« Le biométhane devient bon marché »

La ville de Lyon, qui a pour objectif une réduction de 30 % de ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport à 2019, fait aujourd’hui le choix du biométhane pour assurer le chauffage des bâtiments publics. Nous avons voulu en savoir plus avec Julien Tchernia, cofondateur d’ekWateur, fournisseur d’énergies qui alimentera le réseau lyonnais. 

Où sera produit le biométhane et à partir de quel élément ?

Pour le définir, on passe par le mécanisme des garanties d’origine qui assure la traçabilité du biométhane. Aujourd’hui on ne peut répondre directement à cette question car on achète ces garanties aux producteurs a posteriori. Une chose est sûre, elles seront françaises ! Pour les intrants, ils peuvent être de tous types : déchets agricoles, boues d’épuration…

Le chauffage électrique français repose sur un parc nucléaire dont le facteur d’émissions de gaz à effet de serre est notoirement bas. En quoi le biométhane présente-t-il un avantage ?

En effet, le chauffage électrique français repose sur un parc nucléaire qui émet peu de gaz à effet de serre : 6 grammes de CO2 seulement par kWh. Intuitivement, il est donc écologiquement rationnel de privilégier cette source d’électricité au détriment d’une filière biométhane dont le facteur d’émissions est de 44,1grammes de CO2 par kWh.

Cependant, lors de chacun des pics de consommation qui surviennent tous les hivers, nous sommes forcés d’utiliser des centrales de production fossile, beaucoup plus émettrices de gaz à effet de serre : 960 grammes de CO2 par kWh pour le charbon.

C’est à prendre en compte. Le biométhane est stockable donc plus enclin à faire face aux pointes de consommation induites par le chauffage par rapport aux unités de production d’électricité de base telles que les centrales nucléaires ou charbon.

Il y autre chose : le biométhane est une énergie renouvelable et locale, l’uranium ne l’est pas. Le biométhane ne produit pas de déchets hautement radioactifs. Pour des raisons évidentes, le risque industriel d’une installation biométhane est plus faible que celui d’une centrale nucléaire.

L’enjeu est également économique : son LCOE (Levelized Cost Of Energy), c’est-à-dire le coût total lié à sa production et à sa distribution, est en baisse et pourrait se stabiliser entre 65€ et 85€ par MWh d’ici 2030 selon ENEA Consulting. Le nucléaire quant à lui, ne cesse de voir augmenter son LCOE : pour les centrales les plus récentes, celui-ci varie ainsi entre 95€ et 160€ par MWh.

La ville de Lyon, 3e ville française, va peut-être, avec ce nouveau type de chauffage de ses bâtiments publics, prouver que le biométhane souffre d’une réputation galvaudée d’énergie coûteuse ?

Vu les prix de marché aujourd’hui, le biométhane devient bon marché ! La rapidité de la reprise économique mondiale post-confinement a induit une forte tension sur l’approvisionnement en énergie. Associé à la hausse du coût des quotas d’émissions de CO2, le cout de gaz a atteint de très haut niveau, jusqu’à plus de 60 euros de MWh en octobre. On se rapproche du coût du biométhane qui continue de baisser. La ville de Lyon fait le pari du biométhane et je pense que c’est le bon.

Le biométhane peut-il constituer, à terme, un excellent levier pour l’indépendance énergétique tricolore ?

Bien sûr, au même titre que toutes les énergies renouvelables. Et ça fait écho aux questions précédentes. Le biométhane peut-être produit en France ; pour le gaz ou l’uranium nous dépendons d’autres pays. En ce moment, on regarde par exemple du côté de la Russie pour le gaz.

Il y a d’énormes possibilité de développement qui peuvent participer à l’indépendance énergétique de la France. Une étude de l’ADEME nous montre que « le potentiel de production de biogaz s’élève à 185 TWh ».

