nucléaire

Quel est le coût réel de l’énergie nucléaire ?

Critiquée pour ses coûts de constructions et d’entretien, la filière atomique est-elle toujours intéressante économiquement ? Le débat est récurrent, et le coût de l’industrie atomique régulièrement dénoncé par ses opposants. Mais les dernières vagues d’investissements opérées par la filière montrent que celle-ci reste extrêmement intéressante financièrement sur le long terme.

Le nucléaire est-il trop cher ? Les controverses autour de la transition énergétique, l’adoption de la programmation pluriannuelle de l’énergie et le débat public sur la gestion des déchets nucléaires (PNGMDR) ont remis en lumière cette question essentielle pour toute la filière industrielle. En 2018, l’association Greenpeaceestimait ainsi qu’EDF était « structurellement asphyxiée par le nucléaire ».

Dans le viseur de l’association, notamment, le programme « grand carénage », chiffré à 45 milliards d’euros — une somme à échelonner jusqu’en 2025 —, engagés pour prolonger la durée d’exploitation des réacteurs de quarante à cinquante ans, la construction de deux EPR (« réacteur européen à eau pressurisée ») à Hinkley Point, en Angleterre, dont la facture venait d’augmenter de 20 milliards d’euros, ainsi que les provisions pour le démantèlement des centrales et la gestion des déchets nucléaires. Pour les opposants au nucléaire, la chose est entendue : les coûts du nucléaire rendent le soutien politique à la filière intenable.

Pourtant, pour certains acteurs, une telle conclusion est une vision de courte vue, car les bénéfices économiques du nucléaire s’inscriraient dans la longue durée. C’est ce qu’estiment à demi-mot Jean-Guy Devezeaux de Lavergne et Michel Berthélemy, de la Société française d’énergie nucléaire (SFEN), qui viennent de publier une note intitulée « Coûts du nouveau nucléaire et éclairages sur l’économie du cycle ». Pour eux, la question et les enjeux portés par l’atome ne peuvent se permettre une réflexion à court terme, à l’issue de laquelle seuls les coûts supportés par la filière seraient mis en lumière, et non les avantages réels, qui nécessitent une vision de plus long terme.

Contrairement aux postures alarmistes de certaines associations, les deux experts l’assurent : « Le nucléaire a fait la preuve de sa performance économique. […] Avec les niveaux actuels de coût de production, le nucléaire existant est extrêmement compétitif : aucun nouveau moyen de production ne pourra rivaliser avec la performance qu’il affiche, dans les vingt années à venir. » Aujourd’hui, l’énergie nucléaire française offre aux industriels et aux particuliers une électricité un quart moins chère que le prix moyen européen. Des coûts de production bas, qui permettent à toute la filière d’être rentable.

Des coûts étalés sur le long terme

Concernant le « grand carénage » chargé de relancer la longévité des centrales, les dépenses (environ 1 milliard d’euros tous les ans sur la période 2014-2025) doivent être rapportées à la quantité d’électricité produite chaque année, soit environ 400 millions de MWh, ou 400 térawattheures (TWh). Les dépenses d’investissement sont donc importantes, mais déjà incluses et étalées dans le prix de production actuel de l’électricité.

Pour le coût du combustible, il ne représente que 15 % du coût de production et moins de 5 % du prix de vente aux particuliers. Un pourcentage suffisamment faible pour que le coût de production du nucléaire ne soit pas impacté par les fluctuations des cours mondiaux de l’uranium. En comparaison, les importations annuelles d’énergies fossiles (gaz et pétrole) représentent quelque 60 milliards d’euros, contre un milliard « seulement » pour l’uranium. Autre avantage, par rapport à ces énergies extrêmement polluantes : « Le nucléaire est l’une des technologies bas carbone qui pourraient permettre d’atteindre les objectifs de décarbonation fixés par la COP21 », estiment les deux experts de la SFEN.

S’agissant, enfin, du démantèlement, des provisions de près de 20 milliards d’euros ont été enregistrées dans le bilan comptable d’EDF, entièrement couvertes par des « actifs dédiés ». Autrement dit, l’entreprise a depuis longtemps « placé » du capital destiné exclusivement à financer sur le long terme le démantèlement des centrales. D’ailleurs, plus une centrale sera exploitée sur la durée, plus le poids relatif du coût de son démantèlement par kWh produit diminuera.

Quant au stockage des déchets, dans le cadre du projet Cigéo, EDF a aussi stocké des provisions, qui équivaudront à près de 30 milliards d’euros in fine selon la Cour des comptes, là aussi totalement couvertes par des « fonds dédiés ». De plus, les sages de la rue Cambon estiment qu’une hausse significative du coût du stockage n’impactera que de manière limitée le coût de production du nucléaire.

Construction, entretien, démantèlement, gestion des déchets : à chaque étape de l’exploitation d’une centrale, c’est bien l’efficacité de la production d’électricité couplée à une exceptionnelle longévité qui permettent à la filière nucléaire d’étaler ses coûts et de devenir finalement extrêmement rentable.

Selon les deux experts de la SFEN, l’atome, loin d’être arrivé à son terme, en est plutôt à un tournant important de son histoire : « Le nucléaire est entré dans une nouvelle phase : nouvelle génération de réacteurs, accélération des programmes en Asie, intérêt de nombreux pays “primo-accédants”. Il convient non de le laisser tomber, mais bien au contraire, de relancer l’industrie nucléaire française, pour accumuler du “retour d’expérience”, estiment-ils, afin de soutenir la compétitivité du “nucléaire de demain”.

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    Cet article n’est qu’une profession de foi sans intérêt. Comment parler de coût réel sans aucun calcul comptable ?

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