« L’éolien va dans le sens de l’Histoire »

« L’éolien va dans le sens de l’Histoire »

Geoffroy de Clisson, fondateur de Green Cape Finance, a publié l’an dernier une tribune intitulée « Énergie éolienne : halte aux caricatures ». Ce spécialiste des énergies renouvelables entend lutter contre les idées reçues sur l’éolien qui sont légion. Interview.

L’Etat est-il encore trop frileux dans sa PPE au sujet de l’éolien ?

Je comprends que l’ambition de l’État ne soit pas forcément de passer à un modèle allemand avec une part assez importante d’énergies renouvelables. Ce projet annonce plutôt un modèle mixte avec le développement de nouvelles capacités nucléaires.

Difficile de dire si c’est un bon choix. Sur le plan économique, je n’en suis pas certain car le nouveau nucléaire est très cher face à l’éolien et le solaire dont les coûts baissent. Malgré le problème de l’intermittence, le sens de l’Histoire est plutôt une baisse massive du coût des énergies renouvelables qui les rendrait plus compétitives que le nouveau nucléaire.

Ensuite, d’un point de vue stratégique, je pense qu’il y a un intérêt pour la France à garder les centrales nucléaires parce qu’il nous faut garder le savoir. Et cela penche dans la balance. D’un point de vue environnemental, enfin, le bilan carbone des EnR est meilleur que celui du nucléaire.

In fine, je pense que ça pourrait être plus ambitieux, même si nous avons connu pire. Il y a une vraie volonté politique de développer la filière. Moi je ne suis pas de ceux qui disent que ce sont des petits pas.

Je pense qu’il y a quand même une vraie volonté d’avancer. En revanche, cette volonté se traduit par une évolution du mix énergétique plutôt qu’un passage à un nouveau modèle.

Vous dénonciez dans une tribune fin 2018 les lobbyistes anti-éoliens qui parlent d’une aberration économique ? En quoi justement est-ce une opportunité économique et industrielle ?

L’équation est assez simple. L’éolien, aujourd’hui, dans les appels d’offres, se rapproche de plus en plus du prix du marché, dont le cours avoisine en moyenne les 45 euros du mégawattheure. Nous savons aujourd’hui que l’éolien et le solaire arrivent à être compétitifs.

Et la tendance va forcément s’accentuer puisque les coûts de production baissent. D’un point de vue économique, l’éolien a du sens.

Et d’un point de vue industriel, l’argument selon lequel les éoliennes ne sont pas produites en France ou en Europe est parfaitement faux parce que même si les producteurs d’éolien ne sont pas forcément français, beaucoup de lieux de production sont hexagonaux, et par ailleurs cela génère une activité économique locale avec les retombées qui en découlent.

Je pense ici aux taxes locales qui sont importantes sur l’éolien et les mesures d’accompagnement des mairies, ainsi qu’aux services de maintenance des centrales qui génèrent de l’emploi local.

L’Etat a décidé de mobiliser une partie des terrains militaires pour l’installation de panneaux photovoltaïques. Serait-ce une solution pour y déployer aussi des éoliennes ?

Cela dépend. Les contraintes sont beaucoup plus fortes pour l’éolien que pour le solaire. Donc je subodore un problème avec les radars de l’armée. Quand on développe un projet éolien, il faut consulter l’armée et les contraintes de l’armée sont très très fortes sur l’éolien. J’imagine que les terrains militaires sont également soumis à ce type de contrôles.

 Les délais pour l’obtention d’un parc éolien sont très longs en France. Comment faire pour raccourcir ces délais ?

Il y a un premier pas qui a été fait dans les mesures de simplification administrative. Une façon de gagner du temps est peut être de travailler sur la validité des recours et d’écarter systématiquement les recours abusifs plutôt que de rentrer dans des procédures qui n’aboutissent pas toujours ou aboutissent très rarement. Je sais par exemple qu’en Allemagne tous les recours ne sont pas admissibles. Ensuite, c’est de faire une communication plus importante de la filière à la fois auprès des collectivités et des populations riveraines.

