Le vrai coût écologique de la transition énergétique

Du smartphone à la voiture en passant par les éoliennes, les métaux rares se retrouvent dans quasiment tous les objets du quotidien. Pourtant, ces métaux sont présents en quantité infime sur la planète et leur extraction a un bilan écologique désastreux qui nécessite de mener une réflexion plus large sur la consommation à l’heure de la transition énergétique.

Les conséquences environnementales de l’extraction des métaux rares

Afin d’atteindre leurs objectifs et réduire les émissions de gaz à effet de serre, de plus en plus de pays se tournent vers des modes de transport hybrides ou électriques, des bâtiments à basse consommation et des énergies renouvelables.

Si nous prenons le cas particulier des énergies vertes, leur production suppose d’utiliser massivement des nouvelles technologies – telles que les centrales solaires thermodynamiques, les panneaux solaires de deuxième génération ou les éoliennes off-shore – qui intègrent des métaux rares.

Or, la production actuelle en métaux rares risque de ne pas être suffisante pour répondre à la demande, ce qui impliquerait d’augmenter sensiblement leur production pour permettre la transition à un système d’énergie renouvelable.

De plus, l’extraction de ces métaux n’est pas toujours sans effets néfastes pour l’environnement et seuls quelques pays se sont lancés dans cette activité, ce qui rend les autres pays dépendants.

C’est ainsi qu’en 2010, la Chine a imposé des quotas sur les terres rares contrairement aux règles imposées par l’OMC (Organisation mondiale du Commerce), créant des tensions d’approvisionnement sur les marchés.

Changer les modes de consommation

Les métaux rares sont présents dans le quotidien de chacun : smartphones, ordinateurs ou encore voitures électriques. Malheureusement, l’opinion publique n’a pas pris conscience de ces enjeux d’approvisionnement, d’indépendance stratégique et d’économies des ressources naturelles.

Il est nécessaire de se poser dès maintenant les questions adéquates : avons-nous réellement besoin de changer de téléphone chaque année ? De chauffer notre maison à vingt-cinq degrés ?

Indépendamment de la transition énergétique, il est primordial de changer fondamentalement nos façons de consommer si nous voulons vraiment aller vers une société plus durable et plus respectueuse de l’environnement.

Mieux consommer implique de n’acheter que ce qui est véritablement utile, réparer ou détourner l’usage d’un produit endommagé ou usagé, favoriser une économie de partage et/ou de don… Ces nouvelles pratiques de consommation peuvent avoir pour impact une stagnation, voire un repli de la production industrielle à destination des pays développés ; la croissance (raisonnée) de la consommation ne se faisant plus que dans les pays en voie de développement.

Ceci implique de repenser la manière de concevoir les produits (produits plus maintenables et plus réparables), d’anticiper leur fin de vie, de maîtriser les filières de recyclage et de développer des produits adaptés aux besoins spécifiques des pays en voie de développement.

Ce dernier point n’est pas neutre car il implique en particulier de prendre en compte des philosophies comme le Jugaad indien – réparation ingénieuse, simple bricolage, solution disruptive ou détournement d’un usage – et de façon plus large de maîtriser les techniques d’innovation frugale. Collecter, réutiliser et développer la filière du recyclage : autant de leviers pour optimiser les ressources.

Le rôle des pouvoirs publics

Les habitudes de consommation étant bien ancrées, l’État a un rôle majeur pour infléchir la donne. De nombreuses actions sont d’ores et déjà menées dans les collectivités, les régions et les grandes métropoles.

Par exemple, Madame Pécresse, Présidente du Conseil régional d’Île-de-France, a récemment annoncé une prime de 500 euros pour tout achat d’un vélo électrique. Bien que toutes les solutions proposées ne soient pas entièrement satisfaisantes – un vélo électrique contient en effet des métaux rares, mais pollue tout de même moins qu’une voiture – ces solutions ont le mérite d’exister.

Il faut accepter de faire des erreurs, de tester, de découvrir car il n’y a que de cette façon que les mentalités et les modes de vie pourront évoluer.

La transition énergétique est assez paradoxale, car elle implique à la fois d’aller vers un monde meilleur et moins pollué, mais oblige également à utiliser des métaux dont l’extraction a un coût écologique désastreux. Il est donc primordial de changer les modes de consommation et d’adopter des comportements responsables.

