« Le biométhane issu de la méthanisation permet d’augmenter notre souveraineté énergétique »

« Le biométhane issu de la méthanisation permet d’augmenter notre souveraineté énergétique »

Nouvel acteur de l’économie circulaire dans les territoires, Sublime Energie est une société à mission et spin – off de MINES ParisTech – PSL , dont l’objectif est de décarboner la mobilité tout en offrant de nouvelles sources de revenus aux agriculteurs. Grâce à sa technologie de liquéfaction du biogaz issu des méthaniseurs, la start – up deeptech se fixe comme objectif de démocratiser la méthanisation en milieu diffus, et ainsi d’ augmenter la taille du gisement de biomasse méthanisable, tout en réduisant les coûts de la filière de production de bioGNV et de biométhane.

Entretien avec Bruno Adhémar, président de Sublime Energie.

Pouvez-vous expliquer concrètement comment fonctionne la technologie de liquéfaction du biogaz issue des méthaniseurs ?

Le biogaz qui sort d’un méthaniseur est essentiellement composé de méthane (CH4) et de dioxyde de carbone (CO2). Sa liquéfaction était jusque-là considérée comme impossible car lorsqu’on refroidit ce mélange le CO2 se transforme en neige carbonique solide, empêchant tout transvasement.

Pour contourner ce problème, nous utilisons un troisième élément, un agent de portage, qui une fois mélangé au biogaz permet au mélange d’être liquide dans des conditions de pression et température compatibles avec une exploitation commerciale.

La liquéfaction du biogaz permet de réduire considérablement son volume et donc de réduire les coûts de transport et de traitement, qui sont mutualisés dans un hub.

Est-ce difficile de convaincre les exploitations éloignées des réseaux gaziers de passer à la méthanisation ?

Les exploitations agricoles qui sont trop éloignées des réseaux gaziers n’avaient que deux alternatives: la cogénération et la méthanisation territoriale valorisée en injection dans les réseaux gaziers.

La cogénération, par sa simplicité, a été une technologie très intéressante pour lancer la filière méthanisation, pour autant, son impact sur la décarbonation de notre mix énergétique est négligeable et sa rentabilité dépend beaucoup de la capacité souvent limitée à valoriser la chaleur générée.

La méthanisation territoriale nécessite le regroupement de plusieurs dizaines agriculteurs pour créer un gros méthaniseur commun vers lequel une noria de camions devra transporter les intrants malodorants, suscitant de plus en plus d’oppositions et de recours, ce qui compromet les projets.

Notre solution de collecte de biogaz ouvre une troisième voie, qui apparaît auprès de nos interlocuteurs comme le chaînon manquant pour se lancer dans la petite méthanisation à la ferme.

Certains projets abandonnés pour cause de rentabilité insuffisante, sont aujourd’hui réactivés grâce à à notre concept. Elle contribue à démocratiser la méthanisation en milieux diffus, et donc à accroître la taille du gisement de biomasse méthanisable tout en abaissant les coûts de la filière.

A terme, en France, peut-on imaginer une souveraineté énergétique des territoires ruraux ?

Le biométhane issu de la méthanisation lorsqu’il est utilisé en substitution des énergies fossiles permet d’augmenter notre souveraineté énergétique et de maximiser la réduction des émissions de GES.

C’est pour cela que nous privilégions son usage sous forme de carburant (bioGNV), en particulier, mais pas exclusivement, à destination des véhicules lourds (camions, bateaux…) qui n’ont pas d’alternative décarbonée à coût raisonnable et à court terme.

La consommation d’énergie fossile en France est d’environ 1 000 TWh par an. Selon une étude de l’ADEME, la méthanisation pourrait répondre entre 15 et 30% à cette demande.

Il faudra donc s’appuyer aussi sur d’autres moyens, en commençant par la sobriété énergétique. D’autres technologies vont contribuer à la fabrication de biométhane telle que la pyrogazéification qui n’entre pas en compétition avec la méthanisation dans la mesure où elle traite de la biomasse ligneuse (bois…) tout en offrant un ancrage dans les territoires ruraux.

Le power to gas semble également une piste intéressante lorsqu’il est utilisé avec une l’électricité décarbonée et excédentaire.