L’opinion, bataille inachevée des énergies renouvelables

L’opinion, bataille inachevée des énergies renouvelables

Une tribune signée Quentin Lardeau, directeur conseil en communication, à la veille de la tenue du Colloque du Syndicat des énergies renouvelables (SER), ce 26 septembre 2023.

 

Alors que pouvoirs publics, industriels et associations espèrent tous une accélération des énergies renouvelables, seul 1 Français sur 2 considère l’éolien ou le solaire comme des sources à privilégier. Avec le retour en grâce du nucléaire dans l’opinion, le secteur va devoir trouver les mots justes.

Le 24ème colloque du Syndicat des Énergies Renouvelables se tiendra demain à Paris. À l’aube de ce rendez-vous majeur pour une filière qui s’impatiente, 4 défis restent encore à relever qu’on ne remporte pas avec des lois.

Cultiver l’optimisme malgré tout

En février dernier, Christophe Béchu appelait à préparer notre pays à une évolution des températures de +4°C d’ici la fin du siècle quand l’opinion publique la moins avertie conserve à l’esprit les +1,5°C fixés par l’accord de Paris. Plus réaliste, ce scénario diffuse toutefois l’idée que nous ne réussirons pas à maintenir la seule trajectoire présentée comme valable.

Début septembre, le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres tirait à son tour le signal d’alarme : le climat implose plus vite que nous ne pouvons y faire face. Cet “effondrement climatique qui détruit des espoirs » sonne cette fois comme une sentence définitive. “Si il n’y a pas d’avenir, pourquoi gâcher le présent avec des mâts de 200 mètres à perte de vue ?”

Premier défi : prévenir le risque d’une grande capitulation avec un récit qui trace le chemin d’un futur désirable rendu possible par les victoires déjà acquises avec les EnR.

Briser le triangle de l’inaction

Théorisé par Pierre Peyretou, professeur à l’ESCP et animateur de la Fresque du Climat, le triangle de l’inaction climatique illustre les débats où s’enferment les pouvoirs publics, les entreprises, les élus et les individus dans une situation de blocage collectif, chacun pointant du doigt les responsabilités et le devoir d’agir des autres. “Pourquoi dénaturer nos paysages quand la France ne représente que 1% des émissions. Les Chinois d’abord, après on verra.”

Deuxième défi : réfuter les bonnes excuses qui justifient les oppositions systématiques en plaçant toutes les parties prenantes en responsabilité au centre d’un récit mondialisé de la transition énergétique.

Assumer un langage de vérité

La plupart des études prospectives, dont les Futurs énergétiques 2050 de RTE, démontrent qu’il va falloir produire plus d’électricité décarbonée pour absorber l’électrification massive des usages. Or plus d’électricité, c’est plus d’unités de production, plus d’infrastructures de raccordement, de transport et de distribution, de postes électriques et de lignes à haute tension.

Troisième défi : expliquer la nécessaire transformation de nos paysages énergétiques terrestres et maritimes, quelles que soient les sources de production décarbonée.

Lutter contre la désinformation massive

En 2023, en France, une personne sur trois n’adhère pas à la réalité du péril climatique ou à l’utilité d’agir. La faute à tous ces activistes manipulés par des intérêts privés qui, sur les réseaux sociaux, déforment les réalités scientifiques et embrouillent les esprits pour retarder les mesures à prendre.

Les conséquences sont visibles, notamment dans les territoires où derrière la volonté légitime de préserver patrimoine et biodiversité se cache parfois l’idée que les énergies renouvelables sont une solution à une urgence climatique qui n’existe pas.

Quatrième défi : révéler les motivations et les méthodes du mouvement climatosceptique en recrutant des repentis pour les impliquer dans la construction d’un contre-discours crédible.

L’accélération des EnR dans les territoires est un immense défi qui nécessite l’effort de tous. Si les lois récemment votées réduisent le délai des recours, quasi systématiques en dépit de l’urgence à agir, le passage en force sera toujours perçu comme un aveu d’échec.

On ne réussira pas la transition énergétique sans remporter la bataille de l’opinion populaire. Sur ce terrain, les Directions de la communication et des Affaires publiques des industriels (quand elles existent) peuvent devenir des armes de persuasion massive pour remporter cette bataille inachevée.

Quentin Lardeau

Passé par le Service d’information du Gouvernement sous le mandat d'Édouard Philippe, puis par le cabinet de conseil en stratégie de communication et d’opinion Antidox, Quentin Lardeau est aujourd’hui Directeur conseil en communication, notamment pour les entreprises et leurs dirigeants engagés dans la transition énergétique. Enseignant, il intervient auprès des étudiants des Masters de Sciences Po Bordeaux et de l’EFAP Paris. Il est par ailleurs membre du MEDEF et de CEMATER, le groupement des professionnels de la filière des EnR en Occitanie.