Enfin, la transition énergétique aura également des impacts sociétaux : les métiers d’aujourd’hui vont évoluer et il faudra un accompagnement personnalisé face aux changements professionnels.

 

commentaires

COMMENTAIRES

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    Article présentant un aspect catastrophiste de la transition énergétique, notamment à propos des métaux rares qui n’ont en réalité rien de rare, leur qualificatif ne le devant qu’à leur découverte tardive. Par ailleurs ils sont très rarement vraiment indispensables.
    Quant aux futurs besoins mis en perspective avec les productions actuelles pour inquieter je me demande pourquoi mon boulanger ne fabrique pas tous les jours 10 fois plus de pains qu’il n’en vend ?

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    Il semble que tout le monde ne soit pas d’accord sur cette rareté (?!). Ceci étant, il ne faut surtout pas se précipiter pour continuer comme par le passé à satisfaire toutes nos envies car on sait maintenant que toute pénurie nous rend fragiles et dépendants, tant qu’on aura pas réussi à se contenter de l’indispensable et à se passer du futile. Je suis fort bien placé pour dire ça, et je me méfie de mon propre procédé qui est basé sur une ressource fragile (la biomasse). Nous poussons actuellement tres fort sur l’utilisation des déchets domestiques secs et solides où la ressource est infinie ou presque et qui de plus pose de gros problémes.

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    La course continue à plus d’énergie aura toujours des effets pervers sur l’état de la planète .la solution passe par la réduction des usages inutiles .Exemple actuel encore balbutiant :l’extinction de l’éclairage public entre 22 et 6 H.

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    Dire sans le justifier mais uniquement par conviction pessimiste que “La course continue à plus d’énergie aura toujours des effets pervers sur l’état de la planète” n’apporte rien au débat, pas plus que de dire “réduire l’inutile”; qu’est-ce qui est utile ? Nous mêmes ne sommes utiles qu’à nos propres yeux, la planète se passerait très bien de nous, d’ailleurs depuis que nous y sommes apparus nous ne sommes qu’une calamité pour les autres occupants, nous ne profitons à aucune autre espèce mais nous profitons de presque toutes les autres, alors…. suicidons nous en cœur ?
    Pour l’extinction, de l’éclairage public, en qualité d’astronome je serais même plutôt d’accord avec vous mais, comme vous le voyez, pas pour les même raisons. En revanche je serais même plus exigeant que vous. Le seul éclairage qui trouve grâce à mes yeux est celui déclenché uniquement lorsque le détecteur de présence du lampadaire repère un individu à sang chaud dans son rayon d’action pour s’éteindre dès qu’il le quitte et si la luminosité est inférieure à un niveau qui serait convenu par un consensus.

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    Malgré tous les efforts déployés dans les transitions énergétiques, il n’a pas été constaté d’infléchissement des émissions de CO2 car celles-ci sont en grandes parties liées à la croissance économique mondiale.

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      Dan, Rochain, Sirius, vous avez tous raison, aucune de vos affirmations n’est fausse. CO2 et croissance sont évidemment liés dans une économie basée en grande partie sur des combustibles pas chers mais très carbonés. Sirius a pris l’exemple de l’éclairage public, Rochain a apporté un plus, mais ce n’était qu’un exemple. Les babioles et colifichets consommateurs d’energie sont comme les mauvaises habitudes dont les publicitaires essaient de nous convaincre de l’utilité, un fléau. Un chiffre sur la pub : budget mondial 500 mds de $ et grosse conso d’energie en plus!! Quand est-ce qu’on va devenir adultes ?

