PPE3 : le pari électrique de la France pour 2035, entre relance du nucléaire et virage industriel des renouvelables

Le gouvernement a levé le voile, jeudi 12 février 2026, sur la troisième Programmation pluriannuelle de l’énergie. Très attendue par l’ensemble des acteurs du secteur, la PPE3 doit fixer le cap énergétique de la France pour la période 2025-2030 et 2031-2035, dans un contexte de tensions géopolitiques durables, de hausse des besoins électriques et de pression climatique accrue.

C’est dans le Jura que le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a choisi de présenter ce document stratégique, conçu comme l’ossature de la politique énergétique nationale pour la prochaine décennie. Un choix symbolique, à proximité d’un grand site hydroélectrique, pour illustrer l’équilibre que l’exécutif entend désormais assumer entre nucléaire et énergies renouvelables.

La nouvelle programmation vise un objectif central : porter la production française d’électricité décarbonée entre 650 et 693 térawattheures à l’horizon 2035, soit une progression comprise entre 19,5 % et 27,4 % par rapport à 2025. Une trajectoire ambitieuse, censée accompagner l’électrification massive de l’économie et renforcer la souveraineté énergétique du pays.

Une rupture assumée sur le nucléaire

La PPE3 marque un tournant clair par rapport à la précédente programmation. Alors que la feuille de route adoptée au début des années 2020 envisageait la fermeture de quatorze réacteurs, le gouvernement acte désormais une relance structurée et durable de la filière nucléaire.

Le texte confirme la construction de six réacteurs de nouvelle génération de type EPR2. Une décision concernant huit unités supplémentaires doit intervenir dès 2026. En parallèle, l’exécutif mise sur l’optimisation du parc existant, composé de 57 réacteurs, avec un objectif de prolongation de leur durée de vie jusqu’à cinquante, voire soixante ans.

Selon les projections présentées, cette stratégie doit permettre de stabiliser la production nucléaire entre 380 et 420 TWh aux horizons 2030 et 2035, afin d’assurer la continuité de l’approvisionnement pendant la montée en puissance des nouveaux réacteurs.

La PPE3 confirme également l’intérêt porté aux petits réacteurs modulaires, avec l’objectif de voir un premier démonstrateur industriel entrer en service au début de la prochaine décennie.

Des renouvelables développées sous conditions

Si le nucléaire redevient un pilier central du mix électrique, les énergies renouvelables conservent un rôle structurant dans la trajectoire nationale. Le gouvernement revendique toutefois une approche qualifiée de « réaliste et ambitieuse », davantage orientée vers l’acceptabilité locale et l’efficacité industrielle.

Le solaire photovoltaïque devrait atteindre 48 GW de puissance installée en 2030, puis se situer entre 55 et 80 GW en 2035. Une fourchette volontairement large, qui traduit les incertitudes sur le rythme réel de la demande électrique et les capacités de raccordement.

L’éolien terrestre, souvent au cœur de fortes oppositions locales, sera prioritairement développé par la modernisation des parcs existants. La remotorisation doit permettre d’augmenter la production sans multiplier les implantations.

À l’inverse, l’éolien en mer bénéficie d’une accélération franche, avec un objectif de 15 GW de capacité cumulée d’ici 2035.

Deuxième source d’électricité du pays, l’hydroélectricité figure également parmi les priorités. La PPE3 prévoit une augmentation de 2,8 GW de capacités installées, dont 1,7 GW issus de stations de transfert d’énergie par pompage, considérées comme un levier essentiel de flexibilité pour le système électrique.

L’électrification, colonne vertébrale de la stratégie

Au-delà de la production, la programmation repose sur un changement profond des usages. La part des énergies fossiles dans la consommation finale doit passer de 58 % en 2023 à 40 % dès 2030.

Industrie, logement et transports sont directement ciblés par cette stratégie. Le gouvernement entend accélérer le basculement vers l’électricité dans les procédés industriels, les équipements de chauffage et la mobilité.

La ministre de la Transition écologique, Monique Barbut, a insisté sur ce point lors de la présentation officielle, en soulignant l’objectif affiché pour le secteur automobile : une voiture sur trois vendue en 2026 devrait être électrique.

