“L’Europe n’a pas le luxe d’exclure une technologie bas carbone”

Le nucléaire est-il une option dans le plan de relance économique et du coup énergétique de la France ? Nous avons posé la question à Cécile Arbouille, Déléguée Générale du GIFEN.

En quoi la filière nucléaire est-elle résiliente ?

La crise sanitaire que nous venons de traverser en a donné une parfaite illustration : tandis que de nombreux secteurs étaient à l’arrêt, la filière nucléaire a rapidement su s’organiser et prendre les mesures nécessaires pour continuer à assurer l’exploitation des installations nucléaires et veiller à leur sûreté, garantissant ainsi la fourniture d’électricité et la stabilité du réseau, tout en préservant la santé de ses collaborateurs.

Enfin, dans un contexte ou le modèle de délocalisation de la production industrielle est désormais remis en cause, il n’est pas inutile de rappeler que l’industrie nucléaire, avec ses sites de production répartis sur tout le territoire français et ses 220 000 emplois non délocalisables, contribue déjà à la souveraineté et à l’indépendance énergétique de notre pays.

Pourquoi le nucléaire peut être un des piliers de la relance économique ?

Dans son plan de relance économique, le gouvernement a fait part de son ambition d’engager une réindustrialisation du territoire, de garantir la sécurité d’approvisionnement des biens de première nécessité et la souveraineté nationale sur les secteurs stratégiques.

Mais la crise que nous traversons ne doit pas nous faire oublier les enjeux climatiques, et notamment les engagements pris par notre pays en faveur de la décarbonation de notre économie. Face à tous ces enjeux, le nucléaire s’avère être une véritable opportunité : avec 12 g de CO2/KwH, il fournit l’électricité la plus bas carbone, disponible en permanence et peu onéreuse.

Ainsi, l’électricité d’origine nucléaire est la seule en mesure de répondre au grand défi énergétique de notre temps : diviser par deux les émissions de CO2, tout en subvenant à bas coût à un besoin énergétique en croissance permanente et qui sera multiplié par deux d’ici 2050.

Ces évidences ont déjà été mises en avant par le GIEC, et plus récemment par l’AIE, qui, dans son dernier rapport sur les politiques énergétiques au sein de l’Union européenne, a rappelé au sujet du nucléaire que « l’Europe n’a pas le luxe d’exclure une technologie bas carbone ».

La nécessité de lancer un programme de construction de nouveaux réacteurs en France, soutenue par l’ensemble de la filière, est plus que jamais d’actualité ; non seulement elle serait cohérente avec les enjeux climatiques, mais elle s’inscrirait également parfaitement dans le contexte de relance actuel en permettant d’impulser un nouveau dynamisme industriel qui génèrerait des milliers d’emplois.

L’idée du lancement d’un nouvel EPR en France n’est-il pas prématuré quand on sait que Flamanville n’est pas encore opérationnel ?

La filière a su tirer les leçons des difficultés liées au chantier de l’EPR de Flamanville. Fin 2019, Jean-Bernard Lévy a annoncé la mise en place du plan excell, une initiative destinée à faire en sorte que non seulement EDF, mais plus largement toute la filière nucléaire française, renoue avec l’excellence dans la gestion des grands projets nucléaires.

La filière, à travers le GIFEN, est associée à ce plan en ce qui concerne la qualité et la maîtrise des fabrications, ainsi que le maintien et la gestion des compétences.

Le plan excell, dont les travaux ont officiellement débuté le 18 mai dernier, intègre également un certain nombre d’éléments traités par le GIFEN depuis son lancement, notamment concernant trois des quatre axes du contrat de filière signé en 2018 avec l’état, qui portent sur le maintien et le renouvellement des compétences dans la filière, la transformation numérique et la R&D.

Tous ces travaux, qui intègrent le retour d’expérience du projet de l’EPR de Flamanville, contribuent à préparer la filière à aborder dans les meilleures conditions le renouvellement du parc nucléaire français dont notre mix énergétique a besoin ; la récente fermeture du réacteur 2 de Fessenheim, dont la production ne pourra être remplacée que par une électricité importée et hautement carbonée, témoigne de l’urgence qu’il y a à construire de nouvelles installations. Aujourd’hui, la filière est prête à relever ce défi.

