Bâtiment : la clim’ menace les objectifs climatiques de la France

Bâtiment : la clim’ menace les objectifs climatiques de la France

La France ne devrait pas atteindre les objectifs qu’elle s’est fixés en termes de réduction de sa consommation d’énergie et de ses émissions de gaz à effet de serre. Si l’explosion de la demande de climatisation dans le bâtiment est en première ligne, des solutions existent pour inverser la tendance.

Selon un document de travail du ministère de la Transition écologique et solidaire, la France risque de manquer à ses objectifs climatiques pour 2023, a-t-on appris le 22 juillet lors d’un point d’étape sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) et la stratégie nationale bas carbone (SNBC). D’ici cinq ans, le volume d’émissions de gaz à effet de serre (GES) devrait dépasser de 6 % les engagements pris par le précédent gouvernement. Entre 2014 et 2018, il atteindra 458 millions de tonnes de C02, contre 440 millions initialement prévus, et 422 millions de tonnes entre 2019 et 2023, contre les 398 millions attendus. De même, les objectifs de consommation finale d’énergie nationale pour 2020 pourraient n’être atteints qu’en 2026, avec une baisse annoncée à seulement 17 % au lieu des 20 % visés à l’horizon 2030, et à 44 % au lieu de 50 % en 2050. La faute au déploiement ralenti des énergies renouvelables, qui accuse un léger retard avec 31 % de la part du mix énergétique prévu en 2030, contre un objectif de 32 %. Mais c’est surtout du côté des transports et, davantage encore, du bâtiment que le bât blesserait. Dans ce dernier secteur, les émissions de GES s’étaient déjà révélées alarmantes en 2016, avec une hausse de 11 % par rapport aux prévisions annuelles, principalement liées à l’arrêt de plusieurs réacteurs nucléaires en période de grand froid. Si le gouvernement estime pouvoir « rattraper » le retard grâce aux progrès de l’industrie, de l’énergie et de l’agriculture, la tendance actuelle laisse perplexe quant à une hypothétique amélioration à la hauteur des ambitions écologiques de la France.

Réchauffer à l’extérieur pour refroidir à l’intérieur : l’inquiétant paradoxe de la clim »

Dans l’Hexagone comme à l’échelle mondiale, une menace réelle plane sur la planète : l’explosion de la climatisation, qui s’annonce particulièrement redoutable dans les pays en développement rapide comme la Chine, l’Inde, la Thaïlande, l’Indonésie et même le Brésil. Dans ces nations très peuplées et polluées, qui ressentent déjà les effets du réchauffement climatique, la hausse du pouvoir d’achat risque de tripler le nombre d’appareils climatiseurs installés d’ici 2050. De 1,6 milliard actuellement, il devrait passer à 5,6 milliards d’ici une trentaine d’années, prévoit l’Agence internationale de l’énergie (AIE). Selon l’organisme, un tel scénario serait synonyme de véritable catastrophe pour l’environnement. Les systèmes de climatisation consomment en effet une quantité d’énergie beaucoup plus importante que les autres appareils domestiques, allant jusqu’à égaler à celle de 50 réfrigérateurs. « La demande énergétique des climatisateurs équivaudra à la demande en électricité actuelle de la Chine », a comparé Fatih Birol, directeur exécutif de l’AIE. En Chine, les ventes de clim’ sont déjà huit fois plus importantes qu’aux États-Unis, où 90 % des foyers en sont équipés, contre seulement 7 % en Indonésie, 5 % en Inde et 4 % en France. Si l’explosion annoncée a lieu, la climatisation pourrait atteindre 37 % de la demande électrique mondiale d’ici 2050. Ce surplus de consommation entraînerait une hausse sans précédent des émissions de GES, qui contribueraient à réchauffer encore plus la planète. Réchauffer à l’extérieur pour refroidir à l’intérieur, un cercle particulièrement vicieux que l’AIE appelle à rompre grâce à des solutions de bon sens et aux alternatives à la clim ».

Les solutions à privilégier

Si ouvrir ou fermer les battants en fonction des moments opportuns de la journée semble élémentaire pour tenter de faire baisser la température intérieure, l’installation d’une isolation efficace (murs, volets, toiture, etc.) doit également permettre de garder plus facilement la fraîcheur l’été et la chaleur l’hiver. De même que les puits canadiens ou provençaux assurent un renouvellement de l’air intérieur à partir du milieu extérieur, les pompes à chaleur réversibles peuvent rafraîchir ou réchauffer une pièce en puisant l’énergie dans les sous-sols ou les sources d’eau. Particulièrement performants pour climatiser les espaces, ces dispositifs pour la plupart électriques restent néanmoins pénalisés par certaines normes en vigueur telles que la RT2012. Cette réglementation applique en effet aux énergies secondaires (exemple : électricité) un coefficient 2,5 fois supérieur à celui des énergies fossiles en matière de dégagement de CO2, qui incite les ménages à privilégier le gaz, le fioul et le charbon, pourtant beaucoup plus polluants. Enfin, pour ceux qui estiment ne pas pouvoir se passer de la traditionnelle clim », l’AIE recommande l’utilisation de modèle moderne, à l’efficacité énergétique 25 % supérieure que ceux vendus en Chine ou aux États-Unis. Un moindre mal en attendant les prochaines avancées qui ne manqueront pas d’intervenir dans ce marché porteur…