Cette transformation des usages doit s’accompagner du développement de solutions bas carbone pour les secteurs difficilement électrifiables. La PPE3 prévoit notamment une forte progression de la chaleur renouvelable et de récupération, une montée en puissance du biométhane et des biocarburants, ainsi qu’un objectif de 8 GW de capacités d’électrolyse pour l’hydrogène décarboné à l’horizon 2035.

Une trajectoire ajustable dès 2027

Conscient des incertitudes technologiques, économiques et industrielles, l’exécutif introduit dans la programmation une clause de revoyure dès 2027. Cette étape intermédiaire doit permettre d’adapter les objectifs de production et de déploiement en fonction de l’évolution réelle de la demande, des coûts et de la maturité des filières.

Cette logique de pilotage progressif constitue l’un des marqueurs de la PPE3, conçue comme un cadre évolutif plutôt qu’un plan figé.

Une transition présentée comme moteur industriel

Le gouvernement associe explicitement cette trajectoire énergétique à une stratégie de réindustrialisation. Selon ses estimations, la mise en œuvre de la PPE3 pourrait générer plus de 120 000 emplois d’ici 2030, principalement dans les secteurs du nucléaire, du solaire et de l’éolien.

Les mécanismes de soutien aux filières renouvelables doivent progressivement évoluer vers des dispositifs plus concurrentiels, reposant notamment sur des appels d’offres et des contrats pour différence. L’exécutif affiche un objectif de long terme particulièrement volontariste : parvenir, à l’horizon 2055, à un système de production électrique ne nécessitant plus de soutien public.

Entre relance assumée de l’atome, développement encadré des renouvelables et électrification accélérée de l’économie, la PPE3 dessine ainsi une trajectoire ambitieuse, mais volontairement modulable. Pour le gouvernement, l’avenir énergétique français devra désormais se construire à la fois dans la planification et dans l’adaptation permanente aux réalités industrielles, économiques et climatiques.

commentaires

COMMENTAIRES

  • Un programme pour les 10 ans a venir qui mise sur la création de reacteurs nucleaire qui dans le meilleur des cas produiront dans 15 ans, autant dire que rien ne va changer durant la durée du programme à 10 ans. Bref, circulez, il n’y a rien a voir.

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  • PPE 3 = en même temps (gros temps, d’ailleurs) = l’équation basique + 1 x – 1 = – 1

    Pourquoi ? 1-l’energie intermittente (i) qui de temps à autre et si les cieux sont favorables produit un peu d’energie dont l’utilisation doit souvent être reportée, donc à laide de tres grosses batteries, tres chères et toutes chinoises. et qu’on ne sait pas tres bien recycler en fin de vie
    ça commece mal mais ce n’est pas fini
    2- En admettant que les batteries soient installées , cette électricité risque d’être produite tres loin du point où on peut la consommer, donc exigeant des investissements colossaux en terme de renforcement du réseau. Notez que ce réseau devra de toute façon etre renforcé pour une autre raison , la montée en puissance et en fréquence des évènements climatiques majeurs, incluant les inondations, et demain matin, le manque d’eau. Un truc que TRUMP ne comprend pas ! TRUMP + PPE3, même combat.
    3- Tout ça va augmenter tres fortement le transport d’électricité sur des distances de plus en plus longues batteries ou pas batteries avec les pertes en ligne inévitables qui vont avec m^me si les lignes HTA passent à côté de plusieurs centrales nucléaires (en sous charge).
    4- Une energie qui n’est pas contrôlable (ou pilotables, c’est la m^me chose) et c’est le cas de toutes les energies renouvelables intermittentes , bénéficie d’une priorité d’enlèvement qui obligent les energies produisant tout de suite sur demande, renouvelables ou pas, mais toutes dites pilotables, énorme qualité, mais tres affectée par la nécessité d »évacuer les energies renouvelables i comme intermittentes dont on n’a pas forcément besoin.
    5- On pourrait, se serait un peu aller au bout du bout de la bêtise, imaginer stocker l’energie produite par par les centrales pilotables (dont le nucléaire), lesquelles n’ont pas besoin de stockage, mais évidemment, ça couterait une fortune énorme avec néanmoins un avantage, la disparition totale des agriculteurs, délire pour délire, why not ?
    6-….7….8…. 9….etc, etc etc….
    Bref une dinguerie ingérable et propre à couler définitivement notre tres tres beau pays devenu fou !
    Les politiques, pour faire plaisir aux lobbyes, vont rendre les ingénieurs dingues et on connait la faiblesse des moyens alloués au système psychiatrique français. Par pudeur, et pour ne pas affoler les Français, je ne parlerais pas des dangers qui guettent le nucléaire, pour le moment, on a trop d’eau.
    Les PPE précédentes ne conduisaient pas à « des jours heureux », mais s’agissant de la PPE3, on bat tous les records. Bon, les pros de l’energie sont des sages, ils ne vont pas descendre dans la rue, c’est trop dangereux !

