Bas-Rhin : il relance un puits abandonné et empoche plus de 2 millions d’euros

Bas-Rhin : il relance un puits abandonné et empoche plus de 2 millions d’euros

Quand les géants du pétrole abandonnent un gisement, certains y voient la fin d’une aventure industrielle. D’autres, au contraire, y flairent une opportunité. C’est exactement ce qu’a fait Philippe Labat, ancien ingénieur chez Elf, qui a transformé un vieux puits délaissé du Bas-Rhin en une étonnante success-story pétrolière.

À la fin des années 1980, cet ingénieur francilien s’intéresse aux petits gisements français laissés de côté par les grandes compagnies. Son raisonnement est simple : exploiter du pétrole en France peut s’avérer rentable, notamment grâce à des coûts logistiques réduits et à un sous-sol plus accessible qu’ailleurs. L’Alsace attire particulièrement son attention, car le pétrole y est relativement peu profond.

Son choix se porte finalement sur un ancien puits situé à Oberlauterbach, un village du nord du Bas-Rhin. À l’époque, Elf estime que le gisement est épuisé et décide d’abandonner l’exploitation. Philippe Labat fait alors le pari inverse. Convaincu qu’il reste encore des réserves importantes, il décide de reprendre le site.

Pour lancer l’aventure, il réunit une quinzaine d’investisseurs et mobilise environ 200.000 euros afin de créer une société d’exploitation, acquérir du matériel et financer les premiers travaux. Après plusieurs années de démarches administratives, les autorisations nécessaires arrivent enfin et l’exploitation débute en juillet 1999.

Très vite, l’ancien ingénieur découvre que son intuition était bonne. Le puits n’est pas vide : il est simplement obstrué par de la paraffine, une substance qui bloque l’écoulement du pétrole. Afin de résoudre le problème, il met au point une méthode de chauffage du puits, d’abord grâce à une résistance électrique puis via un système de réchauffement installé en profondeur.

Cette technique, qu’il présente comme unique en Europe, permet progressivement de relancer la production. Le site finit par produire près d’une quinzaine de barils par jour. Le pétrole extrait est ensuite revendu à la raffinerie de Karlsruhe, en Allemagne, à des conditions avantageuses.

Pendant près d’un quart de siècle, le petit puits alsacien fonctionne discrètement mais efficacement. Philippe Labat devient ainsi le seul exploitant pétrolier indépendant de France. Une situation rare dans un secteur dominé par les grands groupes énergétiques.

L’aventure prend toutefois fin en 2023 lorsqu’une panne importante touche le système de chauffage du puits. Les réparations nécessaires s’annoncent trop coûteuses pour une petite structure indépendante. Après plusieurs mois de réflexion, l’exploitation est finalement arrêtée définitivement en février 2026.

L’ancien ingénieur ne cache pas une certaine frustration. Selon lui, près de 30 % des ressources du gisement seraient encore exploitables. Malgré cela, le bilan reste largement positif. En vingt-cinq ans d’activité, le puits lui aurait rapporté un peu plus de deux millions d’euros.

Sans atteindre les fortunes des grands patrons du pétrole, cette réussite lui a permis de vivre confortablement et de préparer sereinement sa retraite. « Ce n’est pas l’EuroMillions », confie-t-il avec humour, « mais cela assure une retraite agréable ».

Le village d’Oberlauterbach a lui aussi bénéficié de cette exploitation inattendue. Grâce aux redevances minières versées par l’activité pétrolière et aux dons annuels du gérant, la commune a pu financer différents projets locaux. Entre 2.000 et 4.000 euros étaient ainsi reversés chaque année pour soutenir des équipements scolaires ou participer à la création de logements sociaux.

Dans cette petite commune alsacienne de 550 habitants, le vieux puits abandonné s’est donc transformé, pendant plus de deux décennies, en une véritable manne économique. Une aventure atypique qui rappelle qu’en matière d’énergie, certains paris jugés impossibles peuvent parfois se révéler gagnants.