En 2020, la Bretagne est toujours fortement déficitaire en énergie, est-ce grave docteur ?

Le « déficit énergétique breton » régulièrement pointé par les observateurs du secteur ne devrait pas être un sujet de préoccupations dans un pays où, notamment, le système électrique est principalement géré techniquement et économiquement à l’échelle nationale.

Pourtant, à l’heure de la transition énergétique, l’avenir se prépare dans toutes les régions françaises dans un climat de compétition territoriale pour l’attractivité industrielle.

Dans un tel contexte, le volume de ressources énergétiques décarbonées disponible sur place est un argument de poids. En dépit d’un handicap originel relatif, la région Bretagne dispose des atouts naturels et humains pour prendre pleinement sa place dans la course à la préparation du futur énergétique de la planète.

La région Bretagne ne couvre que 10% de ses besoins en énergie

L’Observatoire de l’Environnement en Bretagne (OEB) publie chaque année les « chiffres clés de l’énergie en Bretagne ». L’édition 2020 de cet excellent rapport, dont la précision s’affine chaque année, confirme ce qui est devenu au fil des ans un véritable « marronnier » pour journalistes en mal d’inspiration : la région Bretagne figure parmi les régions françaises les plus dépendantes des apports extérieurs pour ce qui concerne ses consommations énergétiques.

Ainsi peut-on y lire que la région ne produit sur son sol que 10% de ses besoins en énergie totaux, au sein desquels elle assure 18,7 % de ses besoins en énergie électrique, ces derniers se montant à 21,3 Twh (*) en 2020.

Les premiers postes de production électrique « bretonne » étant l’éolien terrestre (1,9 Twh sur 112 parcs) et l’usine marémotrice de La Rance (0,9 Twh).

Bien que cette part de couverture des besoins de la région par des productions autochtones progresse chaque année, elle reste durablement portion congrue, ce qui ne manque pas d’alimenter périodiquement les commentaires d’observateurs plus ou moins au fait des réalités du secteur énergétique.

L’équilibrage technique et économique des flux électriques géré à l’échelle nationale garantit aux habitants et aux activités de toutes les régions françaises un accès uniforme à l’énergie électrique

En effet, l’essence même de l’économie domestique du pays ne repose-t-elle pas sur la complémentarité des ressources des différentes régions qui le composent ? La région Bretagne, largement pourvoyeuse en produits agroalimentaires issus de la terre et de la mer par exemple, ne peut-elle par ailleurs se reposer sur les apports des autres régions pour ses besoins énergétiques ?

Le haut niveau de performance technique et économique des grands réseaux de RTE et Enedis l’y a autorisée jusqu’à ce jour sans problème majeur, même si sa géographie péninsulaire et son climat venteux exigent vigilance, innovation et technicité de la part des gestionnaires de réseaux. De plus, la règle française de la péréquation des tarifs d’électricité permet à l’économie de la région de n’être aucunement pénalisée par son « déficit énergétique » persistant et chacun s’en félicite.

Les régions richement dotées en ressources énergétiques sont à l’offensive dans la course à l’attractivité des industries d’avenir

Pourtant force est de constater que discrètement mais très efficacement les grandes régions énergétiques françaises tirent avantage de leurs atouts, notamment dans la course à l’attractivité des implantations industrielles électro-intensives.

Ainsi par exemple les régions richement dotées en énergie hydroélectrique ou nucléaire que sont les régions Occitanie, Auvergne Rhône-Alpes, Hauts de France ou Normandie se montrent-elles particulièrement offensives pour accueillir des sites de production d’hydrogène décarboné, des data centers ou pour développer la mobilité électrique à grande échelle.

A l’aube de la révolution du secteur que constitue la transition énergétique, la région Bretagne qui partait quasiment d’une « feuille blanche » au début des années 2000, est donc aujourd’hui à la croisée des chemins.

Les promesses de l’éolien off-shore, ou des énergies marines en général, suffiront-elles à augmenter significativement l’autonomie de la région ?