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    • @ Claude Choppin

      « En admettant que les batteries soient installées , cette électricité risque d’être produite très loin du point où on peut la consommer, donc exigeant des investissements colossaux en terme de renforcement du réseau. »

      votre raisonnement ne tient pas debout.
      Les ENR comme les batteries peuvent- justement être installées au plus près des consommateurs, a part l’éolien en mer et encore, car a Saint Nazaire c’est plus près que la plus proche centrale nucléaire
      la distance la plus courte étant pour le solaire, du toit a la maison pour les panneaux, et de l’extérieur a la maison pour les batteries

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        • @Cochelin
          certes, mais dire que les ENR sont loin des consommateurs est une ineptie.
          De plus quand ils sont bien repartis ils diminuent la sollicitation des réseaux, ca a été étudié par les syndicats départementaux d’;électricité.
          Typiquement, quand il fait bien froid (sollicitation maximale des réseaux) le ciel est dégagé et le soleil contribue a diminuer la sollicitation des réseaux

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          • Lorsqu’il fait bien froid l’hiver, vous n’avez pas de production solaire photovoltaïque à la pointe de consommation le matin (autour de 7h30-8h) et le soir (autour de 18h30-19h), et peu de production en milieu de journée. L’intérêt est un peu limité. Alors que le parc nucléaire est en pleine production au moment des pointes de consommation, et doit être bridé entre les deux.

        • OUI, et alors ? Tous ces parcs en mer produisent au moins 50% du temps Cochelin et on constate que pour les quelques un qui sont en activité ils ne produisent pas tous en même temps et avec la même intensité….. ça s’appelle le foisonnement que l’on peut déjà constater avec des parcs qui sont pourtant pas si distants que cela les uns des autres à l’échelle de la France. Tout est normal dans ce domaine.

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          • « Cochelin 20.02.2026
            Lorsqu’il fait bien froid l’hiver, vous n’avez pas de production solaire photovoltaïque à la pointe de consommation le matin (autour de 7h30-8h)  »

            Quelle que soit la température il n’y a jamais de pointe de consommation aux heures que vous indiquez Cochelin. A ce moment la consommation est en croissance (les jours travaillés, de semaine donc) et lesommet est atteint vers 9 heures et décroit ensuite lentement durant environ 7 heures, c’est-à-dire durant tout le temps où le solaire fourni sa puissance.maximale. La pointe de consommation suivente, beaucoup plus courte se produit effectivement pendant le coucher du Soleil. En hiver le solaire produit selon une courbe en cloche sur une période autour de 7 heures selon la latitude.

    • Mon cher Claude je constate que ma réponse à vos divagations a été censurée…. Mais vous me décevez beaucoup

      Répondre
  • En matière de protection des paysages la « remotorisation « n’apporte pas de solution . Certes moins de machines mais plus hautes donc bien plus visibles .

    Répondre
    • La protection des paysages n’a jamais beaucoup intéressé les populations qui vivent très bien environnés de pylones infiniment plus nombreux que les éoliennes. Et ce n’est qu’à la suite de leur apparition que les grands défenseurs du paysage se sont subitement fort intéressés à la supposée sauvegarde des paysages…. comme s’i ces éoliennes étaient les seuls objets qui ne devaient pas en faire partie ! Jean-Baptiste Corot doit se retourner dans sa tombe de voir le discrédit que des gens comme vous, insensibles à son art, tentent de jetter sur les paysages de moulins à vent..