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    Les sois disant efforts faits aujourd’hui sont pipettes par rapport à ce qui est nécessaire pour endiguer le débit de plus en plus abondant de CO2. Et les mentalités conservatrices de quelques uns, sous tous les prétextes, entrainent des foules de perroquets derrière eux et y sont pour beaucoup. La plupart des projets d’ENR quel qu’ils soient provoque des levées de boucliers au nom de n’importe quoi, une passage de grenouilles d’une espèce rare, la pale de l’hélice en position haute qui sera visible en même temps que le coq au sommet du clocher du village sous tel angle et à 3 Km, des supposées terres agricoles qui ne pourront pas être exploitée car couvertes d’affreux panneaux dont la réflexion à telle heure de la journée entre le 3 mars et le 5 avril aveugleront les automobilistes de l’autoroute voisine qui se dirigent vers telle ville….. Suivent les recours en justice qui traine 3 mois ou 3 ans avec le désistement des investisseurs qui gagneront plus rapidement de l’argent à la roulette de la bourse où ce n’est qu’un risque contre une certitude de le perdre dans une ENR dont on ne sait pas si les grenouilles ne finiront pas par gagner le procès. Il faut du courage et même un sacré culot aujourd’hui pour placer son argent autrement que sur des comptes de rapport dans une bonne banque bien nationalisée tranquille et sans risque, qui le replacera dans les industries minières dans lesquelles la rentabilité est immédiate.
    Cessons de faire semblant d’y aller, et allons y au lieu de claironner que ce que l’on a fait ne sert à rien puisque le CO2 ne descend pas… Ah j’oubliais, j’ai verser un verre d’eau dans le port de Gruissan hier après midi, et curieusement le niveau du pont du bateau n’est pas monté par rapport au quai ???

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    @Rochain
    Les efforts faits pour cette transition se chiffrent à plus de 5000 milliards d’euros dans le monde. Il est faux de parler de pipettes. Combien en voulez-vous? 10 000, 100 000 milliards ? Et où allez-vous les prendre. Et pour quel résultat ? Nul ne sait !

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    Certains adorent annoncer des coûts d’une imprécision aussi faramineuse que leur hauteur et dont la justification est tellement évidente qu’il est inutile d’apporter la moindre présomption de vérité quant à leur existence, plus de 5000 milliards d’euros dument authentifiés et pour un résultat inconnu (nul ne sait) ce qui fait un cout rédhibitoire à l’unité produite. La signature du dogmatisme habituel.
    Tandis que d’autres s’attachent à des faits vérifiables, portant sur des réalités plus palpables, et aussi beaucoup plus modestes mais qui présentent l’avantage de pouvoir être extrapolées à une autre échelle, ne serait-ce que pour permettre d’accéder à un niveau de comparaison pragmatique. J’ai noté ces jours-ci une information intéressante glanée sur un site (clubic.com)mettant des coûts en face de résultats qui sont une bonne base de départ pour qui veut bien abandonner sa vision dogmatique qui ne souffre pas une réalité différente de celle qu’il aurait décréter être la vraie vérité, celle qui n’a pas à être démontrée.
    Là c’est clair, une puissance issue de PPV de 30 MW avec 10 MW de stockage pour un coût de 50 millions d’Euros :
    https://www.clubic.com/energie-renouvelable/actualite-877995-grande-centrale-solaire-francaise-stockage-service-mer.html
    A partir de cette information ; 50 millions d’Euros pour produire une puissance de 30 MW, on peut extrapoler la puissance que l’on pourrait produire en misant 13 milliards d’euros au lieu de 50 millions, non ?
    Avec 13 milliards (M ) d’euros on produirait une puissance de 13M/ 50M = 260 fois supérieur
    C’est-à-dire 260 fois 30 MW, soit 7800 MW
    alors que la puissance escomptée d’un EPR à 13M€ n’est que de 1650 MW.
    Mais bien sur cette puissance PPV ce n’est que durant 20% des 8766 heures de l’année donc une production annuelle de 7800*8766*20% = 13674960 MWh ou 13,7TWh
    Mais l’EPR avec un facteur de charge de 75%, dans le meilleur des cas,
    ne produira lui aussi que 1650*8766*75% = 10847925 MWh ou 10,8 TWh
    Le parc PPV produira donc 27% de plus que l’EPR pour le même investissement, sans déchet et sans risque nucléaire, avec un stockage partiel inclus dans le prix, d’après l’article. En effet, dans ce prix le cout du stockage de 10 MWh a lui-même été multiplié par le facteur 260 ce qui le porte à 2600 MWh soit 2,6 GWh, de quoi assurer passer la nuit pour plus de 850 000 familles (hors chauffage).
    Pour en revenir à ce « nul ne sait » de ce qui est produit mondialement aujourd’hui avec la fabuleuse fortune investie mondialement (que pourtant nul ne sait, et là c’est vrai), il se trouve que la aussi c’est vrai, le « nul ne sait » se monte à 10% (donc on sait) du mixe électrique mondial (comme le nucléaire qui bien sûr a coûté zéro…. au deuxième degré puisque nul ne sait au premier) auquel il faut ajouter l’hydraulique à hauteur de 15% ce qui nous fait 25% d’ENR.
    Au passage on remarquera que la France est très en dessous avec un petit 19% ce qui justifie ma remarque d’investissement « pipette ». Mais ces 25% mondiaux ne sont encore que la moitié de ce que le Portugal arrive à faire, ce qu’il leur est même reproché manifestement pour ce faible résultat par celui qui trouve que je sous-estime la hauteur de l’effort fait par la France avec un résultat à 19%. Comprenne qui pourra un tel niveau d’incohérence.
    Vous comprendrez chers participants à ce forum que je m’abstienne à l’avenir de répondre aux messages de ce Monsieur dont le seul souci est d’affirmer qu’il a raison et que sa parole suffit.
    Bonne semaine
    Serge Rochain

