on cesser le développement des énergies renouvelables intermittentes et construire massivement des centrales nucléaires ?

Outre le fait que, manifestement, nous avons déjà dépassé en Europe le pourcentage du mix énergétique à partir duquel les effets pervers sur le marché de l’électricité de l’intermittence apparaissent, il parait illusoire d’espérer que les gouvernements, qui se sont déjà très engagés dans cette voie en se laissant séduire par les qualités supposées de l’éolien et du solaire (gratuite, renouvelable, inépuisable et disponible partout), acceptent d’y renoncer.

Par ailleurs, le nucléaire rencontre beaucoup d’oppositions en Europe et la construction d’une centrale nucléaire est complexe, coûteuse et très longue. Pourtant, ce serait un excellent moyen pour faire baisser le prix de l’électricité dans les pays déjà très engagés dans le renouvelable intermittent comme le montre ce graphe où l’on constate une forte corrélation entre le prix de l’électricité et la pénétration des énergies éoliennes et solaires dans le mix énergétique.

La France peut-elle sortir de la concurrence et du marché de l’électricité européen ?

Tant qu’il n’y a pas de politiques énergétiques communes, il ne devrait pas y avoir de marché européen de l’électricité car nous constatons qu’un mauvais choix d’un des pays, par l’exemple l’Allemagne qui rejette le nucléaire et choisi un mix énergétique renouvelable intermittent – gaz, conduit tous les autres participants au marché à payer ce mauvais choix. En théorie c’est cependant possible.

Peut-on maintenir le niveau du tarif régulé en vigueur en supprimant son indexation sur les prix de gros ?

Cette mesure est tout à fait envisageable à condition d’admettre la disparition de la quasi-totalité des fournisseurs alternatifs qui seront dans l’impossibilité d’être suffisamment compétitifs en se fournissant sur le marché de gros. Pour les maintenir à flot, il faudrait leur permettre, ainsi que les industriels, de s’approvisionner sans limites avec l’ARENH (Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique), ce qui pourrait ne pas être autorisé par Bruxelles et serait un non-sens total pouvant conduire EDF à la faillite.

Peut-on maintenir le niveau du tarif régulé en diminuant le niveau des taxes ?

Cette mesure a l’avantage de faire baisser le coût de l’électricité facturée aux consommateurs sans pénaliser les fournisseurs alternatifs puisque la hausse des coûts de l’énergie est compensée par la baisse des taxes.

Elle peut cependant avoir l’inconvénient de réduire les recettes de l’Etat de façon sensible. Mais, étant donné les prix du marché très élevés constatés actuellement, les énergies renouvelables intermittentes, subventionnées par compensation de l’écart entre le prix de vente, sur lequel s’engage le producteur dans le cadre de l’appel d’offre (la valeur de référence), et le prix du marché, ne perçoivent aucun soutien. La CSPE dont l’essentiel est consacré au financement de ce soutien (65 %) est donc allégée d’autant.

Il est par conséquent tout à fait possible pour l’Etat de baisser cette taxe sans pénaliser outre mesure ses finances. Il lui reste cependant à compenser environ 20 % de ce que finance également la taxe, c’est à dire les surcoûts de production dans les zones non connectées au réseau métropolitain ainsi que le manque à gagner de la tarification spéciale aux personnes en situation de précarité.

Cette réduction de l’impact des hausses du prix de l’énergie est cependant limitée par le fait que la CSPE est aujourd’hui plafonnée sur les factures des ménages à 22,5 €/MWh, soit 20 % de cette dernière.

Sortir la France du marché de gros européen

En conclusion, il apparaît que la solution la plus raisonnable serait de sortir la France du marché de gros européen tant que les Européens qui participent au marché, ne se sont pas entendus sur une politique énergétique commune. Cette sortie serait d’autant plus souhaitable qu’elle n’exclut pas les échanges d’énergie de gré à gré et la solidarité entre pays européens qui existaient déjà bien avant la constitution du marché européen de l’électricité.

Malheureusement, les bienfaits de la concurrence sont, en Europe, un dogme, voire une addiction, et on voit mal Bruxelles accepter cette sortie même si la perversion du système est évidente.

