Etude RTE : le scénario 100% renouvelables est-il plausible ?

Etude RTE : le scénario 100% renouvelables est-il plausible ?

Energies renouvelables

Le 19 janvier dernier, le média Contexte publiait un article sur une étude menée par RTE, alors que cette dernière n’était pas encore rendue publique. Selon le site d’information, l’étude conclut au caractère plausible d’un mix électrique fondé sur “des parts très élevées d’énergies renouvelables”. Si ce scénario paraît séduisant de prime abord, il résiste mal à l’analyse.

La Stratégie nationale bas-carbone, adoptée en 2015 et chargée de piloter la politique énergétique tricolore, a désormais le viseur braqué sur 2050, date à laquelle la France devra atteindre la “neutralité carbone”, soit l’état d’équilibre entre les émissions de gaz à effet de serre (GES) d’origine humaine et leur retrait de l’atmosphère. Pour cela, l’Etat mise en partie sur les énergies renouvelables. Mais ces dernières sont-elles aussi fiables que ses promoteurs le prétendent ? 

Que dit l’étude de RTE ?

Un mix électrique décarboné fondé sur “des parts très élevées d’énergies renouvelables” est techniquement possible à l’horizon 2050. Telles seraient les conclusions d’une étude réalisée par RTE (Réseau de transport d’électricité). Le média Contexte, qui a eu accès au rapport, en a divulgué une partie qui stipule que : “quatre ensembles de conditions strictes […] devront être remplies pour assurer sur le plan technique, l’intégration en toute sécurité de très grandes parts d’énergies renouvelables dans un système électrique large comme celui de la France”. 

Sur la stabilité du système, le rapport précise que des “difficultés spécifiques pourraient concerner les systèmes comportant une part importante de photovoltaïque distribué”. Il faudrait dès lors “poursuivre les projets de R&D” et “lancer des démonstrateurs et des projets pilotes”. La sécurité d’alimentation quant à elle pourrait être garantie “même dans un système reposant en majorité sur des énergies à profil de production variable comme l’éolien et le photovoltaïque, si les sources de flexibilité sont développées de manière importante”, à l’instar du “pilotage de la demande, du stockage à grande échelle, des centrales de pointe et de la fluidification des échanges par les réseaux de transport”. Les réserves opérationnelles, elles aussi mentionnées dans le rapport, sont destinées à “couvrir les aléas pouvant affecter la production, la consommation et la capacité de transit sur les lignes électriques” et peuvent évoluer compte tenu de la “nature de la production et la structure de la consommation”. Enfin, l’étude précise que les réseaux devront subir “un renforcement et une restructuration en profondeur” afin de pouvoir ”atteindre des parts élevées de renouvelables”. 

Pour autant, selon la synthèse de l’étude, “la question de savoir si ces scénarios sont socialement souhaitables ou attrayants” et celle de connaître “leur coût et leur viabilité financière” ne sont pas examinées. Le rapport RTE insiste donc sur la faisabilité de ce scénario, mais est-il vraiment envisageable dans la réalité ? Et si oui, est-il souhaitable ? 

Retards de développement 

Dans le budget 2021, l’exécutif a augmenté de près de 25 % le soutien aux énergies vertes (6 milliards d’euros), qu’il espère porter à 32 % du mix énergétique en 2030 (contre 23% en 2019). Pour répondre aux objectifs gouvernementaux de développement des énergies renouvelables, ces dernières devraient contribuer à 40% de la production électrique, 38% de la consommation finale de chaleur, 15% de la consommation finale de carburant et 10% de la consommation de gaz à l’horizon 2030. 

Voici pour la théorie. Dans les faits, la France accuse un retard certain dans le développement des énergies vertes. Si ces dernières ont continué d’essaimer sur le territoire en 2020 (photovoltaïque et éolien en tête), le rythme est insuffisant pour coller aux objectifs nationaux, selon le baromètre 2020 d’Observ’ER. Par exemple, il existe “un risque de décrochage pour la filière éolienne”, qui devrait atteindre 31 gigawatts (GW) au lieu des 33-34 GW prévus à l’horizon 2028 par la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE), la feuille de route du gouvernement en matière d’énergie. “Un retard difficile à rattraper”, a d’ores et déjà prévenu Frédéric Tuillé, responsable des études chez Observ’ER.

Des énergies coûteuses et pas si “vertes”

Par ailleurs, s’il est envisageable, à l’échelle individuelle, une maison qui fonctionnerait uniquement grâce à des panneaux photovoltaïques (pour l’électricité) et à une pompe à chaleur géothermique (pour le chauffage), le projet semble plus difficilement réalisable à l’échelle nationale. D’un point de vue environnemental, dans un premier temps, cela signifierait une augmentation drastique du nombre d’éoliennes ou de panneaux solaires, et par conséquent une utilisation accrue du béton et de l’acier, mais également du silicium, du phosphore et de l’aluminium pour leur production, des matériaux extrêmement polluants selon un rapport SHERPA. Sans compter le coût environnemental des batteries de stockage énergétique, dont la durée de vie demeure faible.   

L’impact économique, ensuite, d’un tel scénario, serait assez préjudiciable pour l’ensemble des acteurs : le prix des énergies solaire et éolienne dépend non seulement du mode de production des matériaux qui les composent, mais également de leur mode de transport – essentiellement assurés par des énergies fossiles. On peut dès lors imaginer à quel point le coût de l’énergie augmenterait si les éoliennes devaient être construites dans des fours à bois, ou si les panneaux solaires étaient acheminés par des bateaux à voile, pour reprendre l’exemple de Jean-Marc Jancovici, associé fondateur de Carbone 4, un cabinet de conseil spécialisé dans l’adaptation au changement climatique.

Enfin, à production égale, la contribution au produit intérieur brut (PIB) des énergies renouvelables est plus faible (4 fois moins pour l’éolien ; 5 fois moins pour l’hydroélectricité) que pour le nucléaire, ainsi que le nombre d’emplois créés, également plus limité que dans la filière atomique (1,2 fois moins pour l’éolien ; 5,7 fois moins pour l’hydroélectricité), qui promet de recruter quelque 5 000 nouveaux collaborateurs cette année. Ce n’est pas tout : le nucléaire, qui représente 70 % de la production électrique nationale, permet à la France d’être le premier exportateur du secteur en Europe. S’en priver, ou en diminuer la part, aurait un impact direct sur le prix de l’énergie dans l’Hexagone – l’un des plus faibles de l’Union européenne -, mais également sur la souveraineté énergétique du pays. Séduisant sur le papier, le scénario 100 % renouvelables de RTE parait donc difficilement réalisable et peu souhaitable dans les faits.