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      Voilà un débat intéressant car il y a une puissance globale, une puissance de stockage et un coût global , 50 Millions d’euros. est-ce que quelqu’un sait qu’elle est la répartition de ces 50 millions d’euros en cout de la production et cout du stockage. Cela me permettrait de d’évaluer à la grosse ce qu’on pourrait produire au même cout sans stockage puisque notre procédé de gazéïfication et combustion en moteurs syngas produit de façon pilotable et n’a pas besoin de stockage mais d’une toute petite partie de diesel en secours en cas de gros problème. Exercice pratique intéressant s’il est fait honnêtement.
      Ceci étant, notre philosophie n’est pas de faire des centrales de 30 Mwe pour d’autres raisons (la trop grande quantité de biomasse nécessaire et les couts et les quantités de CO2 émis par la préparation et le transport sur site du combustible. Notre solution eut été plutôt 10 centrales de 3 MWe.
      Autre caractéristiques à connaître ; superficie de sol totale mobilisée par la centrale solaire ?.

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        Je n’en sais pas plus que ce qu’en dit l’article lui-même. En revanche, les petites unités comme celles dont vous parlez seront indispensables car une connexion/déconnexion au réseau dans le cadre du suivi de charge, ce qui ne le déstabilisera pas comme le ferait le quanta mini d’une centrale nucléaire de 900 MW. La puissance des grosses unités de production est un de leurs inconvénients, et pas seulement pour le suivi de charge car elles ne servent de toutes les façons pas à cela, que les centrales nucléaires partagent avec les futurs gigantesques parcs offshore. Elles nécessitent des lignes THT sur de longues distances supportées par d’affreux pylônes, aujourd’hui au nombre de 200 000, qu’il ne sera pas possibles d’enterrer, ce qui pourra être fait avec les petites unités que l’on peut aussi rapprocher des mégalopoles consommatrices. Une centrale de 3 MW correspond à la puissance d’une éolienne terrestre assez classique aujourd’hui et qui remplacera rapidement celles d’ancienne génération de 2 MW aujourd’hui majoritaires.

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    Merci Serge,
    On trouve parfois des infos assez contradictoires sur la capacité des centrales nucléaire à fonctionner à faible charge. Elles seraient même selon certains obligés de baisser leur production pour éviter des surtensions dans le cas ou les REN intermittents (et sans possibilité de stockage) tournent plein pot. Le nucléaire selon les mêmes seraient obligés de “s’effacer” pour que les REN puissent évacuer leur puissance de façon prioritaire. Si c’est vrai, ce qui m’étonne un peu, ce serait un incroyable privilège propre à terme à mettre le nucléaire, et derrière EDF, à terre. Quelle est la vérité ?
    Quant à vos commentaires sur mon systeme par gazéïfication, ils sont intéressants, nous n’avions même pas pensé à cet intérêt des installations à taille humaine et s’agissant des territoires d’Outre-mer, c’est particulièrement intéressant.