On en est loin pour l’instant mais ce chiffre dépasse l’ensemble des besoins en énergie des particuliers ! Je ne comprends pas toujours qu’on mette des bâtons dans les roues de cette énergie qui a beaucoup de potentiel.

commentaires

COMMENTAIRES

  • Bonjour,
    Il y a au moins un problème dans ce raisonnement et plus globalement dans la promotion du bio-méthane, c’est qu’il n’existe pas de « déchet » agricole !
    Dans une agronomie intelligente, qu’on peut appeler agroécologie, les cycles sont autant que possible refermés, et les pailles comme les déjections animales retourner au champ, idéalement sous forme de fumier composter.
    Priver les champs d’engrais organique nous condamne à les fertiliser avec des engrais minéraux, notamment azotés, très consommateurs de … méthane !
    Sans même parler du scandale des cultures qui seront produites uniquement pour alimenter cette filière, et comme ce n’est pas alimentaire on peut oublier toutes autres règles environnementales et sanitaires.
    Ou des « fermes-usines » productrices de méthane : les déjections sont passées du statut de ressource précieuse (fertilisant indispensable) à celui de « déchet » avec l’avènement des engrais minéraux au XXème siècle, puis à nouveau de ressource précieuse pour l’énergie, au point que le lait et la viande deviennent des sous-produits et que leurs cours s’effondrent quand cette « énergie » d’origine agricole est subventionnée. (Cf. historique de l’emblématique mais non unique « Ferme des 1000 vaches » ; c’est bien pire en Allemagne ou en Belgique, mais ce n’est pas une raison pour faire les mêmes erreurs !)
    Cela revient à déshabiller Pierre pour habiller Paul.
    Un magnifique exemple de fausse bonne idée !
    Et au moins une bonne raison, parmi d’autres, « qu’on mette des bâtons dans les roues de cette énergie qui a beaucoup de potentiel ». 😉

    Emmanuel Lierdeman, Ingénieur agronome.

    Répondre
    • Bonjour @Liederman Emmanuel,
      Je suis étonné qu’un ingénieur agronome puisse méconnaitre à ce point la méthanisation.
      Pour ma part, j’ai visité pas plus tard qu’hier une unité de méthanisation en Seine-et-Marne. L’exploitant est un agriculteur alimentant son unité par 1) du lisier issu de son élevage de vaches laitières (300), et 2) des CIVE (cultures intermédiaires à vocation énergétiques), plantées entre ses cultures habituelles (du seigle en l’occurrence, qui sert également de fourrage pour son élevage).
      En ce qui concerne la fertilisation de ses terres (300 hectares), cet exploitant nous a indiqué être passé d’une situation (avant la mise en place de la méthanisation), où son lisier couvrait le 1/3 de ses besoins de fertilisation (le complément étant couvert par des engrais chimiques), à une situation actuelle où le digestat (sous-produit de la méthanisation contenant tous les éléments chimiques issus des intrants à l’exception du biogaz qui est composé essentiellement de CH4 et CO2) couvre l’intégralité de ses besoins de fertilisation. Donc le contraire de ce que vous avancez.

      Autre point intéressant, alors que la méthanisation est régulièrement accusée de générer des odeurs nauséabondes, cet agriculteur nous a indiqué qu’une des raisons l’ayant poussé à la méthanisation était précisément de réduire les nuisances olfactives occasionnées par ses épandages de lisiers, supprimées maintenant qu’il épand le digestat de la méthanisation (qui est inodore).

      Je vous communiquerai volontiers les coordonnées de cet exploitant agricole si cela vous intéresse.
      Bien cordialement

