Garanties d’origine : halte au green bashing !

Face à la demande croissante des clients de consommer de l’énergie verte, de nombreux fournisseurs d’énergie proposent des offres 100 % renouvelables. Pour s’assurer du caractère vert des offres, ils utilisent la Garantie d’Origine (G.O.), un label certifiant qu’une source d’énergie renouvelable (éolienne, photovoltaïque, hydraulique ou autre) a bien été injectée sur le réseau électrique.

Décorrélé temporellement de l’achat d’énergie, ce label est aujourd’hui fortement décrié par de nombreux détracteurs. Une attitude regrettable car c’est le seul véritable système de traçabilité de l’énergie. Point sur les forces et faiblesses des G.O.

Électron vert, électron fossile ou électron libre ?

Nucléaire, charbon, hydraulique, solaire, éolien, l’énergie électrique provient de différentes sources et est injectée sur le même réseau, interconnecté depuis la Pologne jusqu’au Portugal. Or rien ne distingue un électron d’un autre électron, qu’il soit « vert » ou « gris ».

Une fois injecté sur ce réseau unique, il devient intraçable. Pourtant, depuis l’ouverture du marché de l’énergie en 2007, de nombreux fournisseurs d’énergies comme Total, Direct Energie, Engie, Enercoop, ekWateur, Planète Oui et bien d’autres, proposent des offres vertes ou labélisées « 100 % renouvelable ». Certains présentent même des offres renouvelables « Prémium ».

Mais que signifie cette appellation et faut-il s’en méfier ?

G.O. : une caution pour le consommateur

S’assurer que l’électron qui arrive chez le client provient d’une source identifiée n’est pas possible.

Pour répondre à ce besoin de traçabilité, l’Union Européenne a mis en place un système de traçabilité financière de l’énergie renouvelable produite : la Garantie d’Origine (G.O.).

Lancée sous sa forme actuelle en France en 2012, la G.O. certifie, par un document électronique, qu’une source d’énergie renouvelable (éolienne, photovoltaïque, hydraulique ou autre) a injecté une quantité d’énergie (1 MWh) sur le réseau électrique. Ce certificat, délivré par un organisme indépendant, garantit le caractère 100 % renouvelable de l’énergie d’un producteur.

La G.O. permet, non seulement de soutenir les producteurs d’énergies renouvelables, mais aussi de contrôler leurs ventes en les empêchant de commercialiser deux fois le volume d’énergie issue d’une production renouvelable. En effet, sans G.O., le producteur pourrait, en plus de sa production, acheter de l’énergie sur le marché et la revendre comme renouvelable sans que personne ne s’en rendre compte.

Ce qui irrite certains détracteurs, c’est que le mécanisme des G.O. soit décorrélé temporellement de l’achat d’énergie. Comme l’énergie n’est pas stockable, un producteur de renouvelable est contraint de vendre son énergie sur le marché dès qu’il l’a produite.

Ce faisant, il obtient une G.O. qu’il pourra vendre plus tard (la péremption est aujourd’hui d’un an). C’est précisément ces deux temporalités qui permettent d’écouler toutes les G.O. : autrement, le producteur en commercialiserait moins car il ne pourrait pas s’assurer, en temps réel, de ne vendre son énergie qu’à des acheteurs prêts à payer un surcoût pour du renouvelable.

Il existe un marché pour ces G.O. Leur prix, très modeste au départ, a été multiplié par 5 en 10 ans, suite à l’augmentation de la demande. Cela dit, leur abondance permet aux fournisseurs de proposer des offres vertes plus compétitives que les Tarifs Réglementés d’EDF.

A titre de référence, en France, 17 % de l’énergie électrique provient de source renouvelable, alors qu’environ 2% seulement des consommateurs ont choisi une offre verte.

Les G.O. apportent donc au consommateur l’assurance que, sur une année, la même quantité d’énergie a été produite par des sources renouvelables que celle qu’il a consommée… et qu’elle n’est comptée que pour lui.

Celui-ci peut même identifier si l’énergie comptabilisée provient de nouveaux parcs renouvelables, ou de barrages construits il y a plus de 50 ans. Il peut aussi savoir dans quel pays elle a été produite, et obtenir l’adresse du producteur !

Les offres vertes : un dispositif bénéfique à la transition énergétique quel que soit le producteur

Le principal reproche fait aux G.O. est qu’elles permettent à un fournisseur d’acheter l’énergie d’une part et les G.O. d’autre part, et donc qu’il est donc très simple de proposer une offre renouvelable.

