L’Europe de l’énergie face à ses contradictions

Bruxelles annonce la création d’un pôle d’achats pour regrouper ses commandes gazières. Au Qatar, la visite du ministre allemand de l’Économie et de la Protection du climat, le vert allemand,  Robert Habeck a grillé la politesse à tout le monde pour aller se servir en premier. Le voyage a crispé et c’est peu dire. Pour éviter, ce type de comportement prédateur, Bruxelles a dû réagir.

Cependant, la crise énergétique dans laquelle se trouve l’Europe est en grande partie son œuvre. Rien n’a été fait dans la demi-mesure. En effet, dans un dogmatisme libéral économique des années 90 poussée à l’extrême, la Commission a forcé les grands acteurs de l’énergie européens à supprimer les achats à long terme de gaz et de pétrole pour se rabattre sur le court terme.

L’Industrie demande des contrats à long terme

La nature ayant horreur du vide, la Chine et l’Inde ont notamment saisi l’occasion de se réserver en exclusivité, et pour les décennies à venir, le gaz et le pétrole snobés par Bruxelles.

Ainsi, Téhéran a conclu un accord de $400 milliards pour les 20 prochaines années avec la Chine. Alors que seuls 6 pays extraient le 70% du gaz mondial, le Qatar et l’Iran ont pratiquement vendu toutes leurs extractions en Asie. Soyons honnête, la grande partie de ce qui était à vendre a été vendu. Il ne reste que des miettes.

L’industrie pétrolière et gazière nécessitent des investissements colossaux et seuls des achats à long terme peuvent assurer la rentabilité d’un gisement. Comment l’Europe a négligé cette règle, la question reste ouverte. Le rétropédalage actuel souligne son embarra.

En 2018, QatarEnergy s’est retrouvé au milieu d’un plainte antitrust portée par Bruxelles suite à la proposition d’un accord sur 20 ans de livraison de gaz liquide en Europe. Par magie, mais surtout pour avoir réalisé son faux-pas stratégique, la plainte vient d’être retirée aux sons des canons russes.

L’Europe va pouvoir acheter les quelques résidus de gaz du Qatar via des accords sur le long terme et surtout détricoter ses règlements qui n’ont plus aucun rapport avec la réalité géostratégique.

La crise électrique européenne est sa propre création

La commission européenne va également examiner la réforme du marché de l’électricité. Les hausses actuelles font frémir les capitales d’autant que les prix sont fortement influencés par les prix du gaz et de la tonne de CO2.

Ursula von der Leyen imagine l’instauration de prix plafonds afin d’éviter que les gouvernements entrent dans une course aux subventions qui favorisent les entreprises nationales et fassent exploser les dettes.

Là aussi, la crise électrique européenne est une pure création de ses fonctionnaires.

Initialement, la libéralisation du marché à outrance devait permettre l’éclosion de nouveaux acteurs afin de réduire les prix pour les consommateurs. Cette stratégie de beau temps a fonctionné à merveille, par beau temps. Ainsi, de nombreuses sociétés ont pu se comporter comme des passagers clandestins sur le dos des énergéticiens institutionnels qui ont du se saigner pour se plier aux règlements.

Cependant, dès le premier orage et l’augmentation des prix de l’électricité, la machine s’est emballée. L’Angleterre, chantre du libéralisme, n’a jamais compté autant de faillites d’énergéticiens et les prix ont explosé. L’Allemagne a pris le même chemin pendant qu’EDF accuse € 10 milliards de pertes supplémentaires pour satisfaire aux mécanismes européens.

Démonstration de l’impact, pas encore mise au pas par Bruxelles, la Suisse s’en sort très bien.

Quelle est la solidité du partenariat avec les États-Unis?

La grande erreur de Bruxelles a été de prendre les énergies fossiles comme des matières premières inépuisables et non comme des actifs géostratégiques en quantité limitée. Accéder au peu d’énergie qui reste, c’est s’assurer la puissance à venir.

L’impuissance européenne se lit au travers du partenariat avec les États-Unis. Washington annonce des livraisons stratosphériques d’ici à 2030 alors que la majorité des gisements de schiste de gaz américains entrent en décroissance.

Imaginer que Washington privilégiera son marché intérieur face à la vielle Europe n’est pas une vue d’esprit. En réalité, les endroits disponibles qui regorgent d’énergies et de matières nécessaires à la transition énergétique se trouvent aux deux pôles et en Sibérie.

Pour se sortir de cette impasse, la Commission pourrait monter en compétences aux niveaux des énergies et prendre conscience que l’Europe n’est plus le centre du monde.

Son accès à l’énergie ne repose plus sur son statu historique ou son argent, mais de plus en plus, sur l’intelligence géopolitique, les alliances avec les partenaires qui possèdent les matières premières ou de s’appuyer sur une force militaire suffisante pour aller se servir directement dans les gisements. Le modèle chinois est une référence.

Pour le vieux continent, la guerre en Ukraine sera-t-elle une opportunité d’évoluer et de se repositionner en toute humilité ou de sombrer?
Les semaines à venir le diront.

 

 

 

 

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