L’EPR a un avenir en France et en Europe (Tribune)

Avec le plan Messmer en 1974, la France a fait le choix d’un bouquet électrique s’appuyant essentiellement sur l’énergie nucléaire, en réponse au premier choc pétrolier qui avait vu les prix du brut quadrupler en moins de six mois.

Si ce choix fait aujourd’hui l’objet de critiques, la situation a-t-elle vraiment changé depuis lors et la France peut-elle se passer de nucléaire ?

Alors que le chantier de construction d’un réacteur EPR à Flamanville accumule les retards et dépassements budgétaires, des voix s’élèvent pour remettre en question l’avenir de l’EPR voire de l’énergie nucléaire, en France et plus largement en Europe.

C’est oublier à la fois l’importance stratégique de l’approvisionnement électrique pour nos sociétés modernes, et les contraintes physiques qui président largement au choix des bouquets électriques nationaux.

Le bouquet électrique, un choix sous contrainte

Les besoins en électricité ne se limitent pas aux périodes ensoleillées et ventées, propices à l’électricité solaire et éolienne. En France, la demande électrique est maximale à 19 heures en hiver. L’ensoleillement est alors nul et le vent ne souffle pas nécessairement, surtout pendant les périodes de basse-température correspondant au passage d’un anticyclone froid.

La totalité de la fourniture d’électricité doit alors pouvoir être assurée par d’autres sources que les éoliennes et panneaux photovoltaïques : centrales nucléaires, barrages hydroélectriques et centrales à combustibles fossiles (charbon et gaz).

Les centrales à combustibles fossiles contribuent significativement au dérèglement du climat et ne peuvent à ce titre pas être considérées comme des solutions. En outre, si l’Allemagne ou la Pologne disposent d’importants gisements de charbon, ce n’est pas le cas de tous les pays européens, notamment de la France.

Revenir au charbon impliquerait d’importer des volumes gigantesques de ce combustible polluant et le plus néfaste pour le climat. Même s’il émet moitié moins de gaz à effet de serre, faire le choix du gaz ne serait guère plus pertinent.

Ce combustible reste trop carboné pour répondre aux enjeux climatiques. De plus, les extractions gazières européennes déclinent depuis 2005 et cette chute devrait s’accélérer dans les prochaines années avec le passage attendu du pic d’extraction de la Norvège.

Remplacer les centrales à charbon et à gaz par des économies d’énergie et des sources d’énergie alternatives devrait donc être la priorité de la transition du secteur électrique, à la fois pour des raisons climatiques et de sécurité énergétique.

Le potentiel hydroélectrique dépendant de la géographie, il ne reste guère que l’atome comme source d’électricité bas-carbone, pilotable et abondante offrant de réelles perspectives de développement.

Risque de black-out dans les prochaines années

Aujourd’hui, tous les pays d’Europe de l’ouest (Royaume-Uni, Allemagne, France, Belgique, Italie, Espagne…) ferment des centrales pilotables – par opposition aux sources d’énergie variables telles que les panneaux photovoltaïques et éoliennes qui produisent non pas en fonction des besoins, mais suivant l’heure et la météo – sans les remplacer, ni se concerter.

Tous ces pays comptent sur leur capacité à importer de l’électricité produite chez leurs voisins lors des pics de consommation. Cette attitude est dangereuse et les gestionnaires des réseaux électriques européens ne cessent d’alerter – en vain – leurs gouvernements quant au risque croissant de coupures d’électricité majeures en Europe.

L’avenir de l’EPR

Au-delà des querelles d’ordre idéologique, l’énergie nucléaire est durablement indispensable à l’Europe. Dans ce contexte, la question de l’avenir de l’EPR – seul réacteur de conception européenne disponible sur le marché actuellement – se pose sous un autre angle.

C’est ce qu’a compris le Royaume-Uni en lançant la construction de deux réacteurs EPR à Hinkley Point (Somerset) et en négociant actuellement avec EDF et son partenaire chinois CGN la construction de deux autres sur le site de Sizewell (Suffolk).

Les retards et dépassements budgétaires du chantier de Flamanville ont plusieurs origines. Les principales tiennent à la nature de tête de série de ce réacteur – plus complexe car équipé de dispositifs de sûreté inédits, c’est le premier du genre construit par EDF – et par la perte d’expérience française.

La dernière centrale construite en France était celle de Civaux dans les années 1990…

Ce sont des problèmes que les chantiers de Taishan en Chine n’ont pas connus, bénéficiant du retour d’expérience et des erreurs de Flamanville, dans un pays rompu à la construction d’installations nucléaires.