À défaut, le gouvernement pourrait aussi, en minimisant sa perte de recettes, réduire la Contribution du Service Public de l’Energie.

Enfin, le plus facile pour lui, surtout en période électorale, serait d’imposer à EDF une limitation autoritaire, à +4 % selon les engagements déjà pris, de la hausse du tarif régulé en février 2022 et d’augmenter le volume de l’ARENH pour préserver la concurrence, ce qui ferait porter la totalité de l’effort sur les finances d’EDF, mettant ainsi l’Entreprise en difficulté.

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[1] https://www.energie-en-actions-edf.fr/dossiers/prix-et-tarifs/51-tripoter-les-tarifs-de-l-electricite-m-boiteux-oct-2012

[2] Le lecteur qui veut bien comprendre les subtilités de la facturation au coût marginal pourra se reporter à la note « La vente au coût marginal » disponible sur le site de la revue de l’énergie (https://www.larevuedelenergie.com/la-vente-au-cout-marginal/)

[3] Source : colloque ATEE du 24/05/2016 « Le stockage d’énergie ».

commentaires

COMMENTAIRES

  • Vous citez à juste raison Marcel Boiteux, un patron d’EDF reconnu et apprécié de tous les anciens pour sa compétence et son immense sens de ses responsabilités. Cet homme était un visionnaire et votre tribune remet en mémoire fort opportunément son audition par une commission parlementaire sur les tarifs de l’électricité le 5 novembre 2014 où il concluait :

    « La situation est d’autant plus complexe qu’il ne s’agit pas de vendre des tonnes de blé ou des litres d’eau. L’électricité est un produit spécifique de qualité rigide, … mais également rigoureusement non stockable.
    Dans les années 1960, lorsque les gens déjeunaient chez eux tous les jours et qu’il fallait bien gérer cette pointe de consommation, Gaz de France baissait légèrement la pression. Personne ne s’en rendait compte hormis les ménagères qui constataient que leurs œufs à la coque n’étaient pas tout à fait cuits à l’issue du temps habituel. EDF n’a pas cette marge de manœuvre : si vous baissez la fréquence des courants de 50 à 49,8 hertz, la moitié des relais sont en panne, à 49,7 Hz, les trains s’arrêtent, et à 49,6 Hz plus rien ne fonctionne.
    Ces caractéristiques échappent souvent aux nouveaux venus qu’ils soient commentateurs critiques ou dirigeants d’EDF.
    Il faut parfois un certain temps pour comprendre profondément les spécificités d’un bien non stockable et de qualité rigide. La tarification d’un tel produit est forcément différente de celle des autres biens. Autrefois, on aurait précisé le prix au kilowatt et la puissance en kilowattheures. On vous donne aujourd’hui un prix du nucléaire au kilowattheure, mais pour combien d’heures de fonctionnement ? Personne ne le sait.
    Pour faire comme les autres, les électriciens ont eu tort de perdre leur spécificité car, selon la durée d’utilisation d’un bien rigoureusement non stockable, les prix sont différents.

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  • Cette tribune est une fois de plus pleine d’erreurs :

    L’AIE estime que l’approche énergétique européenne permet une économie d’énergie d’environ 20% et c’est un minimum, d’autres études sont plus optimistes.

    La seule approche française commencée par un monopole en 1946, accentuée avec le « tout nucléaire » dans les années 70, a privilégié la vente d’énergie nucléaire et a abouti à une gabegie énergétique en privilégiant le nucléaire par rapport aux autres technologies et approches peu carbonées (réseaux de chaleur avec solaire thermique et stockage inter-saisonnier, différentes formes d’hydro, aspect chaleur qui est la part principale de l’énergie et pour lequel le solaire thermique répond à une bonne part des besoins et températures de l’industrie, efficacité énergétique, sobriété etc).