      Répondre
      • @Patrick,

        Bonjour Patrick,
        Effectivement, « à l’exception du CH4 et du CO2 », donc du carbone !
        Donc on se retrouve à apporter un digestat riche en N, P et K. OK là dessus.
        Mais la vie du sol ne se nourrit pas que de N, P et K.
        L’équilibre C/N est fondamental, dans le sol comme dans la panse du ruminant.
        Sans C, comment construire de la Matière Organique Humifiée, donc de l’humus et enfin du CAH, condition d’une fertilité durable ?
        Dans tout (éco)système le carbone est la source d’énergie. L’énergie qui est ainsi détournée est perdue pour la vie du sol.
        Et que dire de la vie microbienne anaérobie de ce digestat ?
        On en reste à cette vision agronomique qui date de Liebig (1840), qui considère le sol comme un simple substrat.
        Liebig n’est pas responsable des applications industrielles de sa théorie de la nutrition minéral des plantes, parfaitement juste. Mais ce n’est pas parce que sa théorie est juste que l’utilisation d’engrais minéraux solubles est agronomiquement pertinente !
        Un siècle plus tard (1940, il y a déjà 70 ans), Howard a expliqué la nécessité de « nourrir le sol » et pas seulement la plante. Encore combien de décennies pour le comprendre ?
        En attendant, on continue d’appauvrir les sols et d’étendre les superficies de sols morts, préludes aux déserts ?
        Visiblement, nous n’avons pas la même vision du sol, et donc de l’agronomie.
        Au plaisir de vous lire.
        Cordialement,
        Emmanuel

        Répondre
        • Bonjour Emmanuel,
          Merci pour votre réponse.
          J’ai vu nombre d’interventions de Claude Bourguignon entre autres et suis parfaitement conscient de l’absolue nécessité de conserver des sols vivants (pour lutter contre l’érosion, stocker plus de carbone, maintenir un écosystème varié, et j’en passe). Je suis donc partisan des techniques d’agricultures de conservation (sans labour, semis direct,…).
          A mon petit niveau, je consomme un maximum d’aliments cultivés en bio ou en agriculture raisonnée.
          A ce sujet j’ai une question : vous dites que l’épandage de digestat conduit à la destruction du sol du fait du manque des composés carbonés.
          Est ce que le fait de laisser les racines des CIVE dans le sol ne constitue pas un apport carboné ?
          Par ailleurs, comment s’en sortent les sols dans les types d’agriculture où aucun intrant n’est ajouté ? (donc pas de carbone, mais pas de N,P,K non plus ?)
          De plus, ne pensez vous pas que la pratique des CIVE, dans la mesure où elle maintient un couvert végétal entre les cultures « principales » (et donc contribue à limiter l’érosion), et également pour leur rôle de puits à azote, joue un rôle bénéfique pour les sols ?
          Notez que je ne suis pas expert, je vous pose ces questions de bonne foi sans chercher à vous « coincer » 🙂
          Bien cordialement,
          Patrick

          Répondre
  • Affirmer que le biométhane est une source d’énergie moins chère que l’électricité nucléaire en se fondant, non sur les coûts de production actuels (aux alentours de 42 €/MWh) mais sur ceux de l’EPR prototype de Flamanville ou, pire, sur ceux des futurs EPR dont le mode de financement n’est pas encore déterminé alors que celui-ci a un impact fondamental sur le coût de revient, relève d’une supercherie dont nous avons hélas l’habitude avec les promoteurs des énergies renouvelables. Est-il vraiment indispensable de tricher ou de mentir pour soutenir les énergies renouvelables?

    Répondre
  • Dommage que derrière le « je » de la dernière phrase, on ne sache pas de qui il s’agit. « La réaction » est une signature très vague.
    Mais il est vrai que les pointes de consommations hivernales restent un problème difficile à résoudre sans mettre à contribution un parc thermique fossile en France ou chez nos voisins, car l’hydraulique a ses limites en matière de suivi de charge.

    Répondre
  • Plus de 1300 méthaniseurs pour même pas 10 TWh cette année. La méthanisation ne fera absolument rien à la Transition Energétique.
    Soyons clairs:
    – les déchets vrais peuvent être méthaniers
    – l’énergie ainsi transformée doit être utilisée en circuits courts uniquement
    Pas de cive ou autres cultures énergétiques, ça n’a aucun sens. Pas d’injections en réseaux, qui fuient comme les sites de méthanisation.
    restons raisonnables

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