Débat de l’entre-deux tours : sans transition

Débat de l’entre-deux tours : sans transition

Au cours de leur débat télévisé, mercredi soir, les candidats ont quelque peu expédié le sujet de l’énergie et de la transition écologique, faute de temps sans doute. Mais du temps, en avons-nous ?   

Le débat de l’entre-deux-tours de l’élection présidentielle s’est tenu mercredi soir entre la candidate du Rassemblement national, Marine Le Pen, et le président sortant, Emmanuel Macron. Soit un face-à-face de deux heures et demie environ durant lequel tous les sujets ont été abordés, de la réforme des retraites et du pouvoir d’achat à l’immigration et à la guerre en Ukraine en passant, bien sûr, par le volet environnemental. 

Et sur ce dernier point, il est important de resituer le contexte pour en mesurer tout l’enjeu. Le 4 avril dernier a été publié le sixième cycle d’évaluation du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat. Sans surprise, comme dans ses précédents travaux, le Giec tire à nouveau la sonnette d’alarme et surtout déclenche le compte à rebours. A nos copies, ils nous restent trois ans. C’est le délai imparti pour inverser la courbe des émissions de gaz à effet de serre et cantonner le réchauffement à 2°C. Trois petites années pour conserver une planète « vivable ». Ambiance. 

Alors, la question environnementale a-t-elle été traitée à la hauteur des enjeux, lors de ce débat ? Spoiler alert… Plutôt survolée. Reconnaissons toutefois qu’en si peu de temps, l’exercice était difficile, voire impossible. 

Le climat en embuscade

Qu’à cela ne tienne, les chiffres, ont fusé de toutes parts, apportant un peu de substance au débat. Entre deux statistiques et invectives d’un président sortant incisif, la candidate du Rassemblement national, plus cordiale qu’en 2017 – media training oblige –, a prononcé une phrase lourde de sens : « Oui à la transition, bien sûr, mais il faut qu’elle soit dans le temps, beaucoup moins rapide que ce qu’on impose aux Français pour qu’ils puissent y faire face (…) Cette écologie punitive est inutile, crée des souffrances et aggrave des situations de fragilité. » 

Cette déclaration met en exergue un problème fondamental : l’appréciation du temps dans le cadre de la transition écologique/énergétique. Et le temps de la planète n’est pas celui des candidats et de la société, des Français préoccupés par leur présent, ni celui de l’industrie qui, pour transiter, réclame… du temps. 

Or, celui-ci est, si l’on se réfère aux prévisions alarmistes du Giec, une ressource quasi épuisée. Loin de sombrer dans la collapsologie, les experts préfèrent, au contraire, rappeler que les solutions existent bel et bien, d’autant que le coût des énergies bas carbone baisse et que celui des conventionnelles explose. Alors, qu’attendons-nous ? Sortons des fossiles ! Mais tandis que les experts jouent les Cassandre, les candidats, eux, se renvoient la balle sur une autre scène, critiquant tantôt le bilan de l’un, tantôt le programme de l’autre. 

Seul point de « presque » accord, l’importance du nucléaire dans le mix énergétique pour diminuer les émissions de gaz à effet de serre. « Le nucléaire que l’on décide aujourd’hui entrera en service en 2035 », indiquait Emmanuel Macron. Soit dans 13 années, on est loin des trois ans.  

Au menu, de nouvelles tranches d’EPR, des investissements dans les EnR, et aussi le rythme du développement de l’éolien terrestre divisé par deux, avec « 2050 pour horizon ». Mais ce temps-là, l’avons-nous ?  

Certainement selon Marine Le Pen qui, une fois de plus, était en croisade contre ce volet énergétique, proposant même de démanteler les éoliennes. Une perte d’argent selon Emmanuel Macron. Sans doute aussi une perte de temps… Et une fois encore, ce temps, l’avons-nous ? 

Que d’énergie dépensée par ces deux candidats, chacun reprochant à l’autre de ne pas suivre la bonne trajectoire. Mais de l’avis des experts du Giec, nous sommes tous sur la mauvaise…