Là encore, la réalité des chiffres s’impose : la mise en service du parc de la baie Saint Brieuc, prévue pour 2023, injectera selon le rapport de l’OEB 1,85 Twh chaque année, ce qui augmentera de plus de 8 points le taux de couverture des besoins régionaux mais ce dernier n’en restera pas moins durablement inférieur à 50%, pour un effort économique important (2,5 mds euros) et une difficile concertation avec les acteurs locaux.

Parmi les différents enjeux et urgences qui conditionnent le destin de la région, et qui seront largement débattus à l’occasion des prochaines élections régionales, la question du « déficit énergétique » ne figurera probablement pas parmi les questions vitales compte tenu de la qualité des infrastructures nationales et des mécanismes de solidarité territoriale façonnés par l’histoire séculaire du secteur électrique français.

Elle n’en reste pas moins une question stratégique pour la préparation de l’avenir industriel et technologique de la région.

Le déficit énergétique breton constitue un enjeu stratégique pour le futur de la région, qui veut prendre toute sa part dans les réponses au défi climatique planétaire

A cet égard et en préalable à toute réflexion prospective sur la situation énergétique de la région il convient d’affirmer deux constats :

Pour qui raisonne en ingénieur et en géographe la réalité impose de prendre en compte l’existence du complexe énergétique de Nantes-St Nazaire dans l’analyse de la situation énergétique bretonne.

Comprenant une raffinerie, des terminaux de combustibles (méthanier, charbonnier, bois), une centrale électrique au charbon (pouvant être convertie en biomasse), un poste de transformation électrique à 400 kV et une usine de production de nacelles et de génératrices d’éoliennes off-shore, ce site majeur sur l’estuaire de la Loire est à la source, de fait, de la quasi-totalité des approvisionnements énergétiques de la région Bretagne. Son devenir et les choix qui y seront effectués doivent faire partie intégrante de la réflexion prospective bretonne, de ce point de vue les frontières administratives régionales ne sont pas pertinentes.

Autre constat structurant : l’impressionnante montée en compétence des acteurs régionaux sur les questions énergétiques. Pour qui observe depuis une vingtaine d’années les débats, initiatives, communications sur la question énergétique régionale, il apparait un changement radical de décor : élus locaux, universitaires, entrepreneurs, étudiants, associations etc… se sont tous emparés des enjeux énergie-climat pour y prendre une part active et y investir massivement, temps, argent et matière grise.

Ces acteurs locaux sont aujourd’hui bien placés pour prendre toute leur place au coeur de la préparation du futur énergétique de la région.

Parmi les innombrables marqueurs de cette évolution historique on peut citer l’émergence du projet SMILE (un des deux projets en France labellisés « investissements d’avenir » et consacrés aux Smart Grids) ou la réussite de la société quimpéroise Sabella, leader dans les énergies marines, dont on apprend qu’elle vient de signer un accord stratégique avec General Electric.

(*) : TWh = milliards de kWh.

Rapport OEB « chiffres clés de l’énergie en Bretagne » disponible sous ce lien

commentaires

COMMENTAIRES

  • Avatar

    Quand j’étais adolescent dans les années 70, “Spirou” publiait une histoire à suivre en bandes dessinées de Spirou et Fantasio qui se passait en Bretagne, exaltait le folklore breton, et s’horrifiait à la vision maléfique d’une centrale nucléaire qu’on avait osé installer dans ce pays béni des lutins et des conteurs.
    Comme quoi la Bretagne est à l’occasion aidée par des non-Bretons à rester dans ses problèmes.

    Répondre
    • Avatar

      Ah, je présente mes excuses : l’auteur de cette bande dessinée est breton ! C’est uniquement “Spirou”, qui ne l’est pas.

      Répondre
    • Ivan Saillard

      bonjour, à ma connaissance l’ancienne centrale des Monts d’Arrée est en cours de démantèlement par EDF, une opération qui n’en finit pas d’ailleurs… je ne pense pas que le site figure parmi les candidats pour un nouvel EPR, entre autres problèmes il n’y a pas assez de capacités de refroidissement par eau à mon avis…

      Répondre
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