« Un climat de défiance qui se ressent dans le prix de l’énergie »

« Un climat de défiance qui se ressent dans le prix de l’énergie »

Dans un entretien au Monde de l’Énergie, Yann Dolbeau, ingénieur-conseil pour la société Enoptea, revient sur les évolutions récentes des prix de l’énergie en France et dans l’Union européenne.

Le Monde de l’Énergie —Les prix de l’énergie ont baissé ces derniers mois, mais restent globalement largement supérieurs à ceux de 2021 ou de 2019, en particulier pour le gaz et l’électricité. Quelles sont les prévisions en la matière pour les mois à venir ?

Yann DolbeauPersonne n’a la fameuse « boule de cristal », mais il est raisonnable de penser que les prix vont être plutôt haussiers, voire fortement haussiers d’ici la fin de l’année, au moins par pics, du fait d’une forte volatilité sous-jacente. Une baisse temporaire à court terme pourrait être envisagée pour diminuer les primes de risques incluses dans les prix à terme à cause du planning d’EDF de maintenance des centrales, et parce que la reprise économique en Chine n’a pas lieu comme nous aurions pu l’imaginer. De plus, les flux de GNL arrivant par bateau ont repris et sont abondants avec les trois terminaux méthaniers que nous avons en France.

Le Monde de l’Énergie —Pourquoi l’hiver 2023-2024 devrait être particulièrement complexe pour l’Union européenne, et notamment pour la France ?

Yann DolbeauL’absence de réglementations futures pour la réforme du marché de l’électricité ou de décisions quant au prix définitif de l’ARENH (42€ ou 49,5€ ?) ou du niveau du plafond (100 TWh à 120 TWh), couplées à l’incertitude sur les capacités nucléaires réelles pour la France créent un climat de défiance qui se ressent dans le prix. Nous avons également besoin de gaz pour produire de l’électricité et la rapidité de remplissage et le niveau de stockage sont des éléments clés d’impact sur les prix. De plus, les efforts importants de sobriété réalisés cet hiver sont certes reproductibles mais ne seront pas doublés.

Le Monde de l’Énergie —Quels sont les facteurs structurels et les principaux facteurs conjoncturels qui expliquent ces hausses ?

Yann DolbeauEn France, les hausses sont principalement liées au parc nucléaire qui n’est pas à son niveau nominal et qui reste fortement soumis à des arrêts fortuits, ou à des réparations (corrosions sous contrainte). La validation, ce 25 avril 2023 par l’ASN, du plan de réparation d’EDF permet une baisse des prix de gros, mais il reste des incertitudes sur les stocks de gaz qui pourraient ne pas se remplir suffisamment, les peurs liées à l’eau qui sont présentes (refroidissements centrales et production hydraulique). Tout cela créé des primes de risques qui sont incluses dans les prix.

Le Monde de l’Énergie —Quels leviers pourraient permettre de limiter la hausse des prix au niveau européen et français ?

Yann DolbeauLes principaux leviers sont la visibilité sur les moyens de production (remplissage du gaz et donc contrats d’approvisionnement des pays européens), réassurance de l’ASN et d’EDF sur le niveau de production des centrales, visibilité pour l’ARENH… et au-delà du comportement très variable des marchés de gros, le meilleur moyen pour le consommateur d’avoir de la visibilité et des prix maitrisés est d’anticiper ses achats avec une vraie stratégie à appliquer, que ce soit au niveau vision de ce type d’achat que sur l’opérationnel.

 

Yann Dolbeau

Yann Dolbeau est ingénieur diplômé à l’ECE Paris et dispose de plus de 15 ans d’expérience dans le conseil en ingénierie et en gestion des coûts énergétiques des entreprises. En 2014, il rejoint le Pôle Energie d’EPSA avec la société de conseil Enoptea, dont l’activité est d’accompagner les entreprises dans la maitrise de leurs coûts, consommations et données en énergie. Yann Dolbeau prend en charge la conception et l’ingénierie des outils qui ont permis l’automatisation du processus métier : de la collecte des données, à l’optimisation des contrats, en passant par la préparation de rapport RSE et l’achat d’énergie en quelques clics et ce, quel que soit le fournisseur. En parallèle, il est un membre fondateur du Syndicat de Courtiers en énergie et depuis 2 ans, il est également est un investisseur collaboratif de Time for the Planet.