Les futurs EPR qui seront construits en France ne devraient donc pas connaître les mêmes déboires que celui de Flamanville. Cependant, pour éviter de perdre les compétences chèrement réacquises, il faudrait qu’un nouveau chantier démarre rapidement.

Sans cela, la chaîne d’approvisionnement s’étiolera, les fournisseurs perdront progressivement leur expertise et les risques liés à la construction augmenteront.

Besoin de planification

Une étude récente publiée par la Société française d’énergie nucléaire[1] montre qu’en supposant une prolongation de tous les réacteurs du parc actuel (sauf celui de Fessenheim) jusqu’à 60 ans, une chute brutale des capacités nucléaires est à prévoir entre 2040 et 2050, du fait du rythme de construction soutenu dans les années 70-80.

Cette chute doit être anticipée. Maintenir un socle nucléaire de 35 à 40 GW (contre 63 GW aujourd’hui) nécessiterait ainsi de construire de 3 à 4 paires d’EPR par décennie entre 2030 et 2050…

Étant donnés l’étendue des besoins en capacités électrogènes pilotables et bas-carbone en Europe, ainsi que les délais extrêmement restreints pour y répondre, l’EPR semble incontournable. Il constitue un élément de réponse face à l’urgence climatique, l’épuisement des ressources fossiles et le besoin de remplacement des centrales en fin de vie.

Même s’il reste plus cher que les centrales du parc historique, l’EPR est compétitif face aux alternatives car on ne dispose toujours pas à l’heure actuelle de moyen de stockage d’énergie compétitif à grande échelle. Pour des raisons physiques, notamment les pertes d’énergie intrinsèques au stockage, on peut d’ailleurs douter de jamais en voir émerger.

Or, c’est indispensable pour envisager le remplacement des centrales à combustibles fossiles par des éoliennes et panneaux photovoltaïques.

Les raisons qui ont conduit au choix du nucléaire en France dans les années 70 sont plus que jamais valables aujourd’hui.

On peut craindre que lorsque les contraintes que nous négligeons aujourd’hui éclateront au grand-jour, la France et l’Europe réaliseront, sans doute un peu tard, qu’une électricité plus chère vaut mieux que pas d’électricité.

[1] SFEN, « Quand décider d’un renouvellement du parc nucléaire français ? », avril 2019

commentaires

COMMENTAIRES

  • Avatar

    l’EPR, c’est une vingtaine de milliards, sur une vingtaine d’années, pour produire une eléctricité à 100€ le MWH…
    sans parler des déchets, de leur gestion désastreuse…

    alors qu’a coté le prix des renouvelables et du stockage permettant de les piloter est en chute libre.
    dans le monde entier on s’attend à une ENORME expansion de ces deux sujets.
    https://about.bnef.com/blog/energy-storage-investments-boom-battery-costs-halve-next-decade/

    ça sent le sapin pour l’atome (et tant mieux!)

    Répondre
    • Avatar

      @nico : autant de conneries/fausses infos dans un seul commentaire, chapeau !

      EPR c’est 11 milliards pas 20

      Et c’est pas sur 20 ans, mais mini 40 ans, voir 60 ans (et aux US certaines centrales vont peut être aller jusqu’à 80). Vous confondez avec les éoliennes dont la durée de vie est effectivement de 20 ans.

      Le coût du nucléaire est largement inférieur à ce que vous annoncez, nous avons d’ailleurs une électricité les moins chères d’Europe. Moitié moins que nos voisins allemands avec toutes leurs jolies éoliennes.

      Le coûts des ENR est en chute libre oui (c’est à peu près le seul truc vrai dans votre commentaire), mais ça partait de très haut, donc logique que ça chute. Par contre le stockage absolument pas. Il n’y a même pas de solution technique viable existante à l’heure actuelle déployable à l’échelle requise pour assurer la prod. élec en face de la demande, quand au coût, vous pouvez ajouter un facteur 10 au coût du kWh actuel. C’est d’ailleurs pour ça que les allemands ne stockent absolument rien et compensent l’intermittence des leurs ENR au charbon et au gaz. Bravo l’écologie et les émissions de CO2 ! Tous ça, je le rappelle, pour le double du prix de l’élec. FR …

      Ça sent le sapin effectivement, mais plutôt du coté ENR allemandes que chez nous !

      Pitié, renseignez vous sérieusement avant de balancer autant d’anneries.

      Répondre
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