Où en est la décarbonation du transport maritime ?

Où en est la décarbonation du transport maritime ?
Le transport maritime représente 3% des émissions mondiales de CO2. Un chiffre pris au sérieux par l’Académie de marine et Soper qui s’associent pour favoriser la décarbonation du secteur à travers la création du « Prix Transition énergétique maritime » , qui sera décerné chaque année à un acteur dont l’action est déterminante en la matière. Entretien avec Jean-Michel Germa, Président de SOPER.

Quelles sont les solutions efficaces pour décarboner le secteur du transport maritime ?

Il existe de nombreuses solutions techniques pour décarboner le secteur du transport maritime. La plupart d’entre elles sont techniquement fiables mais elles ne sont pas toutes industrialisées à ce jour.

Le problème qu’il va falloir résoudre dans les années de transition (permettant d’atteindre un certain niveau de décarbonation du transport maritime) est donc le financement de ces solutions à l’aide de subventions et/ou en taxant les carburants fossiles maritimes pour le carbone qu’ils émettent.

Il faut savoir qu’aujourd’hui et au niveau mondial, seuls les carburants utilisés à la mer ne supportent toujours pas de taxe carbone.

Voici une liste de techniques efficaces pour décarboner le transport maritime :

  • Carburants de synthèse biosourcés liquides ou gazeux (bio diésel, bio H2, bio GNL, etc.)
  • Propulsion électrique (limitée aux navires de servitude portuaire)
  • Utilisation de la force du vent (voiles, cerfs-volants, etc.)
  • Réduction concertée de la vitesse commerciale (slow steaming)
  • Optimisation des navires : moteurs, carènes, matériaux, peintures, etc.
  • Routage météorologique.

Toutes ces technologies devront être mises à contribution si l’on souhaite réduire fortement les émissions de CO2 du transport maritime à l’horizon 2050/70. Aucune d’entre elles n’a vocation à assurer seule la décarbonation des émissions du secteur.

Le GNL et/ou l’hydrogène sont-ils les solutions les plus prometteuses ?

Le GNL est un gaz (méthane) fossile qui n’est pas un carburant renouvelable car ses réserves sont finies. Au contraire des carburants renouvelables, il contribue très fortement (beaucoup plus que le CO2) à la formation de l’effet de serre.

L’hydrogène, s’il est biosourcé (on parle d’hydrogène vert par opposition à l’hydrogène gris qui provient du reformage du méthane) peut être une bonne solution pour la décarbonation du transport maritime.

Ses capacités de stockage étant limitées, il est plus adapté aux navires de cabotage dont le rayon d’action est réduit. Pour les navires hauturiers (transocéaniques), les carburants de synthèse biosourcés (diesel, éthanol, etc.) sont les plus adaptés car ils permettent d’embarquer de plus grandes quantités d’énergie sous de faibles volumes.

L’utilisation du fioul à basse teneur en soufre est-elle suffisante pour réduire les émissions polluantes ?

L’utilisation de fiouls basse teneur en soufre permet de réduire fortement les émissions de SOx (oxydes de soufre) des navires dans les zones où s’applique la réglementation de l’OMI (Organisation Maritime Internationale), entrée en vigueur en janvier 2020.

Elle n’a pas d’influence sur la réduction des émissions de CO2 et de NOx (oxydes d’azote) de ces mêmes navires.

Quels sont les enjeux face au réchauffement climatique ?

Le transport maritime permet le transit d’environ 80 % des marchandises du monde et si celui-ci n’engendre que 3% du CO2 émis sur la planète, il est à l’origine de 15 % des SOx et 17 % des NOx de l’activité humaine.

Le transit maritime étant appelé à se développer rapidement (il pourrait doubler d’ici 2050) il est nécessaire de porter une attention particulière à la décarbonation de cette activité qui verra ses émissions polluantes croître rapidement.