Le bois énergie reste un pilier de la chaleur renouvelable dans la PPE

Le bois énergie reste un pilier de la chaleur renouvelable dans la PPE

Le Monde de l’Énergie ouvre ses colonnes à Florin Malafosse, responsable Forêt et filière Bois à Solagro, auteur du rapport Afterres2050 Forêt & Bois – un rôle déterminant dans la transition écologique, pour évoquer avec lui la place de la filière forêt-bois dans la stratégie climatique de la France.

Le Monde de l’Énergie —Vous avez récemment rédigé un rapport sur la place de la filière forêt-bois dans la transition énergétique, face aux évolutions récentes. Pour commencer, comment les forêts peuvent-elles soutenir la « sortie rapide des énergies fossiles » ?

Florin Malafosse —Les forêts constituent une ressource pour la production de chaleur depuis très longtemps, bien avant qu’on utilise les énergies fossiles. Bien que les statistiques manquent, l’utilisation du charbon au XIXe siècle, puis du pétrole et du gaz, n’a vraisemblablement pas remplacé le bois, qui est resté très utilisé par les ménages pour se chauffer. Le bois bûche est aujourd’hui encore la première source d’énergies renouvelables en France, mais cet usage baisse fortement, si bien que malgré l’essor des usages de plaquettes forestières dans des chaufferies ou de granulés, la contribution des forêts à la transition énergétique reste relativement stable. Et des marges importantes d’efficacité des appareils de chauffage au bois et d’isolation des bâtiments existent encore laissant la possibilité, à volume constant de continuer de chauffer de nouveaux bâtiments avec du bois issu de forêt directement mais également hors forêt (bois bocager par exemple) ou issus de la filière bois (connexes, bois déchet).

La question peut se poser pour de nouveaux usages énergétiques, qu’il convient d’arbitrer pour ne pas trop exploiter les forêts. Des centrales électriques biomasse ont ainsi été mise en place dans les années 2000-2010, mais la PPE exclue aujourd’hui ce type d’installation, le bilan carbone global de ces unités nécessitant des volumes très importants de bois étant très médiocre si la chaleur de ces unités n’est pas valorisée.

Les scénarios Afterres-négaWatt prévoient un autre usage énergétique à moyen terme, une fois la diminution des besoins en chaleur bois par des actions de sobriété et d’efficacité bien engagée. Il s’agit de la substitution du gaz fossile par du biogaz produit par pyrogézéification de bois, ce qui permet, grâce au vecteur gaz, des usages énergétiques très utiles à la société pour la mobilité ou encore l’équilibrage du réseau électrique.

Les forêts et plus largement toute la biomasse ligneuse vont donc encore pouvoir se substituer à des énergies fossiles, à condition de maîtriser nos consommations énergétiques et de bien arbitrer les usages.

Le Monde de l’Énergie —La France a récemment revu à la baisse les prélèvements de bois prévus pour 2050. Pour quelles raisons ? Cette réévaluation vous semble-t-elle crédible ?

Florin Malafosse —Le PRFB et la SNBC 2 prévoyaient effectivement une hausse très forte des prélèvements de bois (de 55 Mm3 aujourd’hui à 83 Mm3), et les discussions en cours sur la SNBC 3 semblent tendre vers une augmentation bien moins importante.

Outre la parution de travaux scientifique présentant les impacts potentiels sur le bilan carbone forestier de prélèvements trop importants, la succession d’années particulièrement chaudes et la prolifération de parasites comme le scolyte de l’épicéa ont fortement impacté l’accroissement naturel des forêts. Et pour que le bois reste une ressource renouvelable, il est impératif de prélever bien moins de bois que l’accroissement annuel.

Cette révision à la baisse est donc nécessaire, mais cela n’empêche pas de recourir à l’utilisation de bois pour l’énergie, en s’appuyant sur les ressources forestières lorsque ce bois participe à une sylviculture durable de bois d’œuvre ou à l’adaptation des forêts au changement climatique, mais aussi en s’appuyant sur les ressources hors forêt.

Le Monde de l’Énergie —Quelle place a le bois énergie dans la stratégie énergétique française ?

Florin Malafosse —Le bois énergie reste un pilier de la chaleur renouvelable dans la PPE, pour les bâtiments mais également pour l’industrie, où il a un grand rôle à jouer pour se substituer aux énergies fossiles, associé à une maîtrise forte des besoins

Il est par contre exclu de la production électrique, sauf dans le cas d’unités de cogénération qui valorisent toute la chaleur du process pour conserver un rendement pertinent. Cette exclusion ne concerne pas les DROM qui continue à remplacer leurs centrales à charbon par des centrales à granulés intégralement importés pour produire leur électricité.

D’autres usages sont envisagés comme pour la production de biogaz par exemple, ou la contribution à la production de biocarburants pour l’aviation, qui devra également être décarbonée. Ces nouveaux usages doivent faire l’objet d’arbitrages et d’une planification précise pour s’inscrire dans une valorisation durable des ressources.

Le Monde de l’Énergie —En quoi les évolutions récentes, et notamment les effets du changement climatique, changent-elles la donne pour la filière ?

Florin Malafosse —Comme évoqué précédemment, la diminution de l‘accroissement naturel des forêts liés à la succession d’été chauds et secs que nous avons connus ces dernières années (et que nous connaîtrons de plus en plus à l’avenir) implique de revoir les objectifs de prélèvements qui avaient pu être formulés il y a quelques années.

En parallèle, l’augmentation forte de la mortalité en forêt (dépérissements liés aux sécheresses, attaques de scolytes, feux de forêt) nécessite la mise en place d’une gestion adaptative des espaces forestiers avec différentes mesures préventives ou curatives : obligations légales de débroussaillement, mise en place de dessertes de défense contre l’incendie (DFCI), coupes de bois dépérissant et adaptation des filières pour absorber des afflux importants de bois accidentel comme les volumes d’épicéa dans le Nord Est.

Les espaces forestiers vont être soumis à d’importantes perturbations pendant plusieurs dizaines d’année, le temps qu’ils s’adaptent à un nouveau climat qui évolue bien plus vite que la durée de vie d’un arbre. Les stratégies de prélèvements représentent un outil du sylviculteur pour accompagner ces mutations, elles doivent être pensées massif par massif pour répondre aux enjeux de préservation des espaces naturels tout en répondant à une demande sociale. Cette équation ne pourra être résolue sans d’importants moyens dans la recherche, la planification et la gouvernance des filières à l’échelle locale, ainsi que dans l’accompagnement des entreprises du bois pour que leurs activités contribuent à la transition écologique dans toutes ses composantes.

Florin Malafosse

Responsable Forêt et filière Bois à Solagro et rédacteur de la publication « Afterres2050 Forêt & Bois – un rôle déterminant dans la transition écologique »