L’Institut Montaigne plaide pour la décarbonation du mix énergétique mondial

L’institut Montaigne est une plateforme de réflexion indépendante créée au début des années 2000. Composé de chefs d’entreprise, de hauts fonctionnaires, d’universitaires et des personnes issues de la société civile, ce think tank s’est spécialisé dans l’élaboration de propositions et d’expérimentations consacrées aux politiques publiques en France. Dans sa dernière note, l’Institut Montaigne s’est penché sur les objectifs de notre politique énergétique et sur les moyens de lutter efficacement contre le réchauffement climatique. L’auteur de cette note estime que dans le contexte actuel, la priorité est aux actions en faveur du climat. Les politiques énergétiques françaises doivent donc aujourd’hui poursuivre un seul but : favoriser la réduction des émissions de gaz à effet de serre en réduisant drastiquement la part des énergies fossiles polluantes dans notre mix énergétique.

Un mix énergétique encore trop carboné

Très tôt dans son histoire, la France a fait le choix de se positionner en faveur des énergies décarbonées afin que son secteur de production d’électricité soit peu émetteur de gaz à effet de serre. Grâce au déploiement d’un vaste réseau de centrales hydroélectriques et d’un parc nucléaire solidement ancré sur le territoire, la France affiche un des mix électriques les moins polluants d’Europe : 90% de l’électricité française est produite sans aucune émission de dioxyde de carbone.

Le bilan est en revanche un peu moins bon si l’on se penche sur la consommation finale d’énergie de notre économie. Le mix énergétique français repose encore majoritairement sur les énergies fossiles polluantes. Selon les chiffres avancés par l’Institut Montaigne dans sa note du 8 juin, 67% de l’énergie consommée en France est issue de ressources fossiles : 45% du pétrole, 19% du gaz et 3% du charbon.

C’est pour répondre à des impératifs écologiques mais également économiques que l’Institut Montaigne appelle donc à réduire la part des énergies fossiles dans notre mix énergétique. « Ces énergies fossiles présentent deux inconvénients majeurs : elles sont fortement émettrices de GES et contribuent donc au réchauffement climatique; et elles sont intégralement importées, ce qui a un impact négatif sur notre balance commerciale et donc nos dépenses publiques », explique Benjamin Fremaux, spécialiste dans le conseil en fusion et acquisition dans les secteurs de l’industrie, de l’énergie et des infrastructures.

Commencer par les secteurs du transport et de l’habitat

« Que ce soit dans un souci d’indépendance énergétique, d’équilibre de notre balance commerciale ou de lutte contre les émissions de GES, la France doit concentrer ses efforts sur la réduction de sa consommation (et donc de ses importations) d’énergie fossile. Afin d’agir efficacement, il est nécessaire d’identifier les secteurs d’activité qui émettent le plus de GES et de concentrer nos ressources sur ces secteurs ».

L’Institut Montaigne propose donc d’identifier les secteurs d’activités fortement émetteurs de gaz à effets de serre afin que les pouvoirs publics puissent concentrer leurs efforts dessus. À ce titre, l’enjeu serait dans un premier temps d’articuler nos politiques énergétiques sur les secteurs du transport et de l’habitat, responsables de près de la moitié des émissions nationales de gaz à effet de serre en raison de leur forte dépendance aux énergies fossiles.

L’amélioration du bilan carbone du secteur résidentiel français passerait tout d’abord par des mesures visant à favoriser le développement des réseaux de chaleur et du biogaz. L’Institut Montaigne préconise notamment d’accentuer les politiques de soutien (augmentation des crédits alloués au Fonds Chaleur) et de renforcer la Réglementation thermique des bâtiments autour de la réduction des émissions de gaz à effet de serre.

Du côté du secteur des transports, l’impératif est aujourd’hui à la démocratisation des solutions d’électromobilité. En plus d’un rééquilibrage progressif de la fiscalité entre l’essence et le diesel, la note de M. Fremaux plaide pour une meilleure concertation au sein de la filière pour une électrification efficace des transports (développement des normes, déploiement de bornes de recharge…). Il s’agira de favoriser l’achat des véhicules électriques en maintenant les dispositifs d’aide à l’achat.

La complémentarité des énergies renouvelables et du nucléaire

Malgré ses bons résultats en termes d’émissions de gaz à effet de serre, le secteur français de production d’électricité ne doit pas être délaissé par le gouvernement. « Afin de respecter nos engagements en faveur du climat, une bonne articulation doit être trouvée entre les énergies renouvelables et les sources d’énergie peu carbonées, comme le nucléaire ou le gaz », estime M. Fremaux. Il s’agira à ce titre de ne pas privilégier une énergie plutôt qu’une autre, mais de travailler sur leur complémentarité pour réduire nos émissions à moindre coût tout en assurant notre indépendance énergétique.

Le thnik tank plaide donc pour une rationalisation des aides publiques aux énergies renouvelables, notamment en orientant les aides gouvernementales vers « les filières compétitives capables de gagner des marchés à l’export ». De la même manière, l’Institut Montaigne se dit largement favorable au Grand Carénage qui vise à prolonger « la durée de vie des centrales nucléaires existantes, tant que leur sûreté est garantie et que c’est économiquement rentable ».

Enfin, pour définitivement entériner l’objectif de réduction de la part des énergies fossiles dans le mix énergétique mondial, M. Fremaux appelle à la mise en place d’une politique climatique centrée autour de la taxe carbone. Déplorant que l’Accord de Paris sur le climat n’ait pas ratifié ce principe, il plaide pour que la communauté internationale donne un prix suffisamment important au CO2 « pour inciter les acteurs économiques à investir dans des actifs sobres en carbone ».

« L’Union européenne a une responsabilité à assumer et une opportunité à saisir (…). La crise économique de 2008 a révélé les limites[de l’European Trading Scheme] avec l’effondrement du prix du carbone autour de 5€ la tonne, là où les économistes s’accordent à dire qu’un minimum de 30€ est nécessaire pour orienter les décisions d’investissement. La tarification du carbone soulève de nombreux problèmes de mise en œuvre qui rendent difficile son adoption. Mais les bénéfices que l’on peut en espérer sont suffisamment importants pour que l’Union européenne agisse résolument dans ce sens. C’est une opportunité de déployer des politiques économiques en accord avec l’action en faveur du climat ».

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