    On hérite donc d’une situation avec un nucléaire vieillissant, coûteux, pas compétitif; d’une thermosensibilité record du monde et coûteuse; de 12 millions de personnes en précarité énergétique, dont 8 millions en précarité énergétique « électrique »; de chiffres d’affaires et d’exportations modestes dans les cleantech qui décarbonent le monde alors que l’Allemagne affiche des ventes dans ce secteurs de quelques 370 milliards d’euros par an et vise 900 milliards d’euros par an avant 2030

    Entsoe dans ses rapports semestriels estimait que les interconnexions en cours permettaient une économie de quelques 540 TWh par an avec des investissements amortis en 12 ans. La France en profite aussi et EDF a largement importé et importe les périodes où les prix sont bas et vice-versa.

    Citer des chiffres de productions renouvelables datant de 2011 et groupant 7 pays n’est pas à jour pour prétendre que le foisonnement est ineffectif. Plusieurs études scientifiques et météorologiques ont au contraire démontré que l’on pouvait nettement atténuer les manques ponctuels régionaux d’énergie éolienne et solaire par des interconnections adéquates, choix de sites optimisés et stockages ponctuels. Par exemple et sans pouvoir aborder ici ce vaste sujet, le Groenland est très complémentaire de la façade Ouest européenne dont France.

    Prétendre qu’il y a manque de stockage Step en Europe est inexact. Plusieurs pays ont d’importantes capacités potentielles. De plus on développe des stockage Step en boucle fermée avec une eau densifiée sans risques pour l’environnement qui permet d’utiliser des différences de hauteurs bien moins importantes et qui permettent d’accroître fortement notamment en France le nombre de stockage de type Step ( de simples collines suffisent alors) qui sont bien moins dangereux et impactant que nos grand barrages et se couplent aux productions régionales d’énergies renouvelables et comme quasiment tous les stockages, pas seulement pour stocker mais optimiser les réseaux, réduire les coûts, répondre à la tension et fréquence etc avec des frais inférieurs au pilotage limité à la demi-heure du nucléaire récent

    Les études internationales répertorient plus de 300 technologies de stockage dans le monde dont une centaine à la fois à rendement élevé et soit déjà compétitives et sinon à court terme. Une trentaine se déploient dans le monde avec des croissances annuelles à 2 chiffres, des baisses de prix conséquentes dans le temps, et certaines ont une telle demande qu’elles n’arrivent pas à fournir. Voir en détail le sujet du LDES (long duration energy storage) pour lesquels les Etats-Unis et la Chine veulent être leader, pas sans raison. Et également le LDES Council récemment crée.

    Parler du lithium pour le stockage, qui certes est encore important dans certains pays à court terme (exemple Etats-Unis) montre cependant un manque de connaissances des perspectives, possibilités et évolutions des coûts du stockage. En série il devient massif et en baisse des prix on est déjà à 50 euros/MWh pour certains et d’autres prévoient 16 euros le MWh sous peu.

    Ce secteur est prêt et il ne demande qu’un cadre juridique pour se déployer. On peut le lire partout. Et les prix actuellement élevés du gaz et de l’énergie (encore plus chère en France qu’en Allemagne à cause de nos réacteurs à l’arrêt et les retards de Flamanville) lui sont très favorables.

    Citer des prix de l’énergie incluant des taxes qui ne sont pas toutes directement liées aux renouvelables n’est pas objectif puisqu’une bonne part d’entre-elles concernent d’autres aspects, comme par exemple l’efficacité énergétique (ou des taxes pour le budget de l’Etat comme au Danemark etc) qui a des retombées très positives quelle que soit l’énergie. Il faut donc faire une analyse plus fine.

    Nous sommes dans une Europe des Nations, chacune peut décider de son mix énergétique. Déclarer que l’Allemagne et que tous les autres pays qui ont choisi de ne pas faire du nucléaire (et sont nombreux dans le monde et majoritaires) se sont trompés est assez prétentieux quand on est en pleine transition avec un nucléaire à la dérive qui bénéficie heureusement pour lui de hausses de chiffres d’affaires plus élevées dans les renouvelables pour le soutenir.

    Il y a eu des bas et des hauts dans le prix de l’énergie mais le nucléaire profite des prix élevés. Et quant aux opérateurs alternatifs, certes beaucoup sont des opportunistes mais plusieurs jouent le jeux et investissent dans les renouvelables tout en offrant des prix bas voire plus bas que le tarif régulé mais ils sont arrivés dans une situation de monopole énergétique mis en place depuis 1946 et ils n’ont eut eux que quelques années et très peu de marges pour se développer.

