COP23 : une conférence sous le feu des inquiétudes

Alors que la COP23 débute cette semaine en Allemagne, les inquiétudes s’expriment déjà sur la possibilité effective d’atteindre les objectifs fixés par l’accord de Paris sur le climat de fin 2015 et sur les positions négatives de la nouvelle administration Trump. Cette COP23 qui est organisée par les îles Fidji, se tient à Bonn pour des raisons logistiques. Le Président de cette 23ème conférence, Frank Bainimarama, premier ministre des Fidji, met l’accent sur les territoires les plus fragiles que sont les îles du Pacifique, la Polynésie française, les îles Fidji, Marshall, Tuvalu, Kiribati dont l’existence même est menacée par la montée des eaux liée au réchauffement climatique.

Les objectifs fixés à Paris étaient – ils trop ambitieux ?

La COP21 avait fixé comme objectifs, dans son article 2, de contenir le réchauffement climatique en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels et si possible de viser à poursuivre les efforts pour limiter la hausse des températures à 1,5 °C en 2100. La COP22 de Marrakech de fin 2017 avait commencé à mettre en oeuvre la décision de Paris.

La huitième édition du rapport annuel de l’ONU, publié en amont de la COP23, est alarmiste en estimant que les engagements pris par les pays signataires ne représentent qu’un tiers des réductions d’émissions nécessaires pour l’horizon 2030. L’ONU ajoute que les gouvernements et les acteurs non-étatiques, c’est-à-dire principalement les collectivités territoriales et les entreprises, doivent prendre des mesures urgentes pour atteindre les objectifs de la COP21.

Parallèlement, des manifestations ont lieu dans les rues de Bonn pour réclamer des actions plus fortes contre le réchauffement mondial, pour mettre fin au charbon, réduire les consommations d’hydrocarbures et accélérer la transition énergétique. Elles interpellent sur l’efficacité de ces grand-messes.

On peut penser que cette dramatisation d’ouverture va contribuer à mettre la pression sur les négociateurs pour définir des lignes directrices crédibles et concrètes et des trajectoires actualisées afin de tenir au mieux les engagements. Ils sont effectivement très ambitieux mais on ne peut pas les changer si rapidement, deux ans après leur proclamation.

Les Etats-Unis sont-ils susceptibles de casser l’accord de Paris ?

L’enjeu de cette COP 23 est donc de faire avancer les négociations sur l’accord de Paris en révisant à la hausse les contributions nationales des pays signataires et en gérant la position de la nouvelle administration américaine. Le Président Trump a, en effet, été élu le 8 novembre 2016, quelques jours après l’entrée en vigueur de l’accord et au tout début de la précédente COP22 de Marrakech.

Cela a contribué à calmer les enthousiasmes des organisateurs marocains et des participants de la précédente session de la conférence des parties. L’administration Trump a rapidement confirmé au cours de cette année 2017 ne pas vouloir respecter l’accord de Paris qui était soutenu par Barack Obama.

Techniquement, l’article 28 du document signé indique qu’un pays doit respecter un délai de trois ans à compter de la date d’entrée en vigueur de l’accord pour le dénoncer par écrit. Ensuite, cette dénonciation prend effet à l’expiration d’un délai d’un an à compter de la date à laquelle la notification est reçue. Soit un cycle de 4 ans, le temps d’une mandature présidentielle américaine.

Cela signifie que les Etats Unis ne pourront pas envoyer la notification écrite avant 2019. Si les Etats Unis confirmaient leur décision par écrit, la dénonciation prendrait effet à la fin du mandat de Donald Trump qui n’est pas sûr d’être réélu en 2020.

De toute façon, 176 pays ont ratifié l’accord de Paris sur 197 « parties », dépassant largement le seuil des 55 pays nécessaires. Le retrait d’un pays est donc contractuellement possible et ne remet pas en cause l’accord, même s’il s’agit d’un des plus importants pollueurs de la planète.

Comment mesurer le succès de cette COP23 ?

Les négociateurs de Bonn sont donc entrés dans une phase d’intenses négociations pour éviter que la position américaine ne se concrétise et fasse tache d’huile sur d’autres pays tels la Russie. Un succès serait de faire revenir les Etats-Unis sur leur décision, ce qui semble assez improbable à Bonn. Les élections américaines de mi-mandat en 2018 seront, par contre, un bon baromètre pour mesurer la popularité du Président Trump et sa capacité à poursuivre sa politique.

Le succès de cette conférence pourra plutôt se juger sur l’élaboration des lignes directrices sur la transparence, l’adaptation, la réduction d’émissions, la construction de nouvelles capacités et bien évidemment le financement avec la mise en place du fonds vert pour le climat. Le sujet du financement est le plus épineux puisque les contributions nationales des pays en voie de développement sont le plus souvent conditionnées à l’obtention de financements.

Le retrait des Etats-Unis est une mauvaise nouvelle à cet égard. Ils avaient promis d’abonder le fonds vert à hauteur de 3 milliards de dollars mais ils pourraient ne pas dépasser l’engagement de 1 milliard de dollars de Barack Obama. Cependant des personnalités telles Al Gore, Arnold Schwarzenegger, John Kerry, Michael Bloomberg, ancien maire de New York, ainsi que des villes et des états américains s’opposent déjà à l’administration Trump. Ils pourraient lever des fonds complémentaires et profiter de la conférence de Bonn pour se faire entendre.

Pour conclure, cette COP23, qui va se terminer le 17 novembre 2017, doit présenter des avancées significatives pour que le processus reste crédible. Les conférences sur le climat se succèdent chaque année sans se ressembler. L’importance du dispositif qui mobilise 197 délégations et son coût posent question par rapport à l’efficacité des négociations.

Pourtant, les solutions alternatives sont difficiles à mettre en place. Les lignes directrices ébauchées à Bonn seront finalisées lors de la COP24 qui aura lieu en Pologne en 2018.

 

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