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CIGEO, un héritage pour les “générations futures”

Les manifestations à Bure dans la Meuse pendant la semaine du 15 aout 2017 ont remis sous le feu de l’actualité le projet d’enfouissement des déchets nucléaires, CIGEO. Occupations, confrontations, répressions ont rythmées de manière tragique pour certains les journées d’été du côté du Bois Lejuc. Et pourtant, aux abords du site, on voit plus d’éoliennes et de lignes électriques que quoi que ce soit d’autres. C’est que tout l’enjeu des « discussions » se trouve à 500 mètres sous terre.

Et cet enjeu est considérable, il s’agit de stocker ici, à Bure dans la Meuse, à 500 mètres sous terre, tous les déchets les plus radioactifs produits par le parc nucléaire français.

Quelques milliers de m3 de déchets radioactifs dans 200km de galeries

Les déchets radioactifs de haute activité et moyenne activité à vie longue (HA-VL et MA-VL, soit 47 000m3 déjà produits, dont 3000 pour les plus radioactifs et 5000 d’ici 2050) sont aujourd’hui entreposés temporairement en France à la Hague, Bugey, Marcoule ou encore Cadarache. Bien que de faibles volumes, ces déchets nécessitent en surface une surveillance continue, que ce soit pour des questions environnementales, sanitaires ou de sécurité (terrorisme, trafic…). Surveillance évidemment impossible à garantir sur des siècles… et plusieurs millénaires, d’où le besoin de trouver un site de stockage durable, c’est-à-dire stable pour des échelles de temps de centaines de milliers d’années.

Généralement pour gérer les impacts de la pollution, on la dilue limitant ainsi ses impacts sur le milieu ou sur l’homme. Ici, la caractéristique des déchets, leur dangerosité et toxicité ont conduit à retenir au contraire un principe opposé : concentrer les déchets pour mieux les gérer.

Un intéressant film docu-fiction Into Eternity explorait ces enjeux, questions et dilemmes il y a quelques années par rapport au site de stockage choisi par les finlandais : Onkalo, site lui situé à proximité d’une centrale existante (et de l’EPR Finlandais), contrairement à Bure.

On se trouve à 500 mètres sous terre, mais rien à voir avec les anciennes mines de charbon, leurs étais en bois et atmosphère poussiéreuse et humide. Ici, c’est plutôt au tunnel sous la manche ou à l’infrastructure de métro auquel le site fait penser. Et si les quelques galeries actuelles du laboratoire ne contiennent aucun déchet, à terme ce sera 200 km qui seront creusées « à côté ». Une paille à côté des centaines de milliers de kilomètres de galeries réalisées pour l’exploitation du charbon en France… mais une somme s’il faut intervenir en urgence sur un incendie souterrain par exemple.

Entre rusticité et high-tech

Pourtant, l’ambiance est ambivalente dans ce lieu. Entre high-tech de notre temps et rusticité de la roche.

C’est à la fois un lieu de haute technologie, avec tous les moyens d’instrumentation, de communication et de suivi d’aujourd’hui. Un lieu avec une vocation industrielle forte, qui va concentrer l’ensemble des déchets issus de quelques 20 000TWh produits par les centrales françaises.

Et en même temps, l’enjeu est de penser et puis de construire ces lieux et leurs fonctionnements hors conditions « normales ». Si la possibilité de l’effondrement de nos sociétés industrielles n’est pas certaine, il faut tout de même envisager des scénarios tels que ceux décrits par Yves Cochet dans Libération en août 2017. Il est donc nécessaire de répondre aux gestions d’incidents, d’accidents, et concevoir l’autonomie du site.  Il s’agit ici de trouver des conditionnements stables, simples et passifs. L’enjeu n’est pas de faire du high-tech « seulement », il faut surtout du robuste, de l’autonome en cas de défaillance de surveillance ou d’un quelconque incident.

Pour des centaines de milliers d’années

Ainsi, ce que fait l’ANDRA, à la demande de la représentation nationale à travers la loi de 2006, dépasse tout ce que l’humanité a pu construire par le passé en termes de durée de vie. Il faut évidemment concevoir ce projet en se posant la question des sociétés humaines (françaises ?, européennes ?, mondiales ?) de 2 500 ans, et de 20 500 aussi. Et au-delà évidemment, même si la radioactivité aura très significativement décrue.

Pourtant il faut tenter de répondre à des questions aussi insondables que : Faut-il laisser des informations, des traces sur ce site et ce que l’on y a fait ? Ou stocker ces informations ? Jusque quand ? Sous quelles formes, en quelles langues ? Sur quels supports physiques, numériques ?

Ne faut-il pas au contraire essayer de faire que les générations futures oublient ce lieu ? Peut-on alors programmer la volonté d’oublier, organiser l’oubli ?

Ce sont toutes ces questions incommodes, avec aucune réponse parfaite et absolument consensuelles, que l’ANDRA tente de résoudre aujourd’hui avec de nombreuses parties prenantes.

Nous rentrons là sur le terrain des temps géologiques, où l’unité est celle du million d’années.

Alors que les premières écritures de l’humanité datent de quelques -3500 ans avant JC, et que certaines restent encore indéchiffrées aujourd’hui, nous nous lançons donc (ou plus exactement, nous nous sommes lancés lorsque nous avons lancé les premières installations nucléaires au milieu du siècle dernier) dans un projet qui doit nous amener à considérer des échelles de temps qui dépassent l’entendement.

Quelle science-fiction aurait abordé des horizons si éloignés ? Quelles leçons issues de nos explorations au-delà du système terrestre nous sont d’un quelconque recours ici ? Que l’on se tourne vers le passé, vers le futur, nous nous trouvons bien esseulés dans notre présent pour tirer quelques enseignements de ces travaux et réflexions et penser la manière de transmettre convenablement cet héritage.

 

Crédit photo : Olivier Durin

Article du blog d’Eric Vidalenc initialement publié sur le siteAlternatives économiques.

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