    Quand on écoute certains militants du nucléaire et syndicats extrémistes, il faudrait comme pour la SNCF n’avoir qu’un secteur entièrement pris en charge par l’Etat, sans concurrence malgré la diversités des spécialités dans l’énergie (qu’EDF n’arrive pas à couvrir complètement et/ou correctement) , regroupant tous les actifs, alors que les autres opérateurs européens se sont adaptés pour rester en concurrence et que seul en France l’ancien monopole tente de jouer les prolongations. On a connu des grèves, coupures de courant etc et la dépendance à un secteur pas assez concurrentiel qui comme pour la SNCF a finalement été nuisible tant au rail qu’au secteur énergétique et en définitive aux usagers. Il y a en effet une marge entre le tout nucléaire et monopole et une concurrence raisonnable/sous contrôle tout comme par exemple dans le train en Suède qui fonctionne bien avec une part publique, une privée et une coopérative.

    Avoir une concurrence réelle n’aurait pas fait de mal ni à EDF ni à Engie qui n’ont pas déployé comme ils auraient pu le faire des technologies et approches plus profitables aux particuliers et entreprises.

    De plus préconiser le nucléaire en Europe n’est pas sérieux compte tenu de l’absence de moyen de stockage de déchets sûrs, notamment en Allemagne. Et c’est sans compter sur les conséquences en cas notamment de conflit : les réacteurs sont devenus indéfendables face aux armements actuels, donc on a potentiellement l’équivalent ou pire de 56 Tchernobyl rien qu’en France. De plus on dépend d’uranium dans des pays où sont de plus en plus présents les russes dont le gouvernement actuel perpétue le système de contrôle et de mise en dépendance sur l’énergie (fossile et nucléaire)

    De même dans cette tribune qui n’est pas objective et nous sert une vision idéalisées du nucléaire avec plein de trous dans la raquette, on oublie que la part majeure d’éolien à venir en Europe va être installée en offshore donc avec des facteurs de charge élevés en plus de la modernisation du parc ancien améliorant en pratique production et facteur de charge.

    Avoir une politique européenne commune pour imposer du nucléaire n’a pas de sens : on modélise au plan européen les meilleures approches, on le fait au plan national, régional etc Il y a de nombreux programmes européens pour développer telles ou telles technologies et les optimiser. On est très loin d’avoir encore déployé amplement ces technologies et approches pourtant très pertinentes et permettant une bien meilleure utilisation de l’énergie.

    Mais encore faudrait-il faire l’effort d’être à jour dans les avancées technologiques de l’énergie et comprendre qu’il y a beaucoup de solutions que le « tout nucléaire », qui en outre n’apporte pas grand chose à la décarbonisation avec sa faible capacité de déploiement et sont trop long délai de mise en place, en plus de ses inconvénients majeurs non résolus.

    En bref toute la gamme des renouvelables, dont la géothermie avancée qui ces dernières années a évolué et a vu ses coûts baisser (la géothermie pour rappel est bien plus durable dans le temps et locale que le nucléaire à base d’uranium et thorium), offre beaucoup plus de solutions et bien souvent de meilleures opportunités et la France n’a guère fait d’efforts depuis des décennies pour réduire sa dépendance aux énergies fossiles qui est toujours proche de 50% (47% l’an passé) alors que les renouvelables et l’efficacité énergétique ont cette capacité et que le monopole nucléaire les a amenées à être mises de côté pendant des décennies

    En plus de vieilles données, des chiffres incluant des taxes non liées directement aux renouvelables, de manques sur les avancées du stockage etc cette tribune fait une fois de plus état d’investissements élevés dans les renouvelables qui datent du gouvernement Sarkozy qui voulait créer des emplois (ce qu a été le cas durant le mandat) mais qui a généré des dépenses excessives sur le solaire comme la Cour des comptes l’a souligné et qui ne traduisent pas un manque de pertinence du solaire et des renouvelables dont les prix ont baissé comme jamais vu dans l’histoire de l’énergie et qui ont encore un potentiel de baisse, de même que le stockage, mais seulement l’erreur d’un gouvernement.

