Nucléaire : Washington accuse Pékin d’accélérer son programme d’armement

Les tensions stratégiques entre les États-Unis et la Chine franchissent un nouveau cap. À Genève, lors de la Conférence du désarmement, Washington a accusé Pékin d’accroître massivement et sans transparence son arsenal nucléaire. Des accusations fermement rejetées par la Chine, qui dénonce des « allégations infondées » et refuse toute négociation trilatérale.

Ces déclarations interviennent dans un contexte particulièrement sensible : l’expiration, début février, du traité New Start, dernier accord bilatéral encadrant les arsenaux nucléaires des deux principales puissances atomiques, les États-Unis et la Russie.

Washington pointe une montée en puissance rapide

Devant les diplomates réunis à Genève, Christopher Yeaw, secrétaire d’État adjoint américain au contrôle des armements et à la non-prolifération, a affirmé que la Chine aurait « délibérément et sans contrainte » développé son arsenal nucléaire, sans en préciser les objectifs.

Selon les estimations avancées par Washington, Pékin serait en mesure de disposer, d’ici 2030, des matières fissiles nécessaires à la fabrication de plus de 1 000 ogives nucléaires. Les autorités américaines estiment même que la Chine pourrait atteindre une forme de parité nucléaire avec les États-Unis dans un horizon de quatre à cinq ans.

Ces accusations s’accompagnent d’allégations concernant d’éventuels essais nucléaires dissimulés, notamment en 2020, ainsi que la préparation de tests d’une puissance supérieure.

L’administration américaine considère que l’expiration du traité New Start ouvre la voie à un « meilleur accord » qui inclurait la Chine, absente jusqu’ici des cadres de limitation bilatéraux conclus entre Washington et Moscou.

La fin d’un pilier du contrôle des armements

Le traité New START, entré en vigueur en 2011, limitait les États-Unis et la Russie à 1 550 ogives nucléaires déployées chacun, ainsi qu’à un nombre plafonné de lanceurs stratégiques. Son expiration, le 5 février, marque la fin de décennies de mécanismes contraignants de réduction et de vérification des arsenaux nucléaires stratégiques.

Selon la coalition International Campaign to Abolish Nuclear Weapons (ICAN), prix Nobel de la paix 2017, les États-Unis et la Russie possèdent chacun plus de 5 000 armes nucléaires au total, en comptant les ogives déployées et stockées.

La disparition du dernier cadre juridique bilatéral renforce les craintes d’une nouvelle course aux armements, dans un contexte géopolitique déjà marqué par la guerre en Ukraine et la rivalité stratégique sino-américaine.

Pékin rejette toute comparaison

La réponse chinoise ne s’est pas fait attendre. À Genève, l’ambassadeur chinois chargé du désarmement, Shen Jian, a « catégoriquement rejeté » les accusations américaines. Il a dénoncé des tentatives de « distorsion et de diffamation » de la politique nucléaire de son pays.

Selon Pékin, l’arsenal chinois demeure sans commune mesure avec ceux des deux principales puissances nucléaires mondiales. La Chine estime qu’il n’est « ni juste, ni raisonnable, ni réaliste » d’attendre d’elle qu’elle participe à des négociations trilatérales aux côtés des États-Unis et de la Russie, tant que ces deux pays disposent d’arsenaux nettement supérieurs.

La doctrine nucléaire chinoise repose officiellement sur une politique de dissuasion minimale et sur l’engagement de ne pas utiliser l’arme nucléaire en premier. Toutefois, les estimations occidentales font état d’une modernisation rapide des capacités chinoises, notamment via la construction de nouveaux silos de missiles balistiques intercontinentaux.

Vers une nouvelle ère de rivalité stratégique ?

L’accusation américaine s’inscrit dans un climat de rivalité globale entre Washington et Pékin, qui dépasse largement la question nucléaire : tensions commerciales, compétition technologique, différends en mer de Chine méridionale et autour de Taïwan.

L’enjeu dépasse le simple nombre d’ogives. Il concerne la transparence, les mécanismes de vérification et la stabilité stratégique mondiale. Sans cadre multilatéral incluant la Chine, les États-Unis redoutent un déséquilibre progressif dans la dissuasion nucléaire.

De son côté, Pékin estime que la responsabilité principale du désarmement incombe d’abord aux deux puissances disposant des plus grands arsenaux.

L’expiration de New Start laisse ainsi un vide diplomatique préoccupant. En l’absence d’un nouvel accord, la planète entre dans une phase d’incertitude stratégique où les mécanismes de limitation des armes nucléaires ne reposent plus que sur des engagements unilatéraux. Une situation qui ravive le spectre d’une course aux armements à grande échelle.

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