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Énergie : la crise du détroit d’Ormuz pousse le monde à renouer avec le charbon

Le blocage du détroit d’Ormuz bouleverse l’équilibre énergétique mondial. Face à la raréfaction du pétrole et du gaz, plusieurs grandes économies réactivent massivement le charbon, au détriment des objectifs climatiques.

Un point de bascule pour les politiques énergétiques

Depuis cinq semaines, la fermeture du détroit d’Ormuz, axe stratégique par lequel transite près de 20 % du commerce mondial d’hydrocarbures, agit comme un électrochoc pour les économies dépendantes des importations énergétiques. Ce blocage, conséquence directe des tensions militaires dans le golfe Persique, met à mal des années d’efforts en faveur de la transition énergétique.

Alors que de nombreux pays s’étaient engagés à réduire leur dépendance aux énergies fossiles les plus polluantes, la situation actuelle impose des choix pragmatiques. La priorité n’est plus la décarbonation, mais la sécurité d’approvisionnement.

Le charbon, longtemps relégué au second plan, apparaît ainsi comme une solution immédiate, disponible et relativement bon marché pour pallier la chute des livraisons de gaz et de pétrole.

L’Allemagne et l’Europe contraintes de revoir leur copie

En Europe, l’onde de choc est particulièrement visible en Allemagne. Le gouvernement envisage de relancer plusieurs centrales à charbon mises en réserve, représentant près de 8,8 gigawatts de capacité. Une décision symbolique dans un pays qui s’était engagé à sortir progressivement de cette énergie.

Les premiers effets sont déjà mesurables : la part du charbon dans la production électrique allemande a récemment progressé, tandis que celle du gaz a fortement reculé, faute d’approvisionnement suffisant.

Ce rééquilibrage, contraint par les circonstances, souligne la fragilité des stratégies énergétiques face aux crises géopolitiques. Il révèle aussi les limites d’une transition énergétique dépendante de flux internationaux instables.

L’Asie accélère encore davantage le recours au charbon

Mais c’est en Asie que le mouvement est le plus marqué. Plusieurs grandes économies ont rapidement assoupli leurs restrictions pour sécuriser leur production d’électricité.

En Corée du Sud, les autorités ont levé les limitations sur l’utilisation du charbon. En Inde, la production est intensifiée à l’approche des pics de consommation estivaux, avec des centrales tournant à plein régime.

D’autres pays suivent la même trajectoire. L’Indonésie exploite davantage ses ressources domestiques, tandis que la Thaïlande, les Philippines et le Vietnam renforcent leurs capacités de production.

Cette dynamique régionale accentue le recul temporaire des ambitions climatiques, au profit d’une logique de sécurité énergétique.

Une flambée des prix et un choc économique mondial

Les conséquences de cette crise se font déjà sentir sur l’économie mondiale. Selon les projections de l’Organisation de coopération et de développement économiques, l’inflation dans les pays du G20 devrait atteindre 4 % en 2026, soit une nette révision à la hausse.

Dans le même temps, la croissance mondiale ralentit. Le produit intérieur brut global est désormais attendu à 2,9 %, contre 3,2 % l’année précédente. Un ralentissement directement lié au choc énergétique.

Sur les marchés, la tension est palpable. Le pétrole Brent a bondi d’environ 60 % depuis le début du conflit, une hausse exceptionnelle qui rappelle les grandes crises énergétiques du passé. Malgré des tentatives de stabilisation, les prix restent durablement élevés.

Des réponses d’urgence encore insuffisantes

Face à cette situation, plusieurs pays consommateurs ont tenté de limiter les effets de la crise. Les États-Unis ont notamment procédé à une libération massive de leurs réserves stratégiques, accompagnés par leurs alliés.

Certaines sanctions ont également été assouplies pour permettre un retour partiel de pétrole russe et iranien sur le marché. Mais ces mesures restent insuffisantes pour compenser la perte d’approvisionnement liée au blocage du détroit.

Pour Fatih Birol, directeur de l’Agence internationale de l’énergie, cette situation pourrait durablement modifier les comportements : le recours accru au charbon, au moins temporairement, semble inévitable.

Une crise comparable aux chocs pétroliers

Par son ampleur, cette crise rappelle les grands bouleversements énergétiques des années 1970. La guerre en cours impliquant notamment les États-Unis et l’Iran continue de peser lourdement sur l’approvisionnement mondial, sans perspective claire de résolution.

Les tentatives diplomatiques restent fragiles, et les tensions persistent. Dans ce contexte, les marchés demeurent extrêmement volatils, et les politiques énergétiques évoluent au gré des urgences.

Ce retour en force du charbon, bien que présenté comme temporaire, pourrait laisser des traces durables. Il met en lumière un dilemme fondamental : concilier impératifs climatiques et sécurité énergétique dans un monde de plus en plus instable.

commentaires

COMMENTAIRES

  • Les impératifs climatiques sont liés à des prédictions sur le futur qui peuvent se révéler fausses, la climatologie étant une science jeune dont la capacité prédictive reste à confirmer tandis que l’urgence énergétique est là et bien là ; si le futur proche est gros d’un effondrement possible, le futur lointain n’existera pas pour la civilisation actuelle. Les choix actuels qui relèvent d’un réflexe de survie sont d’une certaine façon bon signe et témoigne de un a propos et d’un bon sens réconfortant.

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    • Ramassis d’âveries de philo à 2 balles !
      Les retours arrieres n’ont jamais conduit au futur ! La cris des fossiles révèle seulement que nous avons été trop bêtes pour investir suffiramment dans le bas carbone et notamment dans le renouvelable, seule chance de survie de notre civilisation à long terme, car quand toutes les autres solutions auront disparues de la planète il restera le renouvelable.

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  • Et le nucléaire et le développement des RNR mon petit chou de rochain c’est fait pour les chiens !

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  • Et pourtant ! Que d’encensement pour Saintes Angela et Greta ! Mais Mme Van der Leyen a reconnu que l’Europe avait fait une erreur stratégique.en matière d’énergie. Mieux vaut tard que jamais… Mais il fut un temps où les erreurs stratégiques valaient à leurs auteurs d’être purement et simplement remerciés. Mais là ? Rien. Vive l’Europe.

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