    Le nucléaire n’a pas eu que des atouts en France et il s’est mis principalement tout seul en difficultés via son manque de compétitivité, ses déficits en partie liés pour EDF aux investissements en Amérique latine dont Argentine etc Ce qui est confirmé globalement dans le monde où il a perdu en compétitivité et pertinence (délais etc) et ce n’est pas judicieux de le vendre à n’importe quel pays dans n’importe quelle condition comme le fait Rosatom et alors que son bilan d’émissions prétendu être à 6 g de C02 dans une étude du CEA de 2007, reprise en 2014 va nettement se dégrader avec l’exploitation de l’uranium et pourrait dépasser les 200 g CO2e/KWh même pour la France donc plus encore pour d’autres pays.

    Il y a bien d’autres technologies et approches renouvelables, d’efficacité énergétique, de stockage etc visiblement pas assez connues et prises en compte dans ce type de tribune focalisée sur le nucléaire sans analyse objective de l’ensemble des premières et qui de plus dépassent la production nucléaire mondiale et ce de plus en plus avec les marchés qui vont avec et risquent de nous échapper alors que dans le nucléaire nous avons peu et moins de perspectives.

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    • Cet article tente d’expliquer, à partir d’un constat sur la situation actuelle, la forte hausse des prix du marché de gros. Ce constat repose sur des faits objectifs. Les moyens de production de pointe, gaz en particulier dont le prix marché a fortement augmenté, fonctionnent depuis plusieurs mois de manière quasi permanente. Ceci s’explique par le fait, évident, que la production du parc de moyens de base, beaucoup moins chers et peu sensibles aux fluctuation des prix des combustibles fossiles, est insuffisante suite à des indisponibilités de tranches nucléaires mais surtout du fait de la fermeture en Europe, pour des raisons politiques, de moyens de production pilotables et disponibles à le demande et, parce que, contrairement à ce qui a permis de justifier cette fermeture, l’éolien et le solaire sont incapables de les remplacer car ils produisent très peu plusieurs mois, une situation au demeurant relativement courante en hiver (cf. notamment aussi l’hiver 2016-2017).
      Ce constat est incontestable et parfaitement vérifiable dans RTE ECO2 mix.
      L’article tente également d’estimer si cette situation est ponctuelle ou va se reproduire et propose des solutions. Pour ce faire, il examine si les conditions actuelles vont se reproduire et s’il est possible d’améliorer l’adaptation du parc de base pour éviter à l’avenir de recourir de façon systématique au gaz. Il conclut, d’une part, qu’à court terme, il sera impossible de disposer de nouveaux moyens de base pilotables décarbonés en nombre suffisant du fait des délais nécessaires pour les construire et les mettre en service, et, d’autre part, que la probabilité que l’éolien et le solaire soient en mesure de compenser les manques en moyens de base pilotables, est extrêmement faible, contrairement à ce qu’affirme, sans le démontrer de façon formelle, Energie + :
      • Il prétend que beaucoup d’études (lesquels ?) montrent que l’absence de foisonnement n’est pas un problème. Comment explique-t-il que l’éolien n’ait quasiment pas produit ces derniers temps ? Il conteste des données de vent de 2011. Pense-t-il que les principaux régimes de vent en Europe, océanique et méditerranéen, vont évoluer au point d’améliorer le foisonnement de la production ou que la multiplication des interconnections, au demeurant fort coûteuses, sera déterminante pour ce faire ? L’influence de l’Atlantique et de la méditerranée sur les régimes de vent est-elle susceptible d’évoluer à ce point, même avec le réchauffement climatique ?
      • Selon lui, le problème du stockage de l’électricité serait résolu ou plus exactement ne serait pas, en réalité, un problème (sauf aujourd’hui). Pourtant, malgré les efforts de RTE, ces moyens devraient rester insuffisants car les possibilités de construire de nouvelles STEP sont extrêmement limitées, ne serait-ce qu’à cause des contraintes environnementales qu’Energie + semble ignorer quand il dit qu’il suffit de lacs pour ce faire et qu’il préconise l’utilisation d’eau « densifiée » (comment ?)
      • Il met en avant l’éolien offshore qui va régler, selon lui, le problème de l’intermittence grâce à son taux de charge qu’il oublie (volontairement ?) de citer et qui, malheureusement, n’est que de 50 % au mieux en Europe ce qui est un progrès, heureusement eu égard aux coûts de mise en œuvre de cette technologie, mais est malheureusement encore insuffisant.
      Par ailleurs, Energie + reproche à l’article de citer des taxes qui ne sont pas directement reliées aux énergies renouvelables. Sur ce point, il a raison mais si le lien est indirect, il est pour autant bien réel. En effet, il y a trois taxes, une sur l’électricité, l’ex CSPE aujourd’hui TCFE, une sur les énergies carbonées, la taxe carbone et une sur les carburants, la composante carbone de la TICPE, qui alimentent le budget de l’état pour financer le soutien aux énergies renouvelables (7,1 milliards € en 2023, 8,8 milliards € en 2028 et des engagements sur la période de 159,1 à 173,2 milliards € selon la note « Stratégie française pour l’énergie et le climat – PPE 2019-2023 – PPE 2024-2028 à la page 278). A noter au passage, que le gouvernement n’a de cesse, depuis quelques temps de rendre le financement du soutien plus opaque puisqu’il est passé d’une simple taxe (la CSPE) que tout consommateur pouvait découvrir sur sa facture à un financement au moyen d’une contribution de 3 taxes, qui n’est qu’une simple ligne budgétaire, en passant entre-temps par le biais d’un compte d’affectation spéciale alimenté par les trois taxes susmentionnées. Ce faisant, il empêche le français de constater de visu sur sa facture que ce soutien lui coûte de plus en plus cher et il rend ainsi service aux défenseurs du renouvelable qui, on le voit avec Energie+, peuvent nier son importance voire son existence.
      En conclusion, fonder une politique énergétique, dont l’enjeu est l’alimentation en électricité des consommateurs, professionnels, particuliers ou industriels, à un coût raisonnable sur des décisions politiques et des spéculations, comme celle d’Energie+, est totalement irresponsable car les risques sur l’économie et sur le devenir du principal producteur d’électricité sont d’autant plus importants que les effets de ces décisions sont irréversibles à court et à moyen terme.