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      Oui, on trouve beaucoup de choses sur les forums Internet, notamment beaucoup de sottises que le simple bon sens suffit souvent à éliminer. Sur la capacité des centrales nucléaires à fonctionner à faible charge par exemple, on en a déjà parlé. Les plus anciennes n’en sont pas capables, tout simplement par construction car à l’époque on ne savait pas qu’un jour cela deviendrai nécessaire. Lorsqu’elles ont été construites la part des autres sources représentait plus de 50 %. La variation de charge imposée par les consommateurs ne fait pas varier le besoin de production du simple au double, donc les petites unités pétrole-charbon-gaz (PCG) sont de toutes les façons plus réactives que ne l’aurait été un réacteur de 900 MW sur une seule turbine. Ce n’était pas nécessaire. Les centrales les plus récentes (1200-1350 MW) sont équipées de groupes alternateurs dont on peut faire varier la capacité du médiateur de transfert chargé de transformer l’énergie mécanique de la turbine en énergie électrique à la sortie de l’alternateur. Mais ce dispositif est aujourd’hui très peu sollicité car il reste aujourd’hui assez de sources secondaires pour répondre au besoin. De plus il faut tout de même comprendre qu’un réacteur dimensionné pour fournir 1350 MW n’en fournira jamais 1600. Son régime nominal de 1350 MW correspond à 100% de la capacité du médiateur de transfert. Pour pouvoir être un outil de régulation +- il faudrait le faire fonctionner en régime « dégradé », par exemple en réglant le médiateur de transfert de puissance à 50% de sa capacité, ce sont les réacteurs les plus récents dispatchables. Il en résulterait qu’en fonctionnement « normal » ce réacteur apporterait 1350/2 MW au réseau, ce qui lui permettrait de faire face à des appels de puissance ou à des demande de baisse de puissance allant jusqu’à +-675MW. Mais on ne le fait pas puisque on demande aux autres sources conventionnelles de le faire aujourd’hui, leur capacité de production étant généralement encore aujourd’hui supérieure à la variation de puissance nécessaire à l’équilibre du réseau, et cela va nous conduire à expliquer pourquoi il semble qu’il y ait des priorités en cas de surproduction. Mais avant je tiens à vous faire remarquer que le bruit selon lequel le nucléaire s’efface devant l’éolien est une fake news en France. La production éolienne est encore aujourd’hui si négligeable que là encore ce serait aux systèmes conventionnels PCG qu’il serait demandé de se modérer si cela devait arriver. En revanche, cette question se pose fréquemment en Allemagne où les éoliennes n’ont rien de négligeables.
      Ce qu’il en est de ces histoires de priorité. Il existe depuis toujours une règle d’équilibre du réseau, donc bien avant l’avènement de l’éolien et du solaire. En cas de surabondance de production par rapport à la consommation la question s’est posée de savoir qui était prioritaire pour mettre son électricité sur le réseau. La bonne logique a décidé que c’était celui qui produisait le plus près de son coût marginal qui devait écouler le premier son énergie. Le coût de fonctionnement est composé du coût d’amortissement des installations, le coût marginal,et du coût de ce qui est nécessaire pour le faire fonctionner (MO et surtout carburant). Avant l’éolien et le solaire, le nucléaire était considéré comme étant pratiquement à son coût marginal comparé aux PCG qui utilisent des combustibles couteux. Cela justifiait d’ailleurs parfaitement que les réacteurs n’avaient pas besoin de pouvoir réguler. En arrêtant un ou plusieurs des PCG en cas de surproduction on économise ce carburant.
      Pour ce qui est du carburant il y a deux cas particuliers, celui de l’hydraulique qui peut ne rien valoir si les niveaux sont au plus haut, ou être très cher s’ils sont au plus bas, ce qui faisait varier leur niveau de priorité.
      L’autre cas particulier est celui des barreaux, ou crayons, d’uranium 235/238 des réacteurs nucléaires. Quel que soit le régime auquel on fait fonctionner un réacteur, on n’économise pas vraiment le carburant. La réaction en chaine d’un crayon une fois amorcée ne s’arrête pas. Dans un réacteur à l’arrêt soit les crayons sont retirés et sont mis en piscines dans lesquelles ils évacuent la chaleur produite, soit ils sont laissés dans la cuve dans laquelle des crayons neutrophages (essentiellement du bore) absorbent les neutrons au lieu de les laisser aller fracasser un autre atome d’uranium, mais ils “s’usent” de la même façon. Bref, dans un cas comme dans l’autre il n’y a pas d’économie sur le carburant. C’est pourquoi les réacteurs nucléaires sont considérés fonctionner au coût marginal ou presque (il reste qu’il y a pas mal de MO), même si ce n’est qu’un artifice de raisonnement. Il était donc normal que le nucléaire soit prioritaire devant les PCG+Hydro.
      La nouveauté c’est l’éolien et le solaire, qui eux fonctionnent bien au coût marginal et en application de la règle définie bien avant leur apparition ils se trouvent donc être les prioritaires absolus.
      Certains font courir le bruit que c’est pour des raisons destinées à tuer le nucléaire, ou autres théories du complot comme pour ne pas avouer que l’on ne sait pas stocker l’énergie excédentaire des éoliennes et qu’il faut l’écouler à tous prix, mais il ne s’agit que d’une logique économique basée en premier lieu sur le coût des combustibles et pour ces ENR ils sont gratuits.
      Pour répondre à une autre de vos questions, un excédent de production par rapport à la consommation sur le réseau ne produirait aucune surtension, laquelle ne peut pas dépasser celle des sources émettrices, mais un déphasage dans la fréquence. C’est un peu difficile à expliquer sans faire un véritable cours d’électricité sur les machines synchrones, aussi je m’abstiendrai car je n’ai pas envie d’écrire un bouquin d’électricité qui existe déjà dans une centaine d’éditions différentes au moins. Il reste que ce n’est pas meilleur pour les multitudes d’objets connectés au réseau qui se mettraient à tousser avec des moteurs de tambours de machines à laver qui se mettraient à tourner comme des patates sur une brochette. Même chose si la charge sur le réseau est plus importante que la fourniture, dans un cas c’est une avance de phase et dans l’autre un retard de phase, avec à la limite un écroulement total de la phase.
      Bonne journée.
      Serge

