Recyclage chimique du plastique : l’Union européenne reconnaît officiellement la technologie dans ses règles

Jusqu’ici cantonné à un rôle marginal dans la réglementation européenne, le recyclage chimique vient de franchir un cap politique majeur. Les États membres ont validé son intégration dans le calcul des taux de plastique recyclé imposés aux fabricants de bouteilles. Une décision saluée par l’industrie, mais vivement critiquée par les ONG environnementales.

L’Europe a tranché un débat sensible. Vendredi 6 février, les États membres réunis au sein du Conseil de l’Union européenne ont approuvé l’intégration du recyclage chimique dans le calcul du contenu recyclé obligatoire des bouteilles en plastique.

Jusqu’à présent, seule la voie dite « mécanique » – qui repose sur le lavage, le broyage puis la refonte des déchets plastiques – pouvait être comptabilisée. Désormais, les procédés de recyclage chimique pourront eux aussi être pris en compte dans les obligations réglementaires.

Un changement important, alors que les bouteilles en plastique doivent déjà contenir au moins 25 % de matière recyclée, et devront atteindre 30 % à l’horizon 2030.

Une première reconnaissance réglementaire au niveau européen

Cette évolution s’inscrit dans la continuité des travaux menés par la Commission européenne, qui avait proposé d’élargir la définition du recyclage afin d’y inclure les technologies chimiques.

Pour l’exécutif européen, il s’agit d’une étape structurante. Sa porte-parole, Anna-Kaisa Itkonen, a salué « une première étape importante » vers l’établissement d’un cadre commun pour le recyclage chimique à l’échelle de l’Union.

Concrètement, cette décision ouvre la voie à une reconnaissance réglementaire de ces procédés dans la politique européenne de lutte contre les déchets plastiques et de décarbonation des emballages.

Deux grandes familles de technologies

Le recyclage chimique ne désigne pas une technologie unique. Comme l’explique Jean-Yves Daclin, directeur général France de l’organisation professionnelle PlasticsEurope, il s’agit d’un ensemble de procédés que l’on peut regrouper en deux grandes catégories.

La première repose sur la dépolymérisation. Le principe consiste à casser les longues chaînes de polymères qui composent les plastiques afin de revenir à des molécules de base, parfois à l’aide de solvants. Ces briques chimiques peuvent ensuite être réutilisées pour fabriquer de nouveaux plastiques.

La seconde famille regroupe les procédés thermiques, parmi lesquels figure la pyrolyse. Cette technique est utilisée pour des plastiques plus complexes ou trop dégradés pour être recyclés mécaniquement. Les déchets sont chauffés à très haute température afin de fragmenter les molécules et de produire des huiles ou des gaz pouvant servir de matières premières.

Des technologies encore à un stade précoce

Si l’industrie met en avant le potentiel de ces procédés pour traiter des déchets jusqu’ici peu ou pas recyclables, elle reconnaît elle-même les limites actuelles du recyclage chimique.

Selon Jean-Yves Daclin, il s’agit de technologies encore récentes, en cours de montée en puissance. Le modèle économique reste à consolider et les volumes réellement recyclés par ces procédés demeurent très faibles à l’échelle européenne.

Le secteur estime qu’il faudra encore plusieurs années avant que ces solutions puissent peser de manière significative dans le traitement des déchets plastiques. Leur déploiement suppose des investissements industriels lourds, des débouchés sécurisés et un cadre réglementaire stabilisé.

Un outil présenté comme complémentaire du recyclage mécanique

Du point de vue des autorités européennes, le recyclage chimique n’a pas vocation à remplacer les filières existantes. Il est présenté comme un levier complémentaire, destiné à traiter les fractions de déchets qui échappent aujourd’hui au recyclage classique.

Les emballages multicouches, les plastiques très souillés ou fortement mélangés constituent en effet un point faible structurel du recyclage mécanique, dont les performances reposent largement sur la qualité du tri et la pureté des flux.

Dans ce contexte, Bruxelles considère que ces nouvelles technologies peuvent contribuer à réduire la quantité de plastiques incinérés ou enfouis, tout en augmentant la part de matières réinjectées dans la production.

De fortes critiques des ONG environnementales

La décision européenne est toutefois loin de faire consensus. Pour l’ONG Zero Waste Europe, le recyclage chimique reste un procédé très énergivore et potentiellement polluant.

L’organisation dénonce notamment le risque de nourrir l’illusion d’un recyclage infini du plastique. Or, rappellent ses représentants, les matériaux plastiques se dégradent au fil de leurs cycles de transformation et nécessitent toujours, à un moment donné, l’ajout de matière vierge.

Les ONG redoutent également que l’intégration du recyclage chimique dans les objectifs européens ne détourne l’attention de la priorité jugée essentielle : la réduction à la source des emballages et des volumes de plastique mis sur le marché.

Une industrie du plastique toujours en croissance

Le contexte global nourrit ces inquiétudes. La production mondiale de plastique vierge a continué d’augmenter en 2024 pour atteindre près de 431 millions de tonnes, en progression par rapport à l’année précédente.

Dans cet ensemble, les plastiques dits « circulaires » – qu’ils soient issus du recyclage mécanique, du recyclage chimique, de la biomasse ou de technologies de captation du carbone – ne représentent encore qu’une part très minoritaire.

Pour les défenseurs de l’environnement, la reconnaissance du recyclage chimique ne doit pas masquer la réalité structurelle du secteur : l’économie du plastique demeure avant tout fondée sur la production de matière neuve.

Entre innovation industrielle et controverse environnementale, le recyclage chimique s’impose désormais comme un nouvel objet de la politique européenne des déchets. Son intégration officielle dans les règles communautaires marque un tournant, mais ouvre aussi un débat de fond sur la place réelle de ces technologies dans la transition vers une économie moins dépendante du plastique.

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