La concertation avec les habitants est-elle gage d’appropriation des projets d’éolien en territoires ?

Il est clair qu’il faut savoir communiquer sur les projets et les rendre acceptables. Tous les développeurs le font, ils organisent des réunions, essaient de faire collaborer les habitants qui habitent autour des centrales et notamment le développement du participatif.

Le financement participatif a-t-il vraiment de l’avenir pour les parcs éoliens ?

Le premier objectif du financement participatif n’est pas de financer ces projets, car ces derniers se financent très bien. Le premier but du participatif est précisément de rendre le projet acceptable et de faire participer la collectivité à ce projet.

Mais tout ce qui est fait autour de l’acceptabilité de ces projets n’empêchera jamais malheureusement une association ou un voisin de faire des recours. A mon avis, il faut travailler le fait de pouvoir redistribuer de manière plus équitable les retombées économiques des centrales.

Souvent, vous avez cinq ou six agriculteurs locaux concernés mais pas forcément les voisins riverains qui n’ont que les désavantages.

Du coup, je pense qu’il faut associer plus largement l’ensemble des parties prenantes. Il faut certainement baisser les loyers très élevés des parcelles concernées par l’implantation des éoliennes et redistribuer davantage les loyers ou les indemnités à ceux qui sont autour.

Selon un rapport de l’Agence internationale de l’énergie, l’éolien en mer pourrait répondre à la demande mondiale d’électricité. Est ce que c’est l’avenir de l’éolien en France selon vous ?

J’étais un peu sceptique au début parce que je voyais que les coûts étaient extrêmement élevés et l’éolien offshore rencontrait des problèmes techniques avec notamment le vieillissement des centrales.

Aujourd’hui, je constate qu’une filière industrielle s’est développée. Quand je vois qu’en Allemagne, en Grande-Bretagne ou même en France avec Dunkerque il y a des gros appels d’offres avec des coûts de plus en plus faibles, ça commence à être de plus en plus compétitif.

Même trop compétitif peut-être ! Le gros avantage du offshore est qu’il répond en grande partie aux problèmes de l’intermittence. En moyenne, quand l’éolien onshore comptabilise 2000 à 3000 heures de vent par an, l’éolien en mer en compte 4500 heures, contre 6000 à 6500 pour le nucléaire (y compris plages de maintenance).

Le offshore peut précisément permettre de réguler le réseau. Il faut voir à moyen terme la capacité française mais on sait déjà que les côtes françaises sont assez ventées.

Vous me parlez du stockage et d’intermittence. Est ce que le stockage justement n’est pas la clé pour le déploiement de la filière éolienne terrestre ?

Le stockage est essentiel pour son indépendance. Il y a d’autres manières de répondre à l’intermittence. Nous pouvons aussi stocker avec les voitures électriques qui servent de régulateur naturel, ou en faisant de l’hydrogène…

Pour moi, le vrai défi des énergies renouvelables dans les prochaines années c’est non pas le stockage car le stockage existe déjà, mais le stockage extrêmement compétitif. Pour cela, il va falloir une grosse filière qui prenne son envol comme pour le solaire.

L’effet d’échelle réduira ensuite les coûts. Ce processus, je crois, est en cours.

Geoffroy de Clisson

Geoffroy a plus de 12 ans d’expérience dans les énergies renouvelables, d’abord en responsable M&A chez Veolia Energie, puis en tant que directeur de Green Cape Finance - Il possède une expertise dans la conduite de projets du secteur de l’énergie : acquisitions, cessions, PPP, levées de fonds, financements bancaires et mezzanine… - Geoffroy possède des références dans de nombreux projets en France et à l’international : États-Unis, Canada, Chine, Inde, Pays baltes, Russie, Israël, Turquie, Côte d’Ivoire, Egypte… - Il est cofondateur et membre actif de l'Institut Walden pour la Transition Energétique - Il est diplômé de l’ESSEC et Docteur en Philosophie (Sorbonne, Paris IV).