Mais en quoi la simplicité est-elle un mal ? Evidemment, ce processus permet à des sociétés régulièrement dans le top des entreprises les plus polluantes du monde de proposer des offres vertes.

Chacun se fera un jugement sur la sincérité des efforts de ces grands groupes. Il n’empêche que, pour le climat, ce qui importe c’est le volume d’énergie renouvelable injecté sur le réseau. Que l’énergie soit payée d’un côté et la Garantie d’Origine de l’autre n’a aucune influence sur l’impact positif du renouvelable injecté, ni sur les revenus du producteur.

Pour le climat toutes les offres « 100 % renouvelable » présentant les G.O. des mêmes producteurs se valent, même celles de grands groupes pétroliers par rapport aux offres des start-ups engagées.

Voilà la vérité. La travestir s’apparente à du populisme et à soutenir un discours scientifiquement faux, même s’il est plus agréable à entendre pour les plus « écolo » d’entre nous.

Le consommateur se retrouve néanmoins avec une question : « à qui va mon argent ? ». En effet avec les G.O., la majorité de la dépense énergie d’un client peut parfaitement, par exemple, aller à EDF et seule la partie G.O. ira au producteur de renouvelable.

Celui-ci sera bien payé pour son énergie, mais par quelqu’un d’autre. Alors, comment répondre à cette question ?

Transparence, traçabilité, circuits courts : la garantie des offres « Premium »

Conscients de cette faiblesse de la G.O., plusieurs fournisseurs proposent des offres « Prémium ». Il s’agit pour l’instant d’initiatives indépendantes. Il n’y a pas encore de « Label Prémium » officiel ou complétement unifié. La démarche mérite cependant d’être soulignée.

Concrètement, ces fournisseurs s’astreignent à acheter les G.O. et l’énergie chez les mêmes producteurs. Donc, sans être plus vertes ou plus rémunératrices pour le producteur, celles-ci permettent de répondre aux nouvelles aspirations de la société : transparence, traçabilité, circuits courts.

L’ADEME s’est emparée du sujet. Espérons que leurs travaux se concrétiseront bientôt par un label. Il pourrait même être plus ambitieux que celui utilisé aujourd’hui.

commentaires

COMMENTAIRES

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    17% de la production est renouvelable, et seule 2% est achetée/consommée en énergie verte ! Tout le problème est là !
    Lorsque 18% des achats/consommations seront atteint, les producteurs seront bien contraints de produire de l’énergie verte au lieu d’acheter des GO, notamment à EDF à qui appartient la presque totalité des sources vertes dont la plus grande partie est issue des grands barrages hydroélectriques.

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    Mise au point intéressante qui donne envie de creuser le système. Comme il semble que les certificats de Garantie d’Origine soient non cumulables avec d’autres formes d’incitations, il serait intéressant d’avoir un article faisant le point sur cette non cumulabilité (pas sûr de mon coup), et un comparatif de l’intérêt de tel ou tel dispositif de soutien faisant référence a la source d’énergie utilisée pour produire cette électricité.
    A cett effet, je suis preneur là, merci d’avance: claude.choppin@edda-energie.com

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    Un paragraphe me laisse perplexe : “Celui-ci peut même identifier si l’énergie comptabilisée provient de nouveaux parcs renouvelables, ou de barrages construits il y a plus de 50 ans. Il peut aussi savoir dans quel pays elle a été produite, et obtenir l’adresse du producteur !”
    Comment un consommateur avec une offre d’électricité renouvelable couverte par des GO peut recueillir ces informations ? Auprès de qui ?
    Merci

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      Aujourd’hui c’est assez facile, si ce n’est pas auprès de producteurs dûment identifiés comme des producteurs effectifs (4 ou 5 d’après un article de Que choisir) ce n’est que de l’achat de GO auprès d’EDF propriétaire des barrages hydroélectriques.

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    Le plus grand reproche au GO est l’absence de contrainte sur l’additionnalité. Le consommateur s’imagine en achetant une électricité verte qu’il aide à la construction de nouveaux projets ENR. Malheureusement dans la grande majorité des cas, il paye pour des centrales hydro construites depuis bien longtemps et déjà amorties

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      C’est pour cette raison qu’il faut rapidement atteindre un volume de clientèle qui dépasse les capacités déjà installées. Ce n’est qu’ensuite que ces producteurs seront contraints de produire en vert pour vivre

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