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        Réponse parfaitement claire, argumentée et…rassurante. J’ai un ami qui bossait au centre de recherches EDF de Chatou.Je vais lui demander ce qu’il sait sur cette situation. Il est honnête, pas spécialement pro-nucléaire (en fait il est comme je le suis moi-même ni violemment pour ni violemment contre, il se trouve tout de même que en terme de limitation des rejets de CO2, difficile de battre le nucléaire), et en retraite, donc libre.

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        • Avatar

          Je ne sais pas si le calcul du rejet CO2 prend en compte l’extraction de l’uranium, d’autant que cela dépend grandement des sites d’extraction. L’uranium est un atome lourd donc rare : c’est une constante en astrophysique, plus un atome est léger plus il est abondant est accessible vers la surface de la croute terrestre, plus il est lourd moins il est abondant et enfoui dans les profondeurs de la lithosphère. Par ailleurs, il y a lieu de s’inquiété de sa faible abondance car je lis que les gens s’inquiètent et colportent leurs inquiétudes relativement au lithium dont le besoin industriel croit en raison de la multiplication des véhicules électriques à batteries alors que le lithium est un corps assez léger facilement accessible et relativement abondant; en fait 7 fois et demi plus que l’uranium tous isotopes confondus. De quoi se poser des questions si tous les pays de la planète se jetaient sur le nucléaire puisque si c’est la solution pour le réchauffement climatique qui n’est pas un problème français, ce serait aussi la solution pour les autres. J’imagine alors que les empoignades que l’on a eu pour la possession des réserves de pétrole passerait pour des batailles de coures d’écoles à côté de ce qui nous attendrait pour la conquête des terrains uranifères. Enfin, il n’y a pas que l’extraction mais la transformation du minerai qui se passe à 80% au moins sur les sites mêmes d’extraction. Savez-vous (renseignez vous auprès de votre copain de Chatou) que pour faire 500 grammes de Yellow cake il faut au départ 1 à 2 tonnes de minerai selon la nature du terrain et donc sa richesse en U235 qui est assez variable. Seul le Yellow cake sera expédié en France sinon les coûts de transport deviennent faramineux. La première opération consiste à pulvériser la roche pour la réduire en une fine poudre, tout cela avec des concasseurs qui sur place fonctionnent à l’énergie fossile, bien entendu. La suite se fait avec des acides qui vont finir le travail de séparation de la gangue sans intérêt des molécules intégrants les différents isotopes d’uranium dont la soupe est une apte appelée gâteau jaune en raison de sa couleur. Je ne sais pas comment on comptabilise cette pollution de traitement local incluant aussi bien la pollution des sols aux acides que le CO2 vaporisé par ces concasseurs et comment cela est comptabilisé dans le CO2 français ? Bref, le Yellow Cake une fois en France il arrive chez moi à Narbonne dans l’usine d’Orano à Malvezie. Et là c’est les centrifugeuses qui prennent la relève. Le jeu consiste à séparer les différents isotopes car seul l’U235 est fissible, certains autres comme le U238 sont fertiles, c’est à dire avec un certain traitement peuvent devenir fissibles mais c’est une autre histoire. Pour l’heure avec nos centrales il s’agit de créer des “crayons” dont le mélange entre différents isotopes U235 et d’autres, notamment le U238 fera un mélange à une juste proportion qui ne permettra pas de faire une bombe car trop appauvri en U235, mais juste ce qu’il faut pour qu’une réaction en chaine puisse se produire et qu’il soit facile de maintenir le coefficient multiplicateur appelé K à un niveau assez voisin de 1. Cela veut dire qu’en explosant un atome de U235 on ne permet qu’à un seul des neutrons issus de la fission d’aller en exploser un autre. Si le mélange est savamment dosé, les pilotes de tranche de réacteur n’aura rien, ou que très peu à faire pour que tout s’enchaine comme sur des roulettes. C’est un boulot de surveillance. Si trop de neutrons participent au massacre la température monte et si le pilote ne fait rien on risque l’emballement ou l’étouffement dans le cas inverse, la marge de manœuvre étant une fourchette autour de K=1. Si K>1 le pilote avance des crayons neutrophages qui absorbent les surnuméraires les empêchant d’atteindre les atomes cibles. Si K<1 il les reculent pour faciliter la réaction en chaine qui s'appauvrit. Bon le reste est bien connu de tous, la bouilloire dont l'eau est pressurisée permet de dépasser allégrement les 100° avant qu'elle ne se mette à bouillir, et produire une vapeur plus énergétique pour faire tourner la turbine à la vitesse de 3000 tours/minute qui entraine le rotor d'un alternateur qui par le médiateur magnétique transmet la puissance de la turbine au stator qui la transforme en courant alternatif sur le réseau ….. mais ici on ne produit plus de CO2 depuis qu'on a rentré les crayons dans la cuve.
          Bonne nuit

