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Houston : les conséquences d’Harvey sur le cœur de l’industrie pétrolière américaine

Du 26 au 30 août, l’ouragan Harvey frappait Houston, 4e ville des États-Unis et grand centre industriel. Un mois après, Thibault Laconde, d’Energie et Développement, revient sur les conséquences impactant l’industrie pétrolière.

Sa note complète est à retrouver ici.

Au-delà de l’inondation de Houston (2.3 millions d’habitants), Harvey a touché un des plus grands hubs logistiques au monde et le cœur de l’industrie pétrolière américaine, concentrée dans le Golfe du Mexique ou la formation de d’Eagle Ford pour la production et autour de Houston pour le raffinage et la pétrochimie.

Impact sur le secteur pétrolier

Harvey est passé au-dessus de deux zones importantes pour la production d’hydrocarbures : le Golfe du Mexique, d’où est extrait 17% du pétrole et 5% du gaz américains, et la formation d’Eagle Ford, d’où provient 21% du pétrole et 10% du gaz non-conventionnels (ou « de schiste »). Dans le Golfe du Mexique, environ un quart de la production a été arrêtée pendant l’ouragan5. Selon la Texas Railway Commission, la production d’Eagle Ford a baissé de 35 à 60%. Dans les deux cas cependant, la production semble être revenue rapidement à son niveau normal.

Le sud du Texas abrite par ailleurs 27% des raffineries américaines, 80% de ces capacité ont été mises hors-service par Harvey. Le 1er septembre, 11 raffineries, représentant une capacité de 3 millions de barils par jours, étaient à l’arrêt et 8 fonctionnaient à capacité réduite. Au total, la capacité de raffinage des Etats-Unis était alors amputée de 4.1 millions de barils par jour.

La protection des raffineries contre les inondations a été considérablement renforcée après que l’ouragan Katrina eut gravement endommagé plusieurs installations du Golfe du Mexique en 20057. Mais ces nouvelles mesures n’ont pas été suffisantes pour faire face aux précipitations exceptionnelles qui ont accompagné Harvey.

Les perturbations se sont prolongées après le passage de l’ouragan : seules 2 raffineries sur 19 ont pu revenir à un fonctionnement normal en moins de 15 jours. Le 26 septembre, la raffinerie Total de Port Arthur d’une capacité de 225.000 barils par jour, était toujours totalement à l’arrêt après avoir subi une coupure de courant le 30 août. Huit autres raffineries fonctionnaient encore à capacité réduite8.

Ces indisponibilités pourraient avoir des effets indirects difficiles à évaluer pour l’instant dans la mesure où le développement de la production d’hydrocarbures aux Etats-Unis a entrainé la mise en place de chaines d’approvisionnement, de sous-traitance et de traitement de plus en plus complexes et diffuses depuis une dizaine d’années.

Effets sur le prix des hydrocarbures

Harvey n’a pas eu d’effet spectaculaire sur les cours du pétrole. Il a cependant poussé le spread WTI/Brent (l’écart entre l’indice de référence américain et l’indice de référence mondial) à son plus haut niveau depuis 2015 : le WTI a été tiré vers le bas en anticipation d’une baisse de la demande de la part des raffineurs pendant que le Brent de Mer du Nord augmentait à cause de la chute temporaire des exportations de pétrole américaines.

Le cours de l’essence aux USA, au contraire, a bondi à 2,17$ par gallon le 31 août, son plus haut niveau depuis fin 2014. Il est ensuite retombé sous les 1,70$.

A la pompe, la hausse des prix a été plus durable : le prix de l’essence était en moyenne de 2.33$ par gallon le 21 août, il a atteint 2.45$ par gallon le 31 août puis 2.65$ le 5 septembre, au plus haut depuis l’été 2015. Le 25 septembre, il était toujours de 2.57$ par gallon, le retour à la normale devrait prendre encore plusieurs semaines. La facture pour les consommateurs américains, qui utilisent en moyenne 12 milliards de gallons de carburant par mois, va donc se chiffrer en milliards de dollars.

Conséquences environnementales

De très nombreuses usines pétrochimiques se trouvant dans la région sinistrée par le passage de Harvey, l’ouragan a entrainé d’importantes pollutions. Selon certains analystes, le développement rapide des hydrocarbures non- conventionnels a pu être un facteur aggravant : de nouvelles infrastructures ont été construites à la hâte et ne disposaient pas de protections suffisantes pour faire face à un événement comme Harvey.

Entre le 23 août et le 14 septembre, les 48 usines situées dans les zones affectées ont déclaré 90 incidents entrainant 2500 tonnes de rejets non- autorisés, soit autant que pendant toute l’année 2016.

En volume, 70% des rejets déclarés initialement auraient été causés par l’arrêt puis le redémarrage des installations. Les dégradations causées directement ou indirectement par l’ouragan ne seraient à l’origine que de 30% des émissions polluantes, soit 800 tonnes environ.

Cependant le volume exact des fuites et la faible part des pollutions imputables à l’ouragan devront encore être confirmés une fois que les rejets seront mieux évalués. Les quantités rejetées sont en effet régulièrement revues à la hausse. L’exploitant de pipelines Magellan, par exemple, a signalé le 31 août une fuite d’hydrocarbures de 120m3 sur ses réservoirs de Galena Park. Ce chiffre a été revu le 11 septembre à 1700m3, ce qui en fait, pour l’instant, l’incident le plus important22.

De nombreuses fuites d’hydrocarbures ont été causées par les précipitations qui ont entrainé une accumulation excessive d’eau sur les réservoirs à toits flottants. La perte d’alimentation électrique a aussi été impliquée dans plusieurs fuites. C’est le cas notamment sur l’installation de l’entreprise française Arkema à Crosby où des chargements de produits chimiques instables ont explosé faute de pouvoir être maintenu à température23.

Enfin l’efficacité de l’EPA, l’Agence américaine de protection de l’environnement, dans l’évaluation et le contrôle des pollutions a été mise en question. Le 3 septembre, Associated Press a révélé que l’EPA ne s’était pas encore rendue sur 7 sites contaminés24, déclenchant une importante polémique dans un contexte de réduction des moyens alloués à la protection de l’environnement.

 

 

 

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COMMENTAIRES

  • Nos infirmations sur l’énergie m’intéresse. Mon souhait est recevoir les nouvelles sur le secteur de l’énergie.. Les commentaires sur le présent texte vous serons envoyés, si c’est nécessaire.
    Mr Kawass

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