« Avec 320 TWh par an, le gaz peut être totalement renouvelable en 2050 »

« Avec 320 TWh par an, le gaz peut être totalement renouvelable en 2050 »

Dans cet entretient pour Le Monde de l’Énergie, Cécile Frédéricq, déléguée générale de France Gaz Renouvelables, évoque la place du biogaz dans la stratégie énergétique française.

Le Monde de l’Énergie —Pouvez-vous nous résumer les principaux apports des annonces du gouvernement français en soutien au biogaz, mi-juin 2023 ?

Cécile Frédéricq —La publication des décrets et arrêtés sur les tarifs d’achat vont permettre de relancer la dynamique de projets de méthanisation, dans la mesure où les tarifs d’achat sont dorénavant indexés sur les prix de l’énergie, et que la production est rendue plus flexible dans le temps en fonction des consommations, avec l’annualisation de la Cmax par exemple.

En effet, les entreprises de méthanisation, comme toutes les entités économiques ont été impactées par les crises du Covid, de l’énergie et de la guerre en Ukraine. La rentabilité des projets n’était plus assurée par les tarifs dit « 2020 » et « 2021 » qui étaient trop bas pour répondre aux augmentations de prix des matériaux, des intrants ou de l’énergie. Par ailleurs l’annualisation de la capacité de production des unités va permettre de mieux lier production et demande en permettant aux méthaniseurs existants de modifier leur contrat, mesure réclamée par la filière depuis des années.

Nous saluons donc les dispositions prises par le gouvernement avec qui le dialogue depuis quelques mois a été ouvert et constructif sur ces questions.

Le Monde de l’Énergie —Quelle place préconisez-vous pour le biogaz dans la future PPE ? Quel est la part de biogaz dans la consommation actuellement, et comment peut-elle évoluer en cas de soutien massif à la filière ?

Cécile Frédéricq —France gaz renouvelables, en se basant sur les études de potentiels de biomasse mobilisable, confirme que le gaz peut être totalement renouvelable en 2050 et que le biogaz peut représenter 20% de la consommation de gaz dès 2030. Nous demandons que les objectifs de la PPE reprennent ces chiffres, qui se répartissent en 50 TWh de biométhane injecté (10 TWh  de cogénération subsisteront) issu de méthanisation, filière la plus mature à date, et 10 TWh issu d’autres filières innovantes comme la pyrogazéification.

En 2050, toutes les filières seront productrices : pyrogazéification pour 90 TWh, gazéification hydrothermale pour 50 TWh, méthanation pour 50 TWh et méthanisation pour 130 TWh soit au total une production renouvelable évaluée à 320 TWh/an

Le Monde de l’Énergie —Comment améliorer l’acceptabilité des méthaniseurs ?

Cécile Frédéricq —Un gros travail a été réalisé par les porteurs de projets depuis 2019. Ce que l’on constate aujourd’hui, c’est une meilleure anticipation des problématiques du territoire, une meilleure implication des riverains dans les projets de méthanisation, même si des problématiques persistent sur certains projets. Ainsi, lorsque ceux-ci sont construits en lien avec le gisement de déchets locaux méthanisables, la problématique est moins prégnante. Ce qui est à noter également, c’est qu’une fois que les unités sont en fonctionnement, il n’y a généralement plus de problèmes. Ce qui n’est pas le cas pour d’autres énergies renouvelables.

Le Monde de l’Énergie —A quels usages le biogaz devrait-il répondre en priorité ?

Cécile Frédéricq —France gaz renouvelables est avant tout une association de représentation de la filière aval, jusqu’à la distribution du gaz renouvelable dans les réseaux. Elle priorise la consommation locale, au bénéfice des territoires, afin de valoriser au mieux ces projets d’économie circulaire. Cette filière doit bénéficier aux territoires et, compte tenu du potentiel évoqué avant, ce gaz renouvelable peut continuer d’être utilisé dans tous les usages puisque son bilan d’émission CO2 est très faible.

Le Monde de l’Énergie —Quel est votre point de vue sur la possible interdiction de chaudières à gaz neuves en 2026, sachant que la production de chaleur domestique est un des secteurs où la substitution à l’électrique est la plus mature technologiquement ?

Cécile Frédéricq —Comme évoqué précédemment, nous maintenons que la consommation de gaz peut être renouvelable d’ici 2050. Le choix de la technologie et des options laissées au consommateur doivent rester ouverts. Comme cela a été le cas pour la voiture, la question n’est pas la technologie du moteur, mais les émissions de CO2 liées à l’énergie consommée. Il est important de ne pas fermer des options alors que des filières se développent et favorisent la souveraineté énergétique du pays dès lors qu’elles contribuent pleinement à la décarbonation.

Cécile Frédéricq

Déléguée Générale de France Gaz Renouvelables, association fondée en 2018 avec pour objectif de rassembler les initiatives liées au gaz renouvelable et permettre la création d'un écosystème au sein duquel le monde agricole et le monde de l'énergie seront au service de la transition des territoires