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  • Voilà notre représentant de commerce de retour. Si les solutions préconisées par Energie+ étaient si simples et peu coûteuses, tout le monde en voudrait et il n’y aurait pas de polémiques à leur sujet. Mais le nucléaire n’est pas la seule solution envisagée par les gouvernements. Cette solution a tout-de-même évité le rejet de quantités de Gt de CO2 depuis quelques dizaines d’années dans le monde. On ne peut pas en rester à un procès uniquement à charge. Aux autres technologies de faire leurs preuves à grande échelle et elles seront, dans le cas le plus optimiste, adoptées avec moins de réticences.

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  • Je vois que le commentaire d’Energie + a souligné des erreurs sur les raisonnements et données utilisées https://lemondedelenergie.com/hausse-prix-electricite/2022/01/28/#comment-74080 Pour ma part, je me contenterai de répondre sur la partie marché de gros

    D’abord, il y a un marché par pays. Il faut faire attention avec l’expression de « marché européen ». C’est vrai qu’il y a un système de couplage et d’interconnexions mais les prix sont très différents. https://epexspot.com/en/market-data

    L’auteur se contente d’assertions non étayées. Pourquoi devrait-on se priver d’échanges avec nos voisins. L’auteur se contredit. Il ne veut pas supprimer le marché mais retourner à des échanges de gré à gré, qui sont opaques. Quel intérêt de supprimer la transparence ?

    Son propos sur l’ARENH est très brouillon. Pour 1 producteur, recettes = prix*quantité. Donc que la production soit vendu au même prix aux services de détail du producteur historique ou à 1 intermédiaire, le coût d’approvisionnement ne change pas

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