      Répondre
      • Défense des paysages
        L’association Sites et monuments a été fondée en 2001 ! Elle est reconnue d’utilité publique depuis 1936 ELLe n’ a donc pas attendu la prolifération des éoliennes pour protéger les populations agressées par des monstres de 150 m. de haut .(Combien de pylones de cette taille combien de pylones tournant dans ;le ciel?
        Le paysage est bien défendu contre les fanatiques technophiles .

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  • Le parc d’énergies variables doit être dimensionné en fonction des moyens de régulation disponibles hors nucléaire.
    (batteries, STEP, interconnexions, flexibilité de certains usages, centrales à gaz fossile).
    A ce titre, les capacités de régulation sont déjà atteintes: les STEP varient de -4 à +4, les centrales à gaz de 2 à 9 (en capacités disponibles). Ca fait une marge de 8 en journalier + 7 par le gaz sur plusieurs jours + l’hydraulique à accumulation annuelle servant lors des pointes.

    Cette loi de programmation ne remet apparemment pas en cause le fait que le nucléaire serve de back-up aux énergies variables… Et l’Etat refuse qu’EDF publie le rapport sur le coût de la modulation nucléaire.
    Bayrou l’avait dit il y a 1 an: « le nucléaire et les énergies variables sont complémentaires parce que le nucléaire est modulable »

    Répondre
    • Marce vous avez un bel exemple de souplesse de modulation des parcs éoliens et solaires pour répondre à quelques variations brusque d’amplitudes de la consommation provoqués par l’activité d’import/export aujourd’hui 26/2/2026 ici :
      https://www.rte-france.com/donnees-publications/eco2mix-donnees-temps-reel/production-electricite-par-filiere

      Quand je vois que d’aimables plaisantins parlent encore sur ce forum de renouvelables « intermitents » qui ne seraient pas pilotables…..ça fait douter de leurs capacités intellectuelles. Il n’y a rien de moins pilotable que le nucléaire :
      A l’arret il lui faut deux jours pour atteindre sa puissance nominale.
      Lorsqu’il l’a atteint, il sera incapable de fournir un wat de plus en cas de besoin, il peut selement diminuer sa puissance, et encore à bien trop faible vitesse comme pour la remonter une heure plus tard comme il a été besoin de le faire par deux fois aujourd’hui…. où SEULS les parcs éoliens et solaires pouvaient résoudre le problème posés par nos voisins espagnols et allemands, dans une moindre mesure

      Répondre
    • Et encore, concernant les parcs solaires et éoliens, il s’agit plutôt d’écrétage, et à la condition qu’ils soient en situation de production. Le terme de modulation n’est pas, ici, approprié.

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  • « Un bel exemple de souplesse de modulation des parcs éoliens et solaires » et aussi du parc nucléaire en milieu de journée, justement avec la montée en puissance des productions renouvelables variables, comme il est dit dans l’étude page 10. Mais la raison est plutôt de limiter la formation de prix négatifs (aujourd’hui entre 11h45 et 15 h https://www.rte-france.com/donnees-publications/eco2mix-donnees-temps-reel/donnees-marche) et les exports qui ne rapportent rien ou coûtent à l’Etat :  » la forme infra-journalière de la modulation, c’est-à-dire la façon dont les volumes de modulation se répartissent en moyenne au cours des 24 heures de la journée, s’est profondément transformée comme l’illustre la figure 5. En 2000, les périodes de modulation du parc s’observent majoritairement pendant la nuit alors qu’en 2024 apparaît de manière très nette un second pic de modulation, plus élevé, entre 11h et 17h (période de plus forte production des installations photovoltaïques). Le creux de consommation de la nuit continuant de s’accompagner d’une baisse de la production nucléaire, le parc est dorénavant sollicité pour baisser sa production sur deux périodes de la journée ».

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