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COMMENTAIRES

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    L’Europe n’a surtout pas le temps d’attendre 15 ans de nouveaux outils de production d’électricité exploitant l’atome d’uranium à un prix exorbitant quand les ENR peuvent fournir la même chose en 2 ans pour 4 fois moins cher

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      NON ! les ENR ne fournissent pas du tout la même énergie que le nucléaire: certaines semaines d’hiver il n’y a RIEN !
      A cause d’une législation imbécile, on arrête la production nucléaire les jours de grand vent, ce qui fatigue inutilement les matériaux des échangeurs. Et les ‘moulins à vent’ fournissent de l’énergie même quand elle n’est pas utlle…

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        @ Christophe Comment peut on sortir de telles sottises ? Dire que les ENR ne fournissent rien quand on a même pas encore planter le moindre moulin dans aucune de nos trois façades maritimes relève de la plus grande naïveté. Lorsqu’il n’y avait encore qu’un seul minable réacteur nucléaire appelé alors EDF1 qui fournissait péniblement 70 MW en 1963 n’importe quel niais pouvait raconter que le nucléaire ça ne servait à rien puisque ça produisait moins que n’importe quel chute de barrage à l’époque. Et il a fallu 15 ans pour qu’un réacteur puisse friser les 900 MW de puissance en 1978.
        Vous êtes un peu court jeune homme pour porter un jugement sur ce qui produit et ne produit pas.
        Quant aux moulins qui produisent même quand ce n’est pas utile, vous avez beaucoup mieux avec nos 34 premiers réacteurs qui ne sont pas pilotables car construits à une époque où le nucléaire fonctionnait en “régime de base”, c’est à dire sans possibilité de moduler leur puissance. Mais c’est aussi au moins partiellement le cas des plus moderne comme ce sera le cas de l’EPR, mais pour comprendre pourquoi il en est ainsi, il faut un minimum de culture scientifique et avoir assimilé les différents cycles du combustible nucléaire dans son état d’enrichissement.

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    Toujours aucune information sur les études des réacteurs au thorium. ou sur les mini centrales .
    Pourtant le gigantisme du style EPR laisse dubitatif quand on en voit les déboires .

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      Nucléaire résilient ? En quoi ? Les maintenances sont repoussées aux calendes grecques !! Quant à l’indépendance énergétique ? Ca me fait rire, avec % du combustible nucléaire importé de l’étranger !!
      Cette Arbouille ne fait que baver ses convictions sans rien démontrer.
      Quant aux réacteurs au thorium cette piste a été écartée il y plus de 60 ans lorsqu’à l’évidence il ne serai pas possible d’équiper un sous-marin de cette motorisation beaucoup trop volumétrique, et les industriels n’avaient nullement envie de développer deux filières concurrentes, l’une civile et l’autre militaire, sachant que la militaire pouvait répondre aux deux marchés. Quant aux minicentrales, c’est une illusion de nouveauté apparue lorsque l’image du gigantisme EPR s’est tellement dégradée dans même ce que pouvaient en voir ses partisans les plus aveugles, qu’il fallait trouver rapidement un antidote au désamour. Le PB c’est le gigantisme ? OK parlons nanisme ! Mais ce nanisme il existe déjà depuis longtemps, il n’y a rien de nouveau, il est même parfaitement au point depuis longtemps, vous l’avez dans la motorisation des sous-marins justement, nous venons juste d’en parler. Mais le seul problème c’est que “Top secret” on ne sait rien du prix qui lui n’est peut-être pas spécialement atteint de nanisme. En effet, pour ce qui est militaire et qui relève notamment de la force de frappe, c’est bourse déliée ! Alors les mini-réacteur ce n’est sans doute que de la poudre aux yeux qui va faire patienter quelques années en faisant croire que la recherche avance. Puis finalement on dira que ça n’a pas aboutit quand la construction d’une demie douzaine de nouveaux EPR seront déjà lancés et qu’il n’y aura plus qu’à foncer dans le mur que nous atteindrons 12 ou 15 ans plus tard avec un cout de production de l’électricité 4 à 5 fois plus élevé que celui de nos voisins.

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        N’allez pas trop vite. Pour les consommateurs Français, le prix de l’électricité TTC sur leurs factures est encore beaucoup moins cher que leurs voisins. Il y a de la marge avant de les rattraper. Mais les nouveaux contrats pour l’éolien offshore en Atlantique ont été signés pour beaucoup plus cher que pour les nouveaux EPR !

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          Oui, un chantier offshore en Atlantique c’est une grande première, voila ce que l’on appelle une tête de série à encourager, il fallait oser se lancer. Mais la où c’est déjà expérimenté comme en, mer du nord, c’est moins de 50€ le MWh contre 110€ le MWh de l’EPR
          Cochelin qui est incapable de se souvenir de ce qu’il a lu à un moment et encore plus incapable de chercher la vraie info se contente de “Bien plus cher” mais la réalité pour St Brieuc le pilote c’est 155 €/MWh pour une véritable tête de pont ce n’est par trop cher payer contre un EPR qui n’a rien d’une tète de pont mais fait partie d’une série de 6 EPR et Flamanville n’était pas le premier.
          La vérité est ici, pas chez Cochelin :
          Le 23 août, la Commission européenne a fait apparaître les tarifs d’achat compris entre 131 et 155 € le MWh. Or, par exemple le parc attribué à Dunkerque vendra cette production 44 € le MWh.
          et se lit là :
          https://www.mer-ocean.com/le-prix-de-leolien-francais-en-mer-les-futurs-parcs/
          Tien c’est curieux Cochelin avait oublié de vous parler du parc offshore de Dunkerque à 44 €/MWh

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