Biométhane : pour un véritable plan de soutien !

Biométhane : pour un véritable plan de soutien !

Tribune signée Julien Tchernia – PDG et cofondateur d’ekWateur

La crise énergétique, tout le monde en parle et beaucoup de questions ont été médiatisées depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. En effet, l’Europe s’est retrouvée coincée avec, d’un côté, sa volonté de soutenir l’Ukraine et de l’autre sa dépendance au gaz russe, avec comme alternative des imports, composés pour beaucoup de gaz de schiste provenant des Etats-Unis. Mais alors, si les deux solutions qui s’offrent à nous sont d’importer du gaz à fort impact CO2 ou de prôner la sobriété, je choisis la deuxième solution. Et plus encore, j’en propose une troisième, jusqu’ici largement sous-estimée : le biométhane.

La solution pour répondre à la crise

Le biogaz, ou biométhane, remplace le gaz naturel dans les tuyaux. C’est donc un levier important pour contribuer à notre indépendance énergétique. Fin décembre 2021, 365 sites injectaient sur le réseau de gaz pour des capacités de 6,4 TWh, soit l’équivalent de la consommation de 1,4 million de logements neufs chauffés au gaz. C’est bien  mais ce n’est pas assez. D’autant que la France dispose de forts atouts pour développer cette filière. Selon l’Association française du gaz, nous représentons le premier potentiel méthanisable d’Europe.

Bas-carbone et pilotable, le biométhane permet aussi de valoriser localement et de manière pérenne des déchets organiques en mal de solution de traitement. Les avantages du biométhane sont nombreux : renouvelable, stockable et locale, cette énergie est un important levier pour la transition énergétique, pour la transition écologique et pour notre indépendance énergétique. Ce levier ne demande qu’à être actionné. Tout le monde semble l’avoir compris à l’image du principal acteur, GRDF, et de sa directrice générale, Laurence Poirier-Dietz, qui multiplie les prises de parole sur le sujet : “Il y a un potentiel très fort […] C’est une énergie locale avec une économie circulaire en local qui a beaucoup de bénéfices sur l’agriculture et pour notre énergie ».

Depuis l’invasion de l’Ukraine, le vent tourne pour le biométhane.

Depuis le début de la filière, un mécanisme de traçabilité européen, la Garantie d’Origine (GO), a été mise en place pour permettre aux clients qui le souhaitent de se fournir en biométhane. Fin 2020, des bâtons ont été mis dans les roues de la filière, mais depuis la guerre en Ukraine, le vent semble avoir tourné. En novembre 2020 par exemple, le gouvernement annonçait la baisse du tarif d’achat du biométhane, mécanisme pourtant conçu pour accélérer les investissements et garantir la juste rémunération de la filière. En janvier 2021, il a également supprimé l’exonération de la taxe carbone pour les utilisateurs de ce biogaz, mesure en vigueur depuis 2017 et qui représentait une réduction d’environ 15% pour les clients finaux. Ces deux changements furent un coup dur pour la filière.

La guerre en Ukraine a mis au jour nos lacunes et dépendances en termes de gaz, rappelant au gouvernement l’intérêt que représente le biométhane. Nous avons assisté, alors, à la mise en place de mesures de soutien comme l’indexation du tarif d’achat sur l’inflation.

Le gouvernement va jusqu’à imposer un taux de biométhane aux consommateurs de gaz

Plus récemment, le gouvernement a décidé de rendre obligatoire un taux de biométhane croissant dans le gaz consommé par tous les Français. Pour s’assurer que ce taux ne soit composé que de biométhane français, il a créé un nouveau certificat de traçabilité, le certificat de production de biogaz, ou CPB. Concrètement, il s’agit de certificats identiques dans leur forme aux Garanties d’Origine mais Franco-Français et non échangeables sur le marché Européen. Ils sont obtenus par le producteur de biogaz chaque fois qu’il injecte un volume de biogaz dans le réseau. De plus, le fournisseur d’énergie sera obligé d’acheter ces CPB.

L’ambition est d’accélérer le développement de la filière en imposant son financement et en s’assurant que tout l’argent soit investi en France. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions.

La transition ne peut se faire sous la contrainte, ni ne reposer que sur le consommateur.

Insidieusement, en faisant reposer le financement des nouveaux moyens de production sur les fournisseurs, ce mécanisme proposé par le Gouvernement rend obligatoire le soutien par le consommateur, au lieu de faire confiance à l’envie et au choix de celui-ci…

La mise en œuvre des CPB introduira, directement dans les factures des clients, un surcoût croissant de plusieurs dizaines d’euros par Mégawattheure. Le risque est de créer un rejet des consommateurs et de leurs représentants politiques. Ces derniers auront beau jeu de dire qu’il faut préserver le pouvoir d’achat et ne pas subventionner cette énergie, créant un vent de rejet avec, in fine, un risque de retard du déploiement de nouvelles unités de production, un peu comme la France est aujourd’hui à la traîne en matière d’éolien et de solaire.

Cela pourrait aussi décourager les clients potentiels et les orienter vers des énergies moins chères, et plus carbonées. Enfin, le mécanisme des CPB avantagera les géants de l’énergie. En effet, seules les très grandes entreprises seront capables de produire les garanties financières nécessaires pour acheter des CPB directement aux producteurs. Face à ce constat, le gouvernement et son administration sont aujourd’hui incapables de répondre à nos questions et d’adapter le dispositif aux fournisseurs d’énergies renouvelables plus modestes qui pourtant soutiennent le biométhane depuis ses débuts.

Donner au biométhane le soutien qu’il mérite

Un fournisseur n’a pas les mêmes capacités financières que l’Etat. Tout le poids de la transition ne peut, et ne doit pas, reposer uniquement sur les clients finaux. Il faut penser à des mécanismes incitatifs ou de sensibilisation. La méthanisation des biodéchets ménagers, richesse inexploitée et fort vecteur de sensibilisation, est une piste intéressante. L’idée est que le financement de la transition ne repose pas dans sa majeure partie sur des obligations, au risque de créer un important rejet. Au contraire, il faut continuer à donner envie, à rendre accessible et à rappeler l’importance des énergies renouvelables pour rendre la France moins dépendante à la fois des énergies fossiles, et des importations.