Ouvrez les données de la transition énergétique !

Ouvrez les données de la transition énergétique !
Alors que l’urgence d’agir en faveur de l’environnement est un fait avéré, notre transition énergétique s’est notamment poursuivie en 2021 et début 2022 par la définition des futurs à l’échéance 2050 dans le rapport publié par le gestionnaire du réseau transport, RTE. Ces actions passeront par la réduction de nos émissions de CO2 et l’électrification de nos usages.
De nombreuses étapes vont pouvoir se succéder d’ici 2030, non seulement nécessiter l’implication des acteurs du domaine et aussi de la société tout entière. La complexité et un grand nombre de projets à mener simultanément vont mobiliser une large part de nos outils numériques et l’exploitation d’une grande quantité de données. Vous serez concernés d’une manière ou d’une autre.
Depuis 2010, plusieurs progrès permettant la diffusion de données relatives à l’énergie et à ses infrastructures support sont à saluer. Elles irriguent, parmi d’autres informations, la plupart des usages actuels tant professionnels que grand public. Citons par exemple les dispositions réglementaires suivantes :
  • Les règlements Européens REMIT et de transparence du marché de l’électricité.
  • Directive INSPIRE.
  • Les dispositions du code de l’environnent et de l’énergie (Grenelle II, LTECV)
  • Les obligations de transparence du livre III du code des relations entre public et administrations.
Leur périmètre et leur mise en œuvre ne sont pour autant pas suffisant.
Une gouvernance plus forte en faveur de l’ouverture des données existantes contribuerait à plus d’objectivité dans nos débats et une plus grande stabilité de nos décisions. On pense en particulier aux données sources et produites par les PCAET, une connaissance patrimoniale et de vulnérabilité climatique plus fine des infrastructures, un suivi exact des projets réseaux et producteurs, les consommations d’énergie de nos bâtiments publics.
Comprendre l’urgence de ces enjeux et respecter les obligations légales qui s’imposent au service public de l’énergie en matière de transparence et d’ouverture des données sont des contraintes sine qua non.
Des outils tels qu’ElectricityMap, affichant sur une carte le bilan CO2 du mix de bon nombre de pays, font aujourd’hui l’unanimité en bénéficiant d’un cadre réglementaire qui permet le partage des données nécessaires. Il serait inconcevable de revenir en arrière.

Contradiction

Pourtant, particulièrement ces derniers mois, nous assistons en réalité à tout autre chose. Là où un foisonnement de données brutes est nécessaire, nous n’avons que profusion de documents certes étayés, éclairés par un travail remarquable et peu utilisables dans des traitements automatisés ultérieurs.
C’est le cas du rapport des « Futurs Énergétiques 2050 » de RTE demandé par le ministère de la Transition écologique, uniquement disponible en pdf alors que contenant de nombreuses figures affichant des données non disponibles. Les interprétations proposées publiquement ci ou là relèvent d’une idéologie là où nous aurions besoin d’objectivité.
Ces biais sont renforcés par le frein à l’appropriation que le choix du format de ces rapports représente.
Déjà cité dans des travaux de la CRE en 2018 (délibération 2018-214 §2.2.1.3), ce besoin de données est régulièrement rappelé.
La question court-termiste du financement des évolutions des systèmes d’information devrait être mise en perspective des besoins impérieux auxquels elles répondent. Nous souffrons d’une bien trop courte vue, qui plus est partisane, en la matière.
Ainsi le niveau d’investissement n’est pas autant un problème de fond que les stratégies de gouvernance et les périmètres retenus pour les plateformes existantes.

La nature a horreur du vide

À titre d’exemple, citons les difficultés d’accès aux notices préalables à toute évolution des réseaux de distribution électrique. Un besoin identifié à plusieurs reprises depuis 2020 qui n’a toujours pas reçu de réponse, notamment pour le respect d’autres obligations réglementaires (mutualisation des travaux) ou d’innovations et d’information des tiers.
La nature ayant horreur du vide, la production et le partage de ces données sont désormais collaboratifs. Ceci entre les acteurs, institutions de l’énergie et une multitude de personnes motivées pour contribuer à cet effort.
Depuis 2010, une partie intéressée de la communauté du projet OpenStreetMap se donne pour objectif de répertorier les éléments visibles des réseaux d’énergie. Ceci pour en consolider la connaissance par itérations successives avec les données ouvertes des exploitants (voir les annonces et bilans annuels des projets en cours entre Enedis et OSM France). Depuis 2014, ce fut par exemple le cas pour :
  • Le positionnement des installations de production depuis le registre les associant aux communes
  • La structure électrique des postes du réseau de transport
  • La structure hydrologique des installations hydroélectriques
Il s’agit bien d’une production de données, sous une forme et parfois un contenu qui n’existent nulle part ailleurs.
D’après les motifs exposés ci-dessus, les dérives que nous constatons, la cohérence et l’énergie nécessaire à la conduite de ces changements sont des contraintes qui s’imposent à nous. Nous devons résolument nous impliquer dans ces transitions en faisant du partage de données un fonctionnement de principe.
Les délais ou ellipses de ces sujets sont autant de carburants pour la désinformation, ils portent atteinte à la confiance que nous plaçons toutes et tous dans la manière de conduire ces transitions. Relevons ce défi en nous y consacrons pleinement. Ouvrez les données de la transition énergétique !
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Références :
  • « Des données pour distribuer et transporter l’électricité », François Lacombe, 2020
  • « Open Data : Enedis participe à un projet collaboratif mondial d’échange de données », Enedis, 2021
  • « Un double numérique du réseau de transport électrique français », OpenStreetMap France, 2020
  • « Délibération 2018-214 portant communication de l’état d’avancement des travaux du groupe de travail des données d’énergie », CRE, 2018