          Répondre
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    @Rochain
    Tant de prose pour des projets (PPV) que nul chiffre dûment authentifié sur les économies d’émissions de CO2 au niveau global et mondial n’est avancé !
    Quant aux coûts d’une transition énergétique au niveau mondial, il serait aisé de les prouver approximativement.
    Vous commencez par plus de 120 milliards en France (pour un résultat nul en matière d’émissions de CO2 liés à ces investissements) https://www.lemonde.fr/blog/huet/2018/04/19/la-cour-des-comptes-alerte-sur-le-cout-des-enr/
    Et vous rajoutez plus de 500 milliards pour l’Allemagne et ainsi de suite.

    Il faudrait réfléchir et se renseigner avant de déblatérer sur un sujet tel que celui-ci.

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    D’ailleurs, tous les calculs que vous présentez sur cette centrale PPV et la comparaison avec un EPR sont faux, et vous reprenez l’info sur le stockage de 10 MW sans réfléchir sur ce que cela signifie. Ce qui démontre encore une fois que vous ne connaissez pas le sujet ! Ni sur la manière de réguler un réseau électrique, ni sur le calcul d’un coût économique d’un KWh électrique. Et la Nouvelle-Calédonie n’a rien a voir avec la métropole en matière d’ensoleillement. Ces jours-ci, presque aucune production avec un parc PPV (en métropole). Facile à vérifier sur le site de RTE. Sans forte production nucléaire (et hydraulique et à gaz), vous ne pouvez fournir le pays en électricité.

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    • Avatar

      je suis parfaitement d’accord avec vous Dan. ce qui est navrant c’est que solaire et éoliennes sont pratiquement les seules modes de renouvelables non pilotables et qui sont donc problématiques en terme de gestion de réseau sauf à les adosser à des équipements très dispendieux. Je suis très sceptique en particulier sur le power to gas si compliqué qu’on se demande quelle part d’électricité ressort par rapport à celle qui entre (60% toutes voiles dehors ?). Ce que je fais moi-même avec la biomasse et les déchets secs et solides est bien plus intéressant mais attention à l’usage déraisonnable de la biomasse, je suis le premier à le dénoncer. et c’est pour ça que je dis cogénération biomasse avec un rdt minimum obligatoire assez haut. Cette obligation aurait un effet régulateur car les gros besoins de chaleur ne sont pas si fréquents. donc par le biais du rdt imposé, on tirera les tailles d’installation vers le bas contrairement aux énormes chaufferies biomasse dont le dimensionnement est parfois surprenant et conduit à une surexploitation des forêts et des transports sur des distances de plus en plus grandes ce